Campbellton revient à la charge avec sa carte loisir

La Ville de Campbellton n’a pas changé son fusil d’épaule au cours de l’été. Sa carte loisir est là pour rester aussi longtemps qu’une solution régionale sur le partage des coûts de son Centre civique ne sera pas trouvée. À quelques semaines du début des inscriptions pour les différents programmes – dont le hockey mineur –, se dirige-t-on vers la même impasse que l’an dernier?

Déjà la mi-août. Pour certain, cela signifie que l’été tire tranquillement à sa fin. Pour d’autres, c’est signe du grand retour dans les arénas. Le Centre civique s’apprête à installer l’une de ses glaces afin d’accueillir son premier camp de hockey prévu à la fin du mois.

Comme elle l’a fait l’an dernier, Campbellton exigera des communautés environnantes – tant néo-brunswickoises que québécoises – une contribution au fonctionnement de son Centre civique. À défaut d’une entente, les résidents des communautés non participantes se verront imposer l’achat de la carte loisir, soit un frais de 200$ (plus taxe) par personne. Ce système affecte les utilisateurs des aires de glace (hockey, patinage de vitesse), mais aussi les nageurs du centre aquatique et ceux qui profitent de la piste de marche.

Le Centre civique Memorial. – Archives

À la Ville, on répète les arguments avancés l’an dernier pour justifier l’imposition de cette carte d’accès. Les coûts de fonctionnement du Centre civique sont trop élevés pour être assumés seuls par les résidents de Campbellton.

«On n’a pas le choix. Le fardeau financier est trop lourd. Ça fait trente ans que la bâtisse existe et trente ans qu’elle est trop grosse pour notre région. On doit vivre avec cette réalité et la rentabiliser du mieux que l’on peut», exprime avec conviction la mairesse Stéphanie Anglehart-Paulin.

Au cours de la dernière année, elle soutient que son conseil a réussi à réduire de près d’un million de dollars le budget de fonctionnement de l’infrastructure, ramenant le manque à gagner à 400 000$.

«Notre gros défi, c’est l’énergie. On a apporté certaines améliorations, notamment en changeant les lumières, en mettant des détecteurs de mouvements. On a réduit des heures à notre piscine et fait d’autres coupures ici et là. On a réduit nos dépenses au strict minimum», assure la mairesse.

Ça, c’est pour le côté technique. Au niveau politique, la question demeure entière. À micros fermés, plusieurs intervenants interrogés craignent que l’on se retrouve exactement au même point que l’an dernier à pareille date, soit au cœur de conflits entre Campbellton, l’Association de hockey mineur du Restigouche, et les autres communautés de la région.

Mme Anglehart-Paulin avoue que la situation n’est pas idéale, mais elle brosse un portrait plus optimiste.

«On ne s’attendait pas à ce que tout soit réglé après un an de carte loisir, c’est un long processus. Mais on ne se sent pas à la même place que l’an dernier. Nous avons avancé et on est encore plus confiance (comme conseil) d’avoir emprunté la bonne direction», confie-t-elle.

Nouveauté cette année, la Ville entend mettre en place deux systèmes de facturation, soit un pour les usagers avec carte et l’autre pour ceux sans carte (visiteur occasionnel).

On parle ici d’un prix d’entrée légèrement plus élevé pour ceux qui ne détiennent pas de carte loisir ou qui ne voudraient s’inscrire qu’à une session d’un programme.

Disparités

Force est d’admettre que la décision de Campbellton d’implanter une carte loisir l’an dernier est loin d’avoir été populaire, et minces sont les chances que ce soit beaucoup mieux cette fois.

Au Restigouche, la quasi-totalité des communautés a décliné l’invitation de participer au financement du Centre civique. Seule exception, le village de Tide Head, déjà à bord depuis plusieurs années. Les communautés québécoises de Pointe-à-la-Croix, Listuguj, Restigouche-Sud-Est et Escuminac ont également embarqué à bord.

La municipalité de Tide Head a versé 34 000$ envers le fonctionnement du Centre civique. Son maire, Randy Hunter, avait vivement critiqué la disparité des montants exigés, sa communauté payant beaucoup plus par personne que les autres en fonction de sa population.

Joint au téléphone, M. Hunter a réitéré ces critiques, ajoutant être déçu que cet enjeu n’ait pas été abordé sérieusement par le comité consultatif composé des partenaires financiers (un exercice qu’il a d’ailleurs qualifié de vain jusqu’à présent). Celui-ci veut bien payer, mais il souhaite que la facture soit équitable pour tous.

Qu’à cela ne tienne, Mme Anglehart-Paulin a confirmé à l’Acadie Nouvelle que les partenaires seront bientôt approchés avec des offres concrètes et que les montants pourraient différer de ceux déboursés jusqu’ici.

«L’an dernier, c’était un test. Nous avons maintenant un échantillon de l’utilisation de nos partenaires. On sait combien de personnes de chaque communauté participantes ont réclamé leur carte loisir. On a des chiffres, une liste de données, avec lesquels travailler», indique-t-elle.

Sans vouloir s’avancer sur les propositions qui seront faites, elle soutient qu’il est possible que certains partenaires soient appelés à fournir davantage ou moins. Et comme ce fut le cas l’an dernier, la Ville entend envoyer une lettre aux autres conseils municipaux régionaux afin de les solliciter à joindre l’entente.

Hockey

L’an dernier, l’instauration de la carte loisir a été un irritant majeur pour l’Association de hockey mineur du Restigouche (AHMR), au point où elle a refusé de collaborer en indiquant la provenance des joueurs dans ses formations. Elle a également partiellement boycotté l’installation de Campbellton au profit de celle de Dalhousie. Si un compromis a été trouvé en cours de route l’automne dernier, il se fait toujours attendre à quelques semaines des inscriptions.

La Ville affirme avoir communiqué à plusieurs reprises avec l’AHMR afin de trouver des solutions pour la prochaine saison. Elle dit depuis être en attente de réponses de la part de l’association.

«C’est inquiétant, car les inscriptions auront lieu sous peu, et nous, on veut voir du hockey ici cette année», indique la mairesse de Campbellton.

L’AHMR a par ailleurs un nouveau président, René Haché. À l’aube des inscriptions, il ne sait pas trop à quoi s’en tenir, si ce n’est que cette fois, les cartes sont sur table. Pas de surprise de dernière minute.

«Présentement, rien n’a encore été décidé, si ce n’est que la Ville a exprimé le souhait que le système de carte loisir demeure en vigueur cette année. C’est une décision qui nous préoccupe beaucoup, surtout que le temps joue contre nous. Avec cela en tête, on doit maintenant se pencher sur des solutions pour pénaliser le moins possible les familles», exprime M. Haché.

Il anticipe que certaines décisions difficiles sont à venir.

«On sait que la Ville a des contraintes budgétaires, mais on n’aime pas que certaines familles se voient imposer des frais additionnels énormes pour jouer au hockey, un sport déjà très coûteux. J’ai bien peur que, quel que soit ce que nous allons faire, ça va déplaire à quelqu’un», dit-il.

Celui-ci maintient par ailleurs avoir le sentiment profond d’être utilisé par la Ville comme moyen de pression sur les communautés environnantes.

«Et ça, on l’avoue, on n’aime pas. Il est évident que l’idée de la carte loisir est de forcer les communautés avoisinantes de Campbellton à payer pour le Centre civique. C’est un dossier politique plus qu’autre chose. Et puisque nous sommes les plus gros utilisateurs de l’aréna, c’est nous (et nos jeunes) qui nous retrouvons en otages dans tout ça», souligne-t-il.

Dalhousie pourrait emboîter le pas à Campbellton

On se souviendra que lors de l’instauration de sa carte loisir, Campbellton avait exempté les citoyens de Dalhousie puisque la Ville a des obligations envers son propre aréna. Mais cette exemption pourrait disparaître cette saison.

Palais des glaces Inch Arran – Acadie Nouvelle Jean-François Boisvert

La mairesse de Campbellton a confirmé que son conseil jonglait avec l’idée d’imposer également des frais d’usagers à la ville portuaire.

«On a cru que Dalhousie nous appuierait dans nos démarches, mais tout ce que ça a donné, c’est qu’ils ont récupéré tous les temps de glaces (du hockey mineur). La situation leur a donc été profitable. Au fond, on s’est senti trahi et on se pose des questions à savoir si on doit poursuivre les exemptions», mentionne la mairesse.

À Dalhousie, on tempère cette vision. La Ville note qu’elle n’a jamais été officiellement approchée par sa consœur pour faire front commun dans le dossier des frais aux usagers ni même pour discuter d’une possible exemption.

On avoue par contre que les membres du conseil ont discuté de la possibilité de suivre les traces de Campbellton. Par courriel, le maire de l’endroit, Normand Pelletier, a confié songer sérieusement à emboîter le pas à sa voisine et instaurer un système similaire de cartes. Cette alternative a déjà été tentée par le passé avant d’être balayée du revers de la main.

«On se pose des questions, c’est certain, car nous aussi faisons face à des difficultés au niveau de nos finances. Une aide des régions avoisinantes serait bienvenue. C’est un dossier qui est discuté», confirme Gilles Lagacy, directeur général de la Ville.

Si des discussions ont cours, il ne croit pas que le conseil se risquera d’aller de l’avant rapidement avec un changement aussi draconien.

«Sous toutes réserves, je ne pense pas que ce sera pour cette année. Nous avons construit de bonnes relations avec nos voisins immédiats et c’est l’avenue qui est privilégiée par le conseil actuel. Mais la décision finale reviendra au maire et aux conseillers», note M. Legacy.