Un travail estival pas comme les autres: conseiller les itinérants de Moncton

Elles ont passé l’été avec des itinérants à Moncton. Brenna Huntley et Lindsay Carter ont sillonné pendant deux mois la ville de Moncton pour écouter les itinérants et les rediriger vers les ressources existantes. Elles font un retour sur ce travail estival pas comme les autres.

Sur les parkas des jeunes femmes, une mention indique «ambassadeur du centre-ville». Le terme semble révélateur, tant les itinérants sont jugés comme une population «étrangère» que seuls certains services sociaux seraient capables d’approcher.

Toutes deux dans la vingtaine, Brenna Huntley et Lindsay Carter ont été embauchées fin juin dans le cadre du programme ReConnect du YMCA en partenariat avec la municipalité de Moncton. Elles créent des liens entre les itinérants et les différents services que la municipalité peut offrir.

«Nous essayons de les connecter aux ressources concernant l’alimentation, le logement ou les services de santé», résume Brenna Huntley.

«On fait aussi le lien entre le YMCA et les autres établissements dans le centre-ville, comme les restaurants. On essaie de savoir ce dont la communauté a besoin», renchérit sa coéquipière Lindsay Carter.

Pendant deux mois, elles ont rencontré une cinquantaine d’itinérants, en majorité des hommes autour de la quarantaine, afin de créer une relation de confiance. Il a parfois été nécessaire de rencontrer certaines personnes plusieurs à plusieurs reprises.

«Nous entendons pas mal d’histoires et nous nous rendons compte que les gens qui sont aujourd’hui à la rue n’ont pas eu une enfance facile. Pas mal d’entre eux ont été dans une famille d’accueil», affirme la jeune femme.

Pour Brenna Huntley, ce métier peut parfois être difficile émotionnellement.

«Je rencontre des personnes âgées dans la rue qui ont des problème de santé et qui ont de plus en plus de mal à s’occuper d’eux-mêmes. C’est difficile de s’imaginer à quel point ça peut être dur pour eux d’être à la rue alors qu’ils sont dans cette situation-là», confie-t-elle.
Lindsay Carter souligne que les injustices qu’elle constate sont dures à supporter.

«Les jeunes en difficulté, on n’en voit pas souvent, mais c’est vraiment difficile. Il y avait une jeune femme qui a grandi avec des troubles de santé mentale et de dépendance. Maintenant on ne sait jamais dans quel état elle va être lorsqu’on va la voir et c’est difficile à réaliser», explique-t-elle.

Vaincre ses propres préjugés

Les employées du YMCA sont honnêtes avec elles-mêmes. Leurs préjugés étaient nombreux au sujet des itinérants.

«J’avais tendance à me méfier d’eux en me disant qu’on ne peut pas leur faire confiance, on nous a appris à les ignorer. Durant ces deux mois, nous n’avons pas eu de problèmes. À part une fois, lorsqu’une personne a demandé Brenna en mariage, mais rien de plus!», s’esclaffe Lindsay Carter.

Pour elle, l’inhumanité des personnes envers les itinérants fait partie du problème.

«C’est un énorme obstacle. Certains vont penser simplement qu’ils n’ont pas d’emploi parce qu’ils sont paresseux et les ignorer. Cela ne fonctionne pas comme ça. Ce sont des gens qui doivent affronter des problèmes de santé mentale, des problèmes d’alcool, de dépendance… et tout ça affecte leur capacité à se trouver un emploi», assure-t-elle.

Durant cette expérience, un élément a particulièrement marqué Lindsay Carter.

«Lorsque l’on parle aux itinérants, on sent leur frustration de voir que personne n’ose leur parler. Même si l’on a pas d’argent à leur donner, une petite conversation ou même un simple bonjour peut faire la différence. Imaginez, quand on est isolé toute la journée, et que la plupart des gens ne vous jettent même pas un regard, c’est très difficile.»