L’art de mêler la fête aux revendications acadiennes

Derrière ses allures de carnaval, ses bruyants manifestants aux couleurs acadiennes, le tintamarre de Dieppe s’illustre aussi par ses revendications lui donnant une saveur politique.

Justin Trudeau avec le chef conservateur Andrew Scheer. – La Presse canadienne: Marc Grandmaison
La gouverneure générale Julie Payette a participé aux célébrations du 15 août. – La Presse canadienne: Marc Grandmaison

La fête bat son plein dans les rues de Dieppe, tandis que jeunes et moins jeunes s’activent pour crier haut et fort leur francophonie. Des dizaines de milliers de personnes, armés d’ustensiles de cuisine ou d’instruments de musique, font résonner la ville afin de clamer leur attachement à l’Acadie.

Parmi les participants, Ève Léger, âgée 17 ans, est fière de participer à un événement de cette échelle, et revendique même un combat.

«Dans ces dernières années, des partis comme l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick attaquent la culture francophone dans la province. On veut montrer notre présence, et lutter pour notre droit à parler et à vivre en français. On veut le pouvoir en tant que francophone, pour être sûr d’être entendu et respecté, quelle que soit la langue que l’on parle», s’exclame-t-elle en agitant son drapeau acadien.

Cette même passion anime Georgette Michon, originaire de Saint-Simon.

«On veut faire savoir qu’on existe. Oui, il faut toujours se battre pour notre langue. C’est important le français. Même à Dieppe qui est à majorité francophone, on doit faire face à des obstacles, où il m’est arrivé de ne pas pouvoir être servi en français», lance-t-elle.

Pourtant pour Nicolas Gionet, venu faire découvrir le tintamarre à ses deux enfants, l’essentiel ce soir est de faire la fête.

«Faire du bruit, c’est vraiment le fun pour les enfants, c’est comme un gros party pour eux. Je pense qu’on est bien comme francophone. C’est sûr qu’il faut continuer à se battre, mais aujourd’hui, c’est important juste de s’amuser et de parler en français avec tout le monde», déclare-t-il.

Et pour porter et défendre les couleurs de l’Acadie, nul besoin de parler le français. Wenda Aulia, d’origine indonésienne, habite à Moncton depuis plus d’un an et assiste à son deuxième tintamarre.

«J’adore ça, et c’est encore plus excitant que l’année dernière», lâche-t-elle avec un grand sourire.

«Moi-même en tant que nouvelle arrivante, je pense qu’il faut tous se soutenir, quelle que soit sa communauté. Comme les gens au Canada m’ont soutenu en tant qu’immigrante, je veux faire la même chose en retour», confie-t-elle.

Les personnalités politiques étaient bien présentes pour assister à ce tintamarre.

Le premier ministre du Canada Justin Trudeau était de passage pour l’événement ainsi que Andrew Scheer, chef de l’opposition officielle.

Les premiers ministres Blaine Higgs et Justin Trudeau. – La Presse canadienne: Marc Grandmaison

Et, coiffé d’un chapeau aux couleurs de l’Acadie, le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, se permet de blaguer.

«Beaucoup ne s’attendaient pas à me voir ici aujourd’hui avec ce chapeau acadien» a-t-il lancé à la foule.

Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, en a profité pour souligner l’importance du bilinguisme, «un atout économique pour faire des affaires dans le monde».

Pour Mathieu Wade, sociologue à l’Institut d’études acadiennes de l’Université de Moncton, il n’y a rien d’étonnant à voir des personnalités politiques présentes pour l’événement.

«Pour les personnalités politiques, c’est une magnifique occasion d’avoir une belle photo parmi des marées de drapeaux acadiens. Ils n’ont rien à perdre et ne s’engagent à rien quand ils viennent», indique-t-il.

Justin Trudeau a pris un bain de foule. – La Presse canadienne: Marc Grandmaison

D’après lui, le tintamarre était à ses débuts une manifestation aux accents politiques.

«Le tintamarre était un geste politique pour justement affirmer son identité acadienne, notamment dans les villes à majorité anglophone comme Moncton», déclare le sociologue.

Selon Mathieu Wade, le tintamarre a quelque peu évolué.

«Aujourd’hui, le côté festif l’emporte un peu sur l’aspect politique, mais il y a quelque chose en arrière-plan de politique, d’afficher cette identité qui peine à avoir une existence publique», affirme le spécialiste.