CubeSat NB: un premier satellite néo-brunswickois

Il ne sera pas plus grand qu’une brique de jus de fruit, pourtant le satellite sera crucial pour mieux comprendre les phénomènes météorologiques de l’espace.

Cela fait 19 ans que Yassine Bouslimani travaille à l’Université de Moncton, mais il n’aurait jamais imaginé qu’un tel projet puisse voir le jour.

Le professeur de génie électrique et chercheur principal de ce programme collabore avec l’Université du Nouveau-Brunswick et le New Brunswick Community College pour mener à bien la construction d’un satellite, une première en Atlantique.

Le projet CubeSat NB, qui réunit une vingtaine de chercheurs et d’étudiants, a débuté en septembre 2018.

«Après presque un an, nous en sommes au design préliminaire du satellite. On va ensuite le présenter à l’Agence spatiale canadienne pour recevoir des critiques. Après cela, on va faire la construction. En novembre 2021, le satellite devrait être lancé dans l’espace», affirme-t-il la mine radieuse.

Que peut donc faire un satellite de la forme d’un pavé de 20 cm de longueur et 10 cm de côté dans l’espace? La Terre n’est pas la seule à avoir une météorologie changeante. L’espace peut être affecté notamment par des tempêtes solaires qui peuvent changer la composition de la couche supérieure de l’atmosphère.

Ces phénomènes météorologiques de l’espace ne sont pas à négliger, car ils peuvent perturber les systèmes de communication et les réseaux électriques sur Terre.

«Le satellite nous permettra de mieux comprendre les phénomènes spatiaux qui ont un impact sur les signaux de communication. Il va envoyer des données sur cette couche supérieure de l’atmosphère, et on va pouvoir comprendre comment les signaux envoyés depuis la Terre peuvent être affectés par les phénomènes météorologiques de l’espace», explique le chercheur.

Rien n’est joué d’avance

C’est la première fois que des universités du Nouveau-Brunswick se penchent sur un satellite et pour Yassine Bouslimani, rien n’est joué d’avance.

«Dans ce genre de projets, il y a toujours des risques et c’est aussi notre travail de les évaluer. Le risque majeur est que le satellite se retrouve dans l’espace et qu’on ne puisse pas communiquer avec lui», confie-t-il.

Un autre risque important concerne la batterie reliée à des panneaux solaires.

«Dans l’espace, on a des conditions extrêmes. Si l’on est face au soleil, la température peut dépasser les 150°C et si on est dans l’ombre, la température peut baisser à -150°C, donc opérer de l’électronique dans ces conditions peut être difficile. On peut avoir du mal à démarrer une batterie de voiture à -40°C, alors imaginez dans l’espace !», lance-t-il.

Les universités ont pu recevoir un total de 400 000$ de la part de l’Agence spatiale canadienne et de la Fondation de l’innovation du Nouveau-Brunswick. Ce sont néanmoins des montants qui restent largement inférieurs au prix d’un satellite, «de l’ordre de 1 à 10 millions de dollars», affirme le professeur.

Malgré des fonds moins importants, Yassine Bouslimani, explique que les étudiants fabriquent et conçoivent directement sur place les matériaux et les logiciels adaptés aux satellites.

«C’est vraiment une bonne chose de permettre à nos étudiants de travailler sur les technologies de l’espace et sur des satellites», se félicite l’universitaire.

«L’Université n’est pas assez reconnue»

Jenna Smith, étudiante de première année en génie électrique, a commencé ses travaux sur le satellite en mars.

«J’ai beaucoup appris au sujet des fréquences et sur la réception des signaux des satellites. Maintenant je code pour concevoir un logiciel qui va recevoir les signaux», précise-t-elle.

Ce projet a une valeur particulière pour l’étudiante.

«C’est vraiment important pour moi de travailler là-dessus, rien que parce que ça donne plus de reconnaissance à l’Université de Moncton. Je trouve que l’Université n’est pas assez reconnue, mais avec ce qu’on fait maintenant, personne ne pensait qu’on pourrait faire ça», commente-t-elle.