Bas-Caraquet: «un sabot de Denver» sur la cale sèche

Groupe Océan tentera de reprendre le contrôle de la cale sèche des mains du gouvernement Higgs qui tente de retenir le vaisseau au Centre naval du Nouveau-Brunswick à Bas-Caraquet. Un juge de la Cour du banc de la Reine de Moncton entendra les arguments de la compagnie maritime québécoise vendredi à 10h.

Philippe Filion, directeur des affaires publiques et corporatives de Groupe Océan, révèle que l’intention juridique de son employeur est d’arrêter Fredericton de lui mettre des bâtons dans les roues – «un sabot de Denver», a-t-il comparé – depuis mercredi.

«Nous voulons que le gouvernement respecte ses ententes (du contrat de 2014) et stoppe ses démarches (empêchant de descendre la structure à la mer)», a-t-il indiqué.

Une fois à l’eau, l’infrastructure prendra la route des installations de Québec de Groupe Océan.

Le gouvernement de Blaine Higgs prétend que c’est plutôt Groupe Océan qui n’a pas rempli sa partie du contrat puisque la construction de la cale sèche n’a pas été complètement terminée au Centre naval. Des travaux électriques restent notamment à faire.

Mercredi, le gouvernement a obtenu le droit d’immobiliser la cale sèche en attendant que le conflit soit réglé.

Selon le premier ministre Higgs, deux options s’offrent à Groupe Océan s’il souhaite récupérer la cale sèche: l’entreprise pourrait terminer la construction à Bas-Caraquet ou payer le gros prix pour acheter le vaisseau des mains du gouvernement.

Groupe Océan dénonce également les manoeuvres physiques d’obstruction dont elle se dit victime à ses installations de Bas-Caraquet.

Selon M. Filion, des ordres ont été donnés à des entrepreneurs locaux afin qu’une excavatrice et divers équipements stratégiques soient placés dans l’espace que doit franchir la cale sèche, soulevée par de gros ballons gonflables, pour se rendre à la mer.

L’Acadie Nouvelle s’est présenté sur place sur l’heure du dîner et il y avait effectivement de la machinerie lourde entre l’énorme bloc gris et la mer. Elle a été mise là à la demande du gouvernement, le temps que l’interdiction de mise à l’eau, dont la copie est collée sur une fenêtre de la cale, demeure valide. Le véhicule a été enlevé vers 15h.

«Nous n’avons pas accès aux clés de cette machinerie (qui bloque la mer) et on ne peut pas passer à côté», déplore vivement le porte-parole.

Groupe Océan espère également que le juge qui entendra la cause vendredi prenne une décision rapidement en sa faveur. Parce que l’entreprise spécialisée en construction maritime veut profiter des hautes marées de vendredi et de samedi pour mettre à l’eau cette structure de 1550 tonnes valant 13 millions $.

Si cela s’avérait impossible en raison de ce combat juridique, Groupe Océan soutient qu’il faudra alors attendre les prochaines hautes marées, dans un ou deux mois, avant de procéder au déplacement de cet équipement.

«Nous avons déjà des contrats prévus cet automne qui doivent utiliser cette cale sèche. Si nous les perdons, le gouvernement du Nouveau-Brunswick en sera tenu responsable. Et le gouvernement est très au courant de nos intentions», a rappelé M. Filion.

Les relations entre Groupe Océan et le gouvernement du Nouveau-Brunswick sont extrêmement tendues depuis l’arrivée au pouvoir des progressistes-conservateurs.

D’après le contrat signé par le précédent gouvernement, la province est propriétaire de la cale sèche, mais à l’obligation de la louer à l’entreprise à long terme.

L’utilisation de la cale sèche par Groupe Océan dans ses installations de Québec équivaut à faire concurrence au chantier de Bas-Caraquet, selon Blaine Higgs.

«Qui est assez fou pour négocier un contrat comme celui-là? Pourquoi le gouvernement du Nouveau-Brunswick financerait-il un projet visant à déplacer une pièce d’équipement pour nous faire concurrence par la suite?», a sentencé le premier ministre.