«Le monde a bien changé»

Une ancienne de la Marine, Diane Doiron, et sa conjointe, Pamela Ibbitson ont mené le défilé de la fierté de Moncton, samedi. Un peu plus à l’arrière, des membres de la Marine royale canadienne y participaient aussi.

Dans les années 1980, Diane Doiron a vécu l’enfer dans les forces de la Marine royale canadienne, où elle a été ostracisée pour son orientation sexuelle.

Le Canada a évolué lentement depuis ces temps sombres, selon elle.

La femme, qui était présidente d’honneur de cette semaine de la fierté à Moncton, peut maintenant s’afficher confortablement en public.

«C’est certain qu’il y a eu un gros changement. Même après le 50e anniversaire de la décriminalisation de l’homosexualité, ça a pris longtemps avant qu’on voie une différence. Ça a pris des petits pas à chaque année», dit Diane Doiron en entrevue.

La Marine royale canadienne, un organisme qui l’avait systématiquement interrogée sur sa vie personnelle et sur son orientation sexuelle, au point de lui causer des séquelles psychologiques, était aussi présent au défilé, mais dans un contexte bien différent de celui des années 1980.

Diane Doiron a même rencontré des jeunes membres de la marine ainsi qu’une membre plus âgée qui a vécu un parcours similaire.

«Il y a une femme lesbienne qui est encore dans les forces armées. Elle avait passé au travers de la purge et elle prend sa retraite bientôt.

C’est un beau message d’espoir pour les jeunes, il n’y a plus de barrières comme celles que nous avons connues», dit l’ancienne militaire.

Malgré tout, les personnes LGBTQ+ ne doivent pas s’asseoir sur leurs lauriers. La haine et l’incompréhension sont toujours bien présentes.

«Même maintenant, on a des droits et des lois, mais ça ne prend qu’une élection pour virer tout ça à l’envers, comme on l’a vu aux États-Unis», fait valoir Diane Doiron.

Elle fait remarquer que les personnes transgenres n’ont pas le droit de servir dans l’armée Américaine, par exemple.

C’est pour cela qu’elle estime qu’il est toujours important de célébrer la possibilité de vivre ouvertement son genre ou son orientation sexuelle, comme lors du défilé.

«Ça prend du temps et de l’éducation, et il faut qu’on reste visibles pour qu’il y ait du changement», explique-t-elle.

Diane Doiron s’est dite ravie d’avoir été présidente d’honneur de la semaine de la fierté. Elle espère donner l’exemple pour que davantage de personnes LGBTQ+ d’un âge plus avancé sortent elles aussi du placard.

Elle a par contre remarqué l’absence d’une autre personne d’un âge avancé: le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs.

«Tu ne peux pas vraiment te faire une opinion sans aller dans les communautés et parler aux gens. Ce n’est pas un bel exemple de premier ministre», estime la femme originaire de Pointe-Sapin.

Une semaine haute en couleurs

Des milliers de personnes ont participé au défilé de la fierté de Moncton, samedi en début d’après-midi.

Charles MacDougall, porte-parole de l’organisme Rivière de fierté, explique que la semaine de la fierté a pris de l’ampleur depuis la toute première marche de la fierté à Moncton, en 2000.

«Depuis les derniers quatre ou cinq ans, que ça soit au niveau des activités, de la participation ou du budget, tout a triplé de taille, C’est un beau casse-tête à organiser», explique Charles MacDougall.

Le défilé mettait fin à une semaine d’activités qui visaient à inclure le plus grand nombre de personnes marginalisées, des personnes qui n’ont parfois pas toujours cette chance.

«Notre programmation est variée parce que nous savons qu’il y a beaucoup de différents besoins dans nos communautés. La fierté représente différentes choses selon la personne», dit Charles en affirmant que les organisateurs de la Semaine veulent que les divers intérêts de la communauté LGBTQ+ soient entendus.