Foyer de soins sous tutelle: Fredericton veut accélérer l’ouverture des lits

L’administration du Foyer de soins Village de Campbellton n’aurait pas été en mesure d’apporter les correctifs nécessaires pour ouvrir ses lits vacants au cours des dernières années. Au lieu de s’améliorer, la situation se serait même détériorée.

C’est à la suite de ce constat que le ministère du Développement social a décidé, la semaine dernière, de mettre l’établissement en tutelle.

Aux commandes du foyer de soins depuis plusieurs années, Ken Murray a été démis de ses fonctions pour être remplacé par un administrateur nommé par le gouvernement, Tom Mann. Le conseil d’administration de l’endroit a également été dissout.

Au cœur du problème, le manque de ressources humaines, une situation qui force depuis plusieurs années déjà le Foyer de soins Village à ne pas ouvrir en totalité ses lits. À titre d’exemple, en juin, 37 lits étaient inoccupés. Le ministère dit avoir collaboré avec l’administration du foyer depuis un certain temps afin de remédier à la situation. Mais les résultats ont tardé à arriver.

«On a constaté que le nombre de lits vacants continuait de grimper et que l’administration en place n’était visiblement pas en mesure de résoudre le problème de manque de personnel. Nous avons donc déterminé qu’il était temps d’agir», confirme Dave McLean, porte-parole du ministère.

Selon lui, la demande du ministère faite au conseil d’administration était de se pencher activement sur la dotation de personnel afin d’ouvrir les lits vacants.

«On leur a suggéré des solutions, offert du soutien et des conseils. Mais à un moment donné, on a bien vu que ça ne progressait pas. On s’est même posé la question, après certains témoignages provenant de la communauté, si l’administration essayait vraiment de s’attaquer au problème, si elle prenait ça au sérieux. Car on parle tout de même de plus d’une trentaine de lits inoccupés, ce qui engorge le système hospitalier», indique M. McLean

Le fiduciaire imposé par Fredericton a du coup été mandaté pour s’attaquer au recrutement et à la rétention. Aucun objectif spécifique n’a été fixé, si ce n’est d’embaucher le personnel suffisant afin d’ouvrir autant de lits que possible le plus rapidement possible.

«On ne s’attend pas à voir tous les lits inoccupés ouvrir le mois prochain. C’est un engagement qui va prendre un certain temps, mais on est déterminé à agir. Ces lits doivent ouvrir», note M. McLean.

Selon le ministère, le seul autre foyer de soins de santé de la province ayant autant de lits vacants est celui de Sussex. Tout comme pour Campbellton, cette institution est également confrontée à des problèmes de dotation de personnel. Là s’arrête toutefois la comparaison, car même si ce foyer possède 30 lits vacants (résultat de la construction d’une nouvelle aile), seuls six aînés attendent d’y être placés, ce qui est loin de la cinquantaine au Restigouche.

Association muette

Dans un communiqué de presse envoyé aux médias à la suite de l’annonce du gouvernement, la direction de l’Association des Foyers de soins du Nouveau-Brunswick – organisme qui englobe tous les foyers de soins titulaires d’un permis dans la province (y compris celui de Campbellton) – promet de suivre de près l’évolution de ce dossier.

Tout comme le ministère, elle prend soin de souligner que cette tutelle n’est nullement le résultat de services inappropriés offerts aux résidents. Elle précise également qu’il s’agit d’une «situation exceptionnelle» qui ne reflète pas l’ensemble des autres foyers de soins.

L’Acadie Nouvelle a voulu questionner l’association sur la situation du Foyer de soins Village ainsi que sur celle de ses autres membres en province, question de savoir s’ils vivaient des réalités similaires à celles du Restigouche (lits vacants, manque de personnel, difficulté de recrutement).

La direction de l’organisation a catégoriquement refusé de répondre à nos questions et de fournir des détails sur son statut (nombre de membres, de lits, etc.). Sa présidente, Julie Weir, n’a pas justifié ce refus de dévoiler ces informations.

Une pression constante sur le système hospitalier

Mais quelles sont au juste les conséquences de ces nombreux de lits vacants au Foyer de soins Village?

Actuellement, plus d’une cinquantaine de personnes âgées en attente d’une place en foyer des soins au Restigouche occupent des lits à l’Hôpital régional de Campbellton. Idéalement, il n’y en aurait pas. Toutefois, l’hôpital régional est disposé à en héberger une trentaine. Mais la situation a dégénéré.

«Si les foyers de soins et les familles ne peuvent pas les accueillir, on le fait. Mais notre taux d’occupation dépasse les 100%. En fait, on est rendu à près du double du maximum que nous souhaitons avoir. Il faut faire quelque chose, envoyer les bonnes personnes aux bons endroits et ça, dans l’intérêt de tout le monde», explique Johanne Roy, vice-présidente des Services cliniques au Réseau de la santé Vitalité.

Selon elle, les débordements actuels ont des effets pervers sur l’ensemble des services hospitaliers. Patients de l’urgence qui attendent sur des civières, chirurgies reportées, unités déplacées ou fermées temporairement… Sans ce surplus de clients qui empiète sur les lits et les ressources, l’organisation quotidienne du travail serait plus simple à l’hôpital.

«On doit faire du mieux que l’on peut avec les ressources dont on dispose. Ça a un coût sur notre personnel», souligne Mme Roy, rappelant le contexte de la pénurie de personnel.

Mais par-dessus tout, dit-elle, ce sont les clients eux-mêmes qui en payent le prix.

«L’hôpital n’est pas un milieu de vie. C’est loin d’être l’endroit idéal pour ces personnes en attente d’hébergement. Elles se retrouvent dans des chambres, sans grands services en terme de distraction, d’activités. Ces personnes ne sont pas malades, elles ont davantage besoin de stimulation que de soins», indique Mme Roy.

Et puisqu’il y a débordement actuellement à Campbellton, celle-ci ajoute que certaines de ces personnes se retrouvent sur d’autres unités, mêlées avec des patients en soins aigus.

«Ça n’aide certainement pas à leur moral», ajoute-t-elle.

Est-ce donc Vitalité qui a mis de la pression sur le gouvernement pour qu’il intervienne auprès du Foyer de soins Village?

«Nous avons fait part de nos préoccupations au ministère à plusieurs occasions, car ça cause une pression énorme sur notre réseau. C’est d’autant plus triste que la situation perdure depuis plus d’un an, sinon plus. Il est temps de trouver une solution», mentionne Mme Roy.