Décès de Jocelyne Roy Vienneau, «ardente défenseure de la province»

La lieutenante-gouverneure du Nouveau-Brunswick, Jocelyne Roy Vienneau, est décédée vendredi à la suite d’une lutte contre le cancer, a annoncé son bureau.

Mme Roy Vienneau avait reçu un diagnostic de cancer au printemps 2018.

Originaire de Robertville, près de Bathurst, elle était devenue en 2014 la 31e lieutenante gouverneure du Nouveau-Brunswick, après une longue carrière axée sur le développement économique, la promotion et l’avancement de l’éducation et l’engagement communautaire.

Elle avait auparavant exercé deux mandats à titre de vice-rectrice du campus de Shippagan de l’Université de Moncton.

Elle était titulaire d’une maîtrise en administration publique et d’un baccalauréat en sciences appliquées avec spécialisation en génie industriel de l’Université de Moncton.

Lors de sa nomination à titre de lieutenante-gouverneure, l’Association des ingénieurs et des géoscientifiques du Nouveau-Brunswick avait d’ailleurs créé en son honneur la bourse d’étude Jocelyne Roy Vienneau pour les femmes en génie pour soutenir l’augmentation du nombre de femmes dans la profession d’ingénieur.

Elle détenait aussi un certificat d’enseignement.

Jocelyne Roy Vienneau laisse dans le deuil son mari Ronald Vienneau, ses deux enfants, Isabelle et Cédric, et ses petit-fils Simon et Mathieu.

Les drapeaux ont été mis en berne dans plusieurs municipalités de la province et devant les établissements gouvernementaux.

La lieutenante-gouverneure du Nouveau-Brunswick, Jocelyne Roy-Vienneau, félicite Blaine Higgs à la résidence du gouverneur, à Fredericton, après sa victoire électorale. – PC

«Ardente défenseure de notre province»

Dans une déclaration, le premier ministre Blaine Higgs a salué cette « ardente défenseure de la province ».

«Durant son mandat de lieutenante-gouverneure, elle s’est fait la championne de l’alphabétisation, de la cause de la santé mentale, et de la nécessité de développer un nouveau sentiment de fierté à l’égard de l’endroit où nous vivons», a-t-il soutenu.

Il a également souligné son «leadership inébranlable» lors des dernières élections dans la province, qui avaient mené à l’élection d’un gouvernement minoritaire.

La lieutenante-gouverneure avait joué un rôle important dans cette période de transition.

Le premier ministre sortant de l’époque, Brian Gallant, avait tenté de s’accrocher au pouvoir, et la menace d’un second scrutin planait. Mme Roy Vienneau avait alors appelé les partis à s’entendre étant donné «qu’une autre élection provinciale ne serait pas dans l’intérêt supérieur des Néo-Brunswickois».

Quelque temps plus tard, la lieutenante-gouverneure avait permis à M. Gallant de rester en poste jusqu’à ce qu’il perde la confiance de la chambre. Le premier ministre libéral avait finalement été défait, et Mme Roy Vienneau avait invité le conservateur Blaine Higgs à former le gouvernement.

Le premier ministre fédéral Justin Trudeau lui a aussi rendu hommage, soulignant notamment son rôle de «pionnière du système d’éducation postsecondaire du Nouveau-Brunswick».

«Elle a été « la première femme à diriger un collège communautaire francophone au Nouveau-Brunswick et la première femme laïque à être vice-rectrice d’un campus de l’Université de Moncton. Elle a également été l’une des premières femmes à obtenir un diplôme de la faculté de génie de l’Université, ainsi que la première femme acadienne à occuper le poste de lieutenante-gouverneure du Nouveau-Brunswick», a souligné M. Trudeau.

La présidente de la Société Nationale de l’Acadie, Louise Imbeault, s’est dite profondément attristée par ce départ soudain.

«Elle était un modèle pour toutes les femmes en Acadie. Elle a fait honneur à notre peuple en ayant su inspirer toute une génération de jeunes à se dépasser.»

Jocelyne Roy-Viennneau, il y a quelques années, au campus de Shippagan de l’Université de Moncton. – Acadie Nouvelle: David Caron

Une bâtisseuse

Paul Robichaud était député de Shippagan-Lamèque Miscou et ministre provincial lorsque Jocelyne Roy Vienneau était vice-rectrice de l’Université de Moncton, campus de Shippagan.

À son avis, l’institution acadienne doit énormément à celle qui a été sa dirigeante de 2005 à 2014.«C’était une bâtisseuse. Elle avait toujours de nombreux projets pour l’épanouissement du campus de Shippagan.»

On lui doit notamment le projet de cohabitation entre l’Université de Moncton, campus de Shippagan, et le Collège communautaire du Nouveau-Brunswick, souligne M. Robichaud.

«Elle a joué un rôle de premier plan pour que ça se concrétise. Ça sera probablement l’un de ses grands lègues. C’est un projet qu’elle a piloté de main de maître.»

«Elle était habile pour revendiquer auprès des instances gouvernementales les fonds nécessaires pour mener à terme les projets dans lesquels elle croyait, qu’elle chérissait et qu’elle voyait comme une nécessité pour l’avancement de l’éducation postsecondaire en région rurale et dans le nord du Nouveau-Brunswick.»

À titre de vice-rectrice, Mme Roy Vienneau était aussi la présidente du conseil d’administration de l’Institut de recherche sur les zones côtières.

Gastien Godin, qui a été le directeur général de l’Institut de 2005 à 2015, se souvient d’une femme forte, disponible et rigoureuse.

«Elle avait un leadership très rigoureux. Elle n’avait pas peur d’aller batailler. Elle était très solide. C’était une personne qui était très respectée des autorités bureaucratiques et politiques.»

«J’ai eu avec elle une collaboration exceptionnelle et un appui soutenu. Elle a été formidable. J’ai adoré travailler avec cette leader-là et avec cette femme-là.»

«Je n’ai que des mots d’admiration pour cette Acadienne qui a su assumer de grandes responsabilités tout au long de sa carrière.»

L’artiste multidisciplinaire Herménégilde Chiasson, qui connaît bien les exigences de la fonction de lieutenant-gouverneur pour l’avoir occupée lui-même de 2003 à 2009, a tenu à souligner la détermination de Mme Roy Vienneau malgré la maladie.

«Je pense qu’elle a eu énormément de courage de poursuivre son mandat. C’est un travail qui est très exigeant parce qu’on est toujours avec des gens. On est toujours sollicité et c’est quelque chose qui finit par prendre énormément d’énergie. Elle a fait un travail exemplaire», a-t-il confié.

«Ça me désole vraiment. Je pense que c’était quelqu’un d’une grande valeur et je pense qu’elle avait encore beaucoup à donner. C’est dommage que ça s’arrête là.»