«Je voulais faire carrière comme pompière»

Au Service d’incendie de Moncton, elles ne sont que cinq sur 108 soldats du feu, à Dieppe, il n’y en a aucune. Plongée dans le quotidien d’une pompière de la caserne rue Botsford à Moncton.

À la caserne de la rue Botsford, Sharon Kelly arrive avec quelques minutes de retard. Un accident? Un incendie? Aucun des deux, elle revenait simplement avec ses collègues de l’épicerie.

«Nous sommes allés faire un peu de courses parce que nous aimons partager un repas tous ensemble pour le dîner», lâche-t-elle, d’un ton très professionnel.

Pour la pompière, l’esprit d’équipe est important. Elle nous assure qu’ici, le genre n’a aucune espèce d’importance.

«L’équipe avec laquelle je travaille ne se préoccupe pas de savoir si tu es un homme ou une femme. Ils veulent juste savoir si tu connais ton travail, et si tu fais bien ton métier», indique-t-elle.

Selon Statistique Canada, il n’y avait que 4,4% de pompières dans les casernes en 2017, volontaires comme professionnelles. Mais dopée à cet objectif, Sharon Kelly n’a pas considéré ce milieu masculin comme un obstacle.

«Certes, les gens pensent que c’est un milieu exclusivement réservé aux hommes. Mais je savais que je voulais faire carrière comme pompière, donc j’ai fait tout ce qui est possible pour exercer ce métier», lance-t-elle.

La professionnelle, le regard perçant, parle avec la détermination d’une personne qui a eu l’obsession de réussir.

«Je me suis entraînée toute ma vie pour ce métier. J’ai joué au hockey depuis que je suis petite, je faisais partie d’une équipe à Montréal. Je savais que l’entraînement physique était nécessaire pour être pompière», avoue-t-elle.

Le volontariat comme porte d’entrée dans le métier

Dans ses paroles transparaît la soif d’adrénaline qui l’anime. «En faisant ce travail, ton esprit est préparé aux situations difficiles. Quand tout le monde doit fuir pour échapper à un incendie, toi, comme pompier, tu dois au contraire te précipiter à l’intérieur de la maison en feu», ajoute la pompière.

Sharon Kelly a pris le goût pour ce métier en tant que pompière volontaire six ans plus tôt, à Tignish, sur l’Île-du-Prince-Édouard. Elle a ensuite travaillé pour le Service d’incendie à Dieppe, et travaille désormais depuis quatre ans à Moncton.

Diplômée d’un bachelor de sciences à l’Université Sainte-Marie de Halifax, elle savait qu’il fallait de l’expérience pour entrer dans le métier.

«Tu as besoin d’expériences pour entrer dans ce milieu. Donc c’est bien de faire du bénévolat pour connaître le métier. Ensuite j’ai pris des cours pour devenir pompière professionnelle. Tu dois suivre différentes formations pour apprendre le métier, comme la conduite d’un camion de pompiers. Et tu dois ensuite passer deux examens: Pompier 1 et Pompier 2», déclare-t-elle.

Pour Robert Brine, chef adjoint du bureau d’incendies de Moncton, quiconque a les capacités de faire ce métier, doit pouvoir l’exercer.

«Probablement dans le passé, les exigences physiques liées à ce métier, leur faisaient croire qu’elles n’étaient pas faites pour ce métier. Mais les femmes que nous avons ici prouvent le contraire», commente-t-il.

D’après lui, la nouvelle administration dont il fait partie veut ouvrir davantage ce métier. «Nous voulons nous faire connaître dans les écoles et les universités, afin de mieux parler de notre métier et en voulant cibler tout le monde, les femmes comme les hommes», affirme-t-il.

Recevant en moyenne de cinq à dix appels d’urgence par jour, Sharon n’a pas le temps de traîner. «Il faut que je vérifie les camions et leurs équipements pour être sûre qu’ils soient en bon état pour la journée», glisse-t-elle.