Homme abattu à Moncton par un policier: l’indépendance de l’enquête questionnée

Des policiers ont-ils la légitimité d’enquêter sur d’autres policiers? Après qu’un homme âgé de 24 ans a perdu la vie suite à l’intervention de la GRC à Moncton dimanche dernier, une équipe dite indépendante se charge de faire la lumière sur cette affaire.

Une enquête néo-écossaise en territoire néo-brunswickois. L’équipe d’intervention en cas d’incidents graves (SiRT) de la Nouvelle-Écosse, réunissant quatre enquêteurs et un directeur, est la seule «police des polices» des Maritimes.

Sur son site internet, l’agence se définit comme «indépendante du gouvernement et de la police». Pourtant la composition de son équipe peut prêter à discussion. Sur les quatre enquêteurs, deux sont des policiers. Les deux autres sont des «enquêteurs civils» qui ont déjà exercé à la GRC. Il s’agit tout simplement d’anciens officiers de police à la retraite.

D’après Jean Sauvageau, professeur de criminologie à l’Université St. Thomas de Fredericton, une relation incestueuse se crée lorsque des policiers enquêtent sur d’autres policiers.

«Il y a un débat là-dessus depuis des années. Il y a l’organisme Cacole qui fait la promotion de la supervision de la police par des civils. Ça part de l’idée que la police ne devrait être supervisée que par de vrais civils et pas par des gens qui ont eu une carrière dans la police auparavant», annonce le professeur.

Le directeur de l’équipe chargée de l’enquête est un ancien juge. Mais pour Jean Sauvageau, cela n’est pas un gage d’indépendance.

«Cela reste quelqu’un qui vient du milieu judiciaire. Et un juge n’a pas nécessairement une mentalité qu’on pourrait qualifier d’indépendante du système pénal», confie l’expert.

La gestion des personnes menaçantes en situation de détresse psychologique est une autre question soulevée par le professeur de criminologie.

«On a raison de douter que la police soit bien formée pour réagir dans ce type de situation. Plus on confronte, plus on menace, plus on crie et donne des ordres, plus on se met en mauvaise position avec la personne avec laquelle on veut intervenir. Les intervenants en psychiatrie s’y prendraient autrement et ça a été dit à plusieurs reprises», se désole l’expert.

«Je n’ai pas de parti pris»

Felix Cacchione, directeur de l’équipe d’intervention en cas d’incidents graves, partageait ces mêmes préoccupations avant de prendre ses fonctions.

«J’ai eu la surprise de constater que les gens qui travaillaient avec moi prenaient leur travail très au sérieux. Et ce ne sont pas eux qui prennent la décision d’aller en justice. Cette décision est la mienne», affirme-t-il.

Concernant son ancienne profession de juge, Felix Cacchione met en avant sa probité.

«J’ai une expertise en droit criminel depuis plus de 40 ans. Et je n’ai eu aucune hésitation pendant toutes ces années à critiquer et signaler des policiers qui ont mal agi. Je ne travaille pour personne, je n’ai pas de parti pris et les enquêteurs de mon bureau non plus», lâche-t-il.

Il existe tout de même un point où le directeur de l’équipe et le professeur de criminologie s’accordent: l’opacité de la police du Nouveau-Brunswick concernant ses activités.

«En Nouvelle-Écosse le rapport d’enquête serait rendu public. Au Nouveau-Brunswick non. Le rapport va être envoyé à la GRC, et il semble n’y avoir aucune intention de rendre l’enquête publique lorsqu’elle sera terminée», se désole le professeur.

«Je pense que pour assurer la transparence, notre rapport devrait être rendu public. Mais ce n’est pas ma décision. Le Nouveau-Brunswick devrait changer sa loi et avoir sa propre équipe d’enquête», recommande le directeur.

L’enquête devrait se terminer «dans environ trois mois, selon les avancées de la médecine légale et des analyses», ajoute-t-il.