Se battre jour et nuit contre l’épandage d’herbicide

Sue Aubie promène ses chiens au même endroit depuis environ cinq ans. Pendant qu’ils se dégourdissent, la femme de Nepisiguit Falls aime récolter des bleuets, des framboises ou des noisettes sauvages. Lundi, Mme Aubie envisageait déjà sa marche quotidienne lorsqu’elle a aperçu un nouveau panneau d’avertissement le long de la route 430.

Dans le cadre d’un projet d’aménagement forestier, l’enseigne expliquait que la société Forest Protection Limited (F.P.L) voudrait vaporiser un herbicide nommé VP480 sur le terrain. L’application était prévue pour le mardi 20 août, mais les résidents de la région et les militants environnementalistes se sont vite mobilisés afin d’empêcher le projet d’arrosage de se concrétiser.

Adam Branch, un ancien paysagiste ayant grandi à Nepisiguit Falls, dit bien s’y connaître en matière d’herbicide et de pesticides.

«Cette substance (VP480) est bannie en Californie et dans les secteurs peuplés, a-t-il signalé. Par exemple, elle ne pourrait pas être utilisée au centre-ville à Bathurst. »

M. Branch s’inquiète pour la santé des résidents du village avoisinant, pour leurs animaux de compagnie et pour les animaux sauvages qui habitent dans cette région.

«Nous sommes des gens éduqués, mais j’ai l’impression que nous sommes traités comme des abrutis parce que nous habitons en milieux ruraux.»

Les résidents de Népisiguit Falls et les environementalistes s’opposent au projet de Forest Protection Limited.

Mardi soir, deux techniciens de F.P.L ont visité le terrain afin d’évaluer, entre autres, les conditions de vent avant de déployer l’herbicide par hélicoptère.

«Vers 18h30, nous avons parlé avec eux, mais nous n’avons pas eu les réponses que nous recherchions, a souligné M. Branch. Ils nous ont même dit qu’après avoir vaporisé l’endroit, nous pourrions encore récolter et manger les bleuets. Suffit de les laver avant.»

Une quinzaine de manifestants étaient mobilisés pour protester contre le projet, au moment de cette rencontre. Puisque les citoyens refusaient de quitter les lieux, les responsables ne pouvaient pas procéder au traitement du terrain, croient-ils.

Mme Aubie, elle, note que les représentants étaient plutôt vagues dans leurs explications, mais sont tout de même restés calmes et polis.

«Je voulais avoir plus de détails sur leur mandat et ils m’ont dit qu’ils avaient jusqu’à la saison de chasse à l’orignal pour effectuer l’arrosage. J’imagine que si ce n’est pas fait avant ça, ce ne sera pas fait du tout. »

En attendant, les hélicoptères de F.P.L continuent de traiter d’autres terrains, notamment un qui se situe juste de l’autre côté de la route 430.

«On a vu et entendu les hélicoptères ce matin. Je suspecte qu’ils vont surveiller cet endroit aussi et l’arroser une fois qu’il n’y aura personne.»

L’Acadie Nouvelle a tenté de discuter avec Forest Protection Limited, mais aucun représentant n’était en mesure de commenter sur ce projet.

Loin d’être convaincu

Les résidents de Nepisiguit Falls se disent prêts à mener une longue bataille. Certains d’entre eux sont même restés au site, mardi, jusqu’aux petites heures du matin.

«Moi je suis partie de là à 3h30 am. J’ai été chez moi prendre une petite sieste et j’étais de retour à 6h am, a partagé M. Branch. Je suis en vacance pour deux semaines alors je suis prêt à rester ici jusqu’à la saison de la chasse s’il le faut.»

«Ils ne vont pas l’avoir facile avec nous. On ne va pas accepter ceci. On va se battre.»

Avertissement «non suffisant»

Une autre chose qui fâche M. Branch, Mme Aubie et les résidents de Nepisiguit Falls: l’enseigne d’avertissement «à peine visible» a été piquée dans la terre le long de la rue 430, «moins de 24 heures» avant la date prévue de l’arrosage.

«Je ne sais pas ce qui serait arrivé si le vent avait fait basculer l’enseigne? Si j’avais emmené mes chiens marché mardi comme prévu?» a ajouté Mme Aubie.

Les résidents de Népisiguit Falls et les environementalistes s’opposent au projet de Forest Protection Limited.

Elle dénonce le manque de transparence.

«La seule manière dont j’ai pu transmettre le mot à mes voisins c’est par Facebook.»

Selon elle, les quelque 75 résidences situées à environ un kilomètre du site n’ont pas reçu d’avis par courriel.

VP480, qu’est-ce que c’est et à quoi ça sert?

Les informations de Dow Agrosciences indiquent que l’herbicide VP480 est une solution liquide conçue pour supprimer ou détruire la plupart des plantes herbacées.

«À partir du point de contact avec le feuillage, l’herbicide s’achemine dans la plante jusqu’à l’intérieur des racines. Sur la plupart des mauvaises herbes annuelles, les effets sont visibles après deux à quatre jours. Sur les mauvaises herbes vivaces, le délai peut être de sept à dix jours», expliquait la corporation canadienne dans un document en ligne.

La substance, utilisée à des fins agricoles et industrielles, serait toxique pour les organismes aquatiques et les végétaux terrestres. Les fruits de récolte et la nourriture pour animaux, eux aussi, peuvent être endommagés ou détruits par cet herbicide.

«Appliquer seulement lorsque le potentiel de dérive est au minimum vers les zones d’habitation ou d’activité humaine telles des résidences, chalets, écoles et superficies récréatives», prévient également Dow Agrosciences.