Vapotage: la médecin-hygiéniste en chef est sur le qui-vive

Des professionnels de la santé s’interrogent sur les impacts du vapotage sur la santé du public.

La Dre Jennifer Russell, médecin-hygiéniste en chef du Nouveau-Brunswick, explique que les 200 cas de maladies respiratoires aiguës observées récemment aux États-Unis causent de l’inquiétude au Nouveau-Brunswick, même si leur cause n’a pas encore été identifiée.

Dans une déclaration envoyée à l’Acadie Nouvelle, Mme Russell affirme que son bureau prépare un communiqué pour les médecins de la province. Elle veut que les médecins identifient tous les cas de maladies respiratoires similaires qui ne semblent pas avoir d’autre explication possible que le vapotage afin d’en avertir le ministère de la Santé.

Cette déclaration fait suite à celle de l’homologue Néo-Écossais de Mme Russell, Dr Robert Strang, qui s’est dit inquiet de cette série de cas graves aux États-Unis.

«Il est prématuré d’affirmer que ces cas sont absolument causés par le vapotage, mais les liens sont inquiétants», fait valoir le Dr Strang en entrevue avec la Presse Canadienne.

Même si ces cas sont inquiétants, les Canadiens semblent avoir été épargnés pour l’instant, selon la Dre Jennifer Russell.

«Jusqu’à présent, aucune preuve de la présence de ce type de maladies pulmonaires n’a été observée au Canada, incluant au Nouveau Brunswick», peut-on lire dans la déclaration.

On y affirme que Santé Canada et l’Agence de la santé publique du Canada sont en contact avec les autorités américaines afin de «mieux comprendre la nature de leur enquête sur les causes de ces maladies».

Des impacts difficiles à identifier

Les cigarettes électroniques et autres produits reliés au vapotage sont souvent présentés comme des alternatives à la cigarette pour les personnes qui voudraient arrêter de fumer en réduisant progressivement leur dosage de nicotine.

Le problème, c’est qu’il est assez difficile de quantifier ce dosage, selon Karelle Guignard, infirmière et coordonnatrice du Programme d’abandon du tabac au Réseau de santé Vitalité.

«C’est un liquide sur lequel on a peu d’informations. Ce n’est pas régularisé, donc les dosages et les ingrédients sont mal connus. C’est de l’information dont on aurait besoin pour faire des recommandations médicales informées», estime l’experte.

Elle souligne que Santé Canada devrait mettre en place des réglementations claires qui pousseraient les entreprises à fournir plus d’informations sur le contenu des liquides à vapoter.

Malgré les mises en garde des experts de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick, il n’est pas encore possible d’établir de liens directs entre les problèmes respiratoires et le vapotage.

Comme le vapotage est une tendance relativement nouvelle, il existe un manque de connaissances scientifiques sur les impacts de cette pratique sur la santé, d’après Karelle Guignard.

«Il n’y a tellement pas d’études qu’on n’a pas de preuves [sur les impacts sur la santé] pour l’instant, mais c’est certain qu’on voit l’augmentation en flèche de l’utilisation [de vapoteurs] autant chez les adultes que chez les jeunes», dit l’infirmière en soulignant que les liquides à vapoter contiennent parfois de fortes concentrations de nicotine.

À l’appui, une étude menée auprès de 7891 Canadiens démontre une augmentation de 74% du taux de vapotage chez les jeunes de 2017 à 2018.

Cette augmentation a été constatée en même temps que la montée en popularité d’appareils de vape à base de sel de nicotine, tels que les appareils JUUL, note-t-on dans l’étude qui a été publiée dans le British Medical Journal.

«C’est inquiétant parce qu’il y a beaucoup de maladies pulmonaires qui se développent qu’on ne voyait pas avant», estime pour sa part Karelle Guignard.