Tourisme: le N.-B. abolit des postes clés en France et en Angleterre

Le gouvernement provincial abolit deux postes liés au tourisme en France et en Angleterre. La responsable de la promotion touristique du N.-B. en France, Emmanuelle Winter, a appris la nouvelle mardi après-midi. Elle doit maintenant dire adieu à la province qu’elle a appris à connaître pendant 13 ans de travail.

Un simple appel en provenance du ministère du Tourisme a fait s’écrouler le monde d’Emmanuelle Winter, mardi après-midi.

La décision du gouvernement de fermer son poste la surprend d’autant plus qu’elle a rencontré le ministre du Tourisme, Robert Gauvin, lors d’une conférence de presse au Congrès mondial acadien, il y a de cela une semaine à peine.

Tout sourire, rien ne laissait présager cette coupure, explique Mme Winter en entrevue téléphonique avec l’Acadie Nouvelle.

«Je l’ai rencontré au Congrès. Incroyable que ça arrive au moment où le journal Le Monde choisit le Nouveau-Brunswick comme destination de l’année, et juste après un CMA», dit d’un ton résigné celle qui habite en France.

«J’ai rencontré le ministre Gauvin qui m’a félicitée devant les journalistes. J’étais ravie de le croiser, et la semaine d’après, voilà…»

Le journal Le Monde avait désigné le Nouveau-Brunswick comme destination de l’année dans un article publié en janvier, et Emmanuelle explique que ce n’était pas par hasard.

«C’était directement un résultat de mon effort. J’ai travaillé dur pour convaincre parce que j’étais convaincue, donc quand c’est le cas, je suis convaincante», exprime-t-elle.

L’article en question avait fait jaser dans la province, où le tourisme prend une place importante.

Il ne s’agit pas des premières compressions en tourisme depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement progressiste-conservateur, il y a un peu moins d’un an.

La suppression de ces deux postes font suite à la fermeture des centres d’information touristique de Woodstock et d’Aulac ainsi qu’à la mort du guide-vacances distribué annuellement par le ministère.

Robert Gauvin a commenté le dossier lors d’une courte entrevue avec le journal mercredi avant-midi.

«La décision vient d’être prise, là», dit le député de Shippagan-Lamèque-Miscou, qui affirme en avoir discuté avec le premier ministre Blaine Higgs.

«On veut refocuser nos efforts. J’ai fait ce travail-là avant quand je travaillais au Pays de la Sagouine, on veut commencer par mettre nos efforts sur le Nouveau-Brunswick. Si on veut faire une bonne base économique, ça prend des partenariats de la place.»

«On va continuer à travailler dans ces affaires-là, mais à partir du Nouveau-Brunswick», dit le ministre au sujet des postes supprimés en France et en Angleterre.

Jennifer Vienneau, porte-parole du gouvernement, précise par contre que la suppression de cet emploi représente une «réorientation de ressources» qui n’est pas accompagnée d’une compression budgétaire.

Au sujet de l’article du Monde, le ministre affirme que d’autres personnes au ministère du Tourisme ont travaillé à faire la promotion du Nouveau-Brunswick.

«C’est sûr qu’il y a des raisons budgétaires, et elle a travaillé fort, mais il y a aussi le ministère du Tourisme qui a travaillé très fort là-dessus», dit M. Gauvin en réaffirmant que le ministère continuera de faire la promotion du N. B. dans ces marchés internationaux.

Il admet que la décision de fermer ces postes faisait l’objet de discussions lorsqu’il a rencontré Emmanuelle Winters au Congrès mondial acadien, mais que la décision n’avait pas encore été finalisée.

Il affirme qu’une «nouvelle stratégie» du ministère du Tourisme sera annoncée dans les semaines à venir.

Le ministre Gauvin affirme aussi que ces deux coupures s’inscrivent dans une stratégie plus large qui ne se limite pas au domaine du tourisme. Plusieurs postes à l’international dans d’autres secteurs ministériels pourraient être supprimés dans les prochaines semaines, selon lui.

Des ponts coupés?

Le changement annoncé se concrétisera le 26 octobre. Emmanuelle Winter, pour sa part, se cherche un nouvel emploi. Elle estime que le gouvernement du Nouveau-Brunswick met fin à 13 années de liens importants qu’elle a tissés avec la communauté touristique de la France.

«Je suis triste. C’est émotionnel parce que j’ai un attachement à l’Acadie. J’ai la chance d’avoir pu promouvoir le N.-B. pendant 13 ans, il y a une continuité, je peux vous dire que les Acadiens sont un peuple charmant.»

L’experte du tourisme français estime qu’il est important de faire des efforts sur le tourisme à domicile, mais qu’il «ne faut surtout pas négliger la promotion» à l’étranger.

Elle croit aussi que le Québec pourrait maintenant s’approprier une plus grosse part des touristes français qui visitent le Canada.

«Quand les Français pensent au Canada, ils pensent au Québec», dit l’agente de promotion touristique avant d’expliquer qu’elle a travaillé pendant 13 ans à changer cette perception.

Sylvain Godin, directeur du Village historique acadien, à Bertrand, était surpris d’apprendre la nouvelle.

«C’est notre seule agente de liaison pour les marchés français», dit-il.

Il affirme par contre que les touristes Européens ne représentent qu’environ 1% de l’achalandage annuel.

«C’est quand même un bon marché, mais ce n’est pas le gros de notre marché, ça se compare au marché de la Nouvelle-Écosse.»

La plupart des touristes qui visitent le Village sont des Québécois ou des Néo-Brunswickois, avec les visiteurs de l’Ontario en troisième place.