Des pêcheurs de homard fébriles dans le Sud-Est

Les nombreux pêcheurs réunis sur les quais de la côte est de la province n’en peuvent plus d’attendre.

À six heures du matin, jeudi, de nombreux bateaux de pêche lèveront l’ancre pour aller déposer leurs premiers casiers de la saison.

Wesley Pellerin, accosté au quai de Pointe-du-Chêne, prépare tranquillement ses casiers en prévision du grand jour.

Son équipage et lui pêchent ensemble depuis longtemps. Cette année comme toutes les autres, il espère que les prises seront au rendez-vous et que les prix seront élevés.

«Des représentants du ministère nous ont dit qu’on était censés avoir 30% plus de prises, et j’aimerais les avoir», laisse entendre le pêcheur.

«Ils nous ont dit que les prix allaient être meilleurs, donc ça regarde bien pour nous autres.

«J’ai hâte de décoller», dit-il.

Il explique que son équipage attend depuis environ cinq ans pour la quantité de prises qu’on leur a prédit cette saison.

Hors-saison, Wesley Pellerin travaille dans le domaine de l’agriculture, mais seule la pêche l’anime. C’est ce qu’il a dans le sang; après tout, il est pêcheur de sixième génération.

Il aimerait s’y adonner à l’année, mais les autres pêches ne rapportent pas assez.

«Il n’y a plus de poisson, il n’y a plus de hareng, plus d’éperlan, plus de moules… La pêche, il n’y en a pas beaucoup qui reste.»

Joshua Shaw pêche le homard depuis 25 ans sur le bateau de son cousin. Comme les autres, il mise sur le volume des prises.

Joshua Shaw, pêcheur de Pointe-du-Chêne. – Acadie Nouvelle: Alexandre Boudreau

«Les prix me dérangent moins, mais au moins les prises sont bonnes. On aimerait que le prix monte, mais ça dépend des discussions», marmonne le pêcheur du quai de Pointe-du-Chêne.

Junot LeBlanc pêche le homard depuis une quinzaine d’années au quai de Cap-Pelé. Il croit lui aussi que les prises seront bonnes.

Junot LeBlanc, pêcheur de Cap-Pelé. – Acadie Nouvelle: Alexandre Boudreau

«La mesure a monté et l’eau est plus chaude qu’à l’habitude», explique-t-il.

Cela crée des conditions favorables pour des débarquements bien fournis, selon lui.

Michel Richard, porte-parole de l’Union des pêcheurs des Maritimes, est d’accord sur toute la ligne avec les affirmations de ses membres.

«Il semble y avoir de la demande pour le produit, et la position du dollar canadien est à peu près la même qu’elle était au printemps. On va voir ce qui va se passer après la première semaine, vu qu’on ne connaît jamais concrètement les prix avant qu’une semaine de pêche se soit déroulée», explique le représentant de l’UPM au téléphone.

Il estime que les prix resteront environ au même niveau, soit entre 4,50$ et 5,00$ la livre de homard.

Des dépenses élevées

Patrick Landry, jeune capitaine de Cap-Pelé, a acquis son navire il y a six ans. Depuis, il se donne corps et âme dans la pêche du homard, un métier que son père pratique également.

Patrick Landry, jeune capitaine de Cap-Pelé. – Acadie Nouvelle: Alexandre Boudreau

Avant de commencer l’entrevue, il plaisante avec le capitaine du navire voisin: il aimerait voir des prix de 7$, 7.50$ la livre.

Il sait que les prix ne seront pas si élevés que ça, mais il peut rêver. Le capitaine estime que les dépenses reliées à son métier deviennent étouffantes. Selon lui, la faiblesse de la pêche de certains poissons est à blâmer pour le prix de l’appât qui sert à garnir les casiers de homard.

«Il nous faut au moins 6$ la livre. Avec toutes les dépenses qu’on a, l’appât et l’essence… Une chance que les débarquements seront bons, sinon on ne pourrait pas engager deux ou trois membres d’équipage», explique-t-il.

Malgré tout, le métier en vaut encore la peine, selon lui.