La prochaine récession risque de frapper le Nouveau-Brunswick de plein fouet

La menace d’une récession prochaine fait couler beaucoup d’encre cette semaine. Avec une économie chancelante au Nouveau-Brunswick, la communauté politique et d’affaire se doit d’agir afin d’éviter le pire, selon l’économiste Richard Saillant.

Des spécialistes des marchés internationaux avertissent qu’une récession pourrait frapper l’économie globale au cours des 12 à 24 prochains mois. Cette semaine, on a observé une inversion de la courbe de rendement, c’est-à-dire que les taux d’intérêt à court terme ont dépassé ceux à long terme. Ces courbes inversées annoncent traditionnellement une récession.

Si certaines autorités sur la question – dont l’ancienne présidente de la Réserve fédérale des États-Unis Janet Yellen – argumentent que cette fois les choses seront différentes, l’économiste Richard Saillant rappelle que le cycle économique en cours a déjà dépassé son espérance de vie.

«C’est clair et net que si on attend assez longtemps, il va y avoir une récession. Les récessions ne sont pas mortes. La question est « quand?”. Si (l’inversion de) la courbe de rendement continue à nous indiquer ce qu’elle nous a indiqué par le passé, on peut s’attendre à un ralentissement bientôt.»

M. Saillant estime qu’il est impossible de prédire exactement quand la prochaine récession aura lieu. Pour l’instant, on ne peut que spéculer et souhaiter qu’elle ne soit pas catastrophique.

«La récession va venir, que ça soit dans 12, 24, 48 ou 72 mois. La question est toujours: espérons qu’elle ne sera pas trop profonde et pas trop longue.»

Les marchés boursiers traversent une semaine en dents de scie. Mardi, le S&P 500, le Dow Jones et la bourse de Toronto ont grimpé soudainement avant de chuter plus bas que le point de départ, mercredi. Vendredi, ils sont repartis à la hausse.

Impacts au Nouveau-Brunswick

L’économie du Nouveau-Brunswick «frise déjà la récession», c’est-à-dire une chute du produit intérieur brut pendant deux trimestres consécutifs. En 2018, le taux de croissance dans la province était 0,1%. Cette année, les analystes prédisent qu’elle atteindra 0,6%.

«À ce moment-ci, au Nouveau-Brunswick, les prévisionnistes prévoyaient déjà que l’économie tournerait à un rythme relativement lent, soit à 0,6% ou 0,7%. On nomme ça lent, mais selon moi, c’est la nouvelle réalité depuis que les baby-boomers ont commencé à prendre leur retraite.»

L’économie néo-brunswickoise reste faible même si, depuis des années, elle est soutenue par une forte économie globale. Toute chute des exportations vers les États-Unis risque avoir un impact important sur la province.

«L’économie (du Nouveau-Brunswick) est fortement dépendante des exportations et c’est clair que si on a une récession, et que la demande américaine baisse pour le bois d’oeuvre, les produits pétroliers, etc., cela risque d’avoir des conséquences sur le Nouveau-Brunswick.»

Les mouvements dans les marchés boursiers peuvent prendre du temps à se manifester dans le quotidien des Néo-Brunswickois. Lors de la crise des prix du homard, en 2012, par exemple, la récession de 2008 était souvent pointée du doigt.

L’immigration et les plus longues carrières

Chaque année au Nouveau-Brunswick, le nombre de personnes qui prennent leur retraite dépasse d’environ 3000 le nombre de jeunes qui entrent sur le marché du travail. Depuis 2013, la force de main d’oeuvre de la province a perdu environ 10 000 individus, chute qui commence à se faire sentir.

«Ça n’a l’air de rien, mais ça s’accumule. La rareté de main-d’oeuvre fait en sorte qu’il y a beaucoup d’entreprises et d’organisations du secteur privé qui ne procèdent pas à l’expansion de leur production parce qu’ils ne trouvent pas la main-d’oeuvre nécessaire pour le faire», mentionne-t-il, rappelant qu’il y a notamment des centaines de postes à combler dans le Nord-Ouest.

Pour M. Saillant, l’immigration est essentielle. Il calcule qu’afin de garder un niveau de main d’oeuvre stable, la province doit accueillir 10 000 personnes de l’étranger par an. Les dernières années, la moyenne est de 4000.

«On voit l’ampleur du défi. Ce n’est même pas pour faire croître l’économie, mais juste pour la garder au même endroit. En l’absence d’immigration massive – et puis on a doublé l’immigration -, il faut prévoir (un impact sur le produit intérieur brut).»

Il affirme aussi qu’on doit adopter des politiques qui offrent des incitatifs aux personnes âgées de plus de 65 ans à rester sur le marché du travail sans être pénalisés au niveau du soutien du revenu. Il ajoute qu’on doit faire mieux pour aider les petites entreprises à attirer de la main-d’oeuvre de l’extérieur et pour inciter les groupes sous-représentés à se joindre au marché du travail.

«Les politiciens ne doivent plus simplement se vanter de créer des emplois, mais d’avoir pris l’initiative de créer un milieu attrayant pour accueillir des gens.»

«C’est triste à dire, mais il faut apprendre à s’ajuster à un régime de croissance plus faible.»