Le 15 août, une fête nationale… pour ceux qui peuvent se le permettre

Le 15 août, Fête nationale de l’Acadie, n’est pas reconnu comme un jour férié au Nouveau-Brunswick. Alors que certaines entreprises offrent le jour férié à leurs employés, bon nombre d’Acadiens prennent congé à leurs frais.

Depuis des décennies, la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) réclame au gouvernement de la province que le 15 août devient officiellement un jour férié.

«On ne permet même pas aux Acadiens de fêter leur identité. Je trouve ça épouvantable», déplore Robert Melanson, président de la SANB.

Le congé ne devrait pas seulement s’appliquer aux régions francophones, mais aussi aux endroits majoritairement anglophones selon lui. Une façon de faire reconnaître l’existence des Acadiens et d’inclure les anglophones aux célébrations.

«On veut que les gens avec qui on vit 365 jours par année, en l’occurrence les anglophones, et aussi les Autochtones, soient à notre fête».

Louise Imbeault, présidente de la Société Nationale de l’Acadie souligne que dans les faits, la question est plus compliquée qu’elle en a l’air.

«La fête nationale, c’est la fête de tous les Acadiens d’origine, de cœur ou d’esprit. À en faire un jour férié universel, soit provincial ou national, je pense qu’on n’en est pas là encore», lance-t-elle.

À la discrétion des entreprises et des municipalités

Des entreprises accordent un congé payé à leurs employés afin qu’ils puissent célébrer cette fête.

C’est le cas d’UNI Coopération financière et de l’Université de Moncton. Assomption Vie attribuait autrefois le jour férié à ses employés. En 2008, l’entreprise change sa politique et certains congés deviennent flottants, dont le lundi de Pâques et le 15 août.

Les gens sont libres de choisir la journée qu’ils veulent prendre congé, assure Julie Robichaud, chef du service de communications, d’Assomption Vie.

De plus, la firme est nationale et les clients ailleurs au pays ne sont pas en congé.

Un dîner aux saveurs acadiennes est toutefois organisé afin de souligner l’événement.

Quant à elles, les mairies de Dieppe et Caraquet offrent un jour férié à leurs employés à l’occasion du 15 août.

«C’est important de pouvoir permettre à nos employés, surtout à Caraquet, de pouvoir avoir cette journée-là et de fêter notre fierté acadienne», affirme Kevin Haché, maire de Caraquet.

Kevin Haché croit qu’il serait intéressant que le 15 août soit férié au niveau provincial, mais il faut d’abord comprendre les deux côtés de la médaille.

«On reconnaît qu’en termes d’affaires, les jours fériés ont quand même un gros impact financier sur les commerces», indique-t-il.

Le maire de Dieppe, Yvon Lapierre, est du même avis quant à l’aspect financier d’un jour férié.

«C’est à chaque communauté de prendre ses décisions. Au niveau de la province, je suis convaincu que ça ne serait pas très bien reçu», dit-il.

Il assure d’ailleurs que pour Dieppe, déclarée ville francophone depuis 1999, donner congé aux employés le 15 août était très naturel à faire, voire une obligation morale.

Dieppe est membre de l’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick (AFMNB), tout comme Moncton, dont le tiers de la population est d’origine acadienne.

Les employés municipaux de Moncton n’ont toutefois pas droit à un jour férié le 15 août.

Isabelle LeBlanc, directrice des communications à Moncton, a déclaré par courriel que la Ville suit les mêmes jours fériés que ceux du Nouveau-Brunswick.

«Comme administration municipale, notre responsabilité première est d’offrir des services à nos résidants. Cette responsabilité exige donc que nous puissions assurer ces services le maximum de temps possible», écrit-elle.

Seulement le conseil municipal a le pouvoir d’ouvrir la discussion dans le but de faire des démarches sur l’ajout d’un congé.

Dawn Arnold, mairesse de Moncton, explique que la discussion n’a jamais été soulevée au conseil municipal jusqu’à maintenant.

Revendications pour la fête des Acadiens

Dans les années 70, des groupes militants acadiens, tels que le Parti acadien, revendiquent un jour férié pour le 15 août.

Au même moment, les provinces prennent davantage de place dans la vie des gens, notamment avec les compétences provinciales.

Les provinces commencent à avoir un visage et une identité qui leur est propre.

«Une chose qu’on veut bien faire quand on a une identité, c’est d’avoir une fête», explique M. Basque.

En 1976, le Nouveau-Brunswick choisit d’instaurer un congé provincial le premier lundi d’août.

L’historien rapporte qu’à ce moment-là, des groupes acadiens sont suspicieux d’un geste très politique.

«Il y a eu quelques personnes qui se sont demandé si on n’était pas en train de bloquer la possibilité d’avoir le 15 août comme jour férié», lance-t-il.

Toutes les provinces au Canada se sont dotées d’un congé provincial. Outre le Québec qui dispose d’une fête nationale fériée, les congés provinciaux n’ont pas de signification particulière.

En adoptant le premier lundi d’août comme fête provinciale au Nouveau-Brunswick, il était presque impossible que le 15 août devienne férié un jour ajoute M. Basque.

La fête des Acadiens est deux semaines après le congé provincial du Nouveau-Brunswick.

Malgré tout, bien des Acadiens décident de prendre le 15 août à leurs frais afin de célébrer en grand les couleurs de l’Acadie.

Il s’agit d’une fête que les Acadiens ont maintenue envers et contre tous à travers les années, selon M. Basque.

Jean-Marie Nadeau, auteur et militant acadien, abonde dans le même sens.

«Pour nous, dans notre cœur, c’est une journée fériée», témoigne-t-il.