Le maire de Bertrand dénonce le pouvoir de vie ou de mort de Tracadie

Le maire de Bertrand, Yvon Godin, tente un grand coup qui pourrait avoir un impact majeur sur le fonctionnement des commissions de services régionaux à travers la province. L’Acadie Nouvelle a appris qu’il cherche l’appui de ses collègues de la Péninsule acadienne afin de convaincre le ministre de l’Environnement et des Gouvernements locaux, Jeff Carr, de modifier la règle du droit de veto accordé à une municipalité détenant plus de 33% de la population d’une région lors d’un vote portant sur une question financière.

M. Godin travaille actuellement à la rédaction d’une lettre destinée au ministre, dont le journal a obtenu copie. Ce document sera distribué à ses homologues, qui auront à décider de l’appuyer à travers une décision de leurs conseils respectifs.

Faisant notamment référence au dossier controversé de la collecte des déchets dans la Péninsule acadienne, le maire soutient que son village ne sera plus qu’un observateur au sein de la CSR-PA tant que la Municipalité régionale de Tracadie aura, à elle seule, le droit de vie ou de mort sur plusieurs projets collaboratifs régionaux.

M. Godin mentionne que la CSR-PA a récemment demandé l’autorisation d’un prêt de 1,9 million $ à la Commission d’emprunt des capitaux par les municipalités. Cette somme lui aurait servi à lancer sa propre flotte de collecte des déchets dès 2020, sans Tracadie.

Mais leur demande a été refusée à Fredericton, car elle nécessitait un vote favorable des membres représentant au moins les deux tiers de la population de la Péninsule acadienne. La Municipalité régionale de Tracadie s’y est opposée, tout en indiquant qu’elle travaillait à monter sa propre flotte.

M. Godin regrette le résultat final même si cette décision n’avait aucun impact sur le budget de la MRT, car la responsabilité du projet de collecte incombait aux municipalités participantes seulement.

«Même si la relation avec la MRT à la table de la CSR-PA n’a jamais été facile, cette dernière mésaventure dépasse largement l’entendement et engendre des conséquences très sérieuses pour les autres municipalités à l’égard de l’avenir du service de collecte et du système optimisé de la collecte des déchets», écrit M. Godin.

Le maire de Bertrand justifie sa nouvelle position d’observateur par le fait que «l’intérêt du bien commun n’est plus l’élément essentiel qui dicte l’établissement de nos actions».

«Puisque Tracadie, à elle seule, peut déterminer la destinée de l’ensemble des communautés de la Péninsule acadienne, nous jugeons donc que notre engagement n’est plus nécessaire à la gestion des services régionaux», poursuit le maire de Bertrand dans sa lettre qu’il demande aux autres maires – même celui de Tracadie s’il en sent le besoin, promet-il – de signer et de l’envoyer au ministre.

Mardi, les élus de Caraquet ont appuyé cette démarche.

En entrevue au journal, M. Godin espère que ce moyen de pression convaincra M. Carr de modifier rapidement les règles du jeu.

«C’est dommage d’aller aux réunions de la CSR-PA et de voir Tracadie agir à sa guise comme elle le fait depuis un an. J’espère sincèrement que le ministre va changer cette loi du droit de veto. Il est au courant de ce qui se produit et il nous a même incités à bouger. Nous ne pouvons continuer à collaborer régionalement s’il n’y a pas de modifications. On comprend que c’est une règle démocratique et on peut comprendre quand il s’agit d’une question qui touche un budget d’une municipalité. Mais dans le dossier de la collecte, ce n’est pas le cas puisque Tracadie s’est elle-même retirée du projet. En votant contre, elle bloque toute possibilité de collaboration de la part de gens qui veulent collaborer», a expliqué le maire de Bertrand.

Son action ne vise pas à saborder la CSR-PA, précise-t-il, mais s’il devient impossible de faire avancer des dossiers en continuant à donner autant de pouvoir à une seule municipalité, «aussi bien se rencontrer et jouer aux cartes», dit-il, mi-figue mi-raisin.

La prochaine réunion publique de la Commission des services régionaux de la Péninsule acadienne est prévue le jeudi 26 septembre. M. Godin annonce que d’autres actions démocratiques vont se dérouler à cette réunion.

«Dans ces conditions, ce n’est plus plaisant de travailler dans la CSR. Et là, on est proche du conflit. C’est malheureux. Notre CSR est en train d’imploser. Elle vit avec une épée de Damoclès au-dessus de sa tête. Il y en a déjà une sous tutelle. Serons-nous la deuxième? Je suis conscient de l’impact de mon geste. Tous les yeux seront désormais rivés sur nous, mais le problème existe aussi ailleurs. Nous aurons des élections municipales en 2020. Qui dit qu’un nouveau maire à Bathurst ou à Edmundston n’agira pas de la même façon que Tracadie?», croit-il.

Isolé par Tracadie, Néguac songe à quitter les rangs

Se trouvant désormais isolé du reste de la région par l’intransigeance de la Municipalité régionale de Tracadie dans le dossier de la collecte des déchets, le village de Néguac étudie ses options. Ça pourrait aller jusqu’à quitter la Commission des services régionaux de la Péninsule acadienne et se tourner vers celle de Miramichi, va jusqu’à songer le maire Georges Savoie.

Néguac doit accueillir la prochaine réunion publique de la CSR-PA, le jeudi 26 septembre. Il n’y aura pas de gants de boxe devant chacun des maires et représentants des DSL. Mais le combat risque d’être virulent lorsque viendra le temps de discuter des poubelles.

Chose certaine, le maire de la Municipalité régionale de Tracadie, Denis Losier, ne s’est pas fait d’amis en refusant, avec son droit de veto, d’appuyer une demande d’emprunt de capitaux pour la création d’une flotte régionale de cueillette des déchets qui exclut pourtant sa ville.

«Si nous sommes isolés du reste de la Péninsule acadienne, nous devrons aller voir ailleurs», a laissé entendre M. Savoie, exaspéré par l’attitude de son homologue tracadien depuis plus d’un an dans ce dossier.

Le maire rappelle les affinités naturelles avec la grande région de Miramichi, même si son village a été accueilli à bras ouverts par les autres communautés de la Péninsule acadienne au moment de la formation des commissions de services régionaux, en 2013, par le gouvernement Alward.

Sauf que dans les conditions actuelles, l’option Miramichi est bien plus qu’une hypothèse, avertit-il.

«Si nous ne pouvons pas traverser le mur, on va regarder ailleurs pour obtenir nos services. Néguac ne peut être constamment pris en otage face aux décisions de Tracadie», a-t-il appuyé.

M. Savoie n’apprécie pas le fait de travailler avec une personne qui bloque constamment des projets péninsulaires. Outre la question des déchets, il rappelle les problèmes de s’entendre dans des sujets comme le tourisme ou encore l’aéroport de Pokemouche, en plus de dossiers qui demeurent en suspens comme les loisirs parce qu’une seule municipalité «met des bâtons dans les roues».

«Nous sommes 13 maires sur 14 et cinq représentants de DSL qui sont d’accord sur un projet, mais tout est bloqué par un maire. Les autres ne peuvent pas toujours avoir tort», affirme M. Savoie, qui est au courant des démarches du maire de Bertrand, Yvon Godin, qui veut invalider le droit de veto d’une municipalité qui détient plus de 33% de la population d’une région quand il est question d’un vote financier à la CSR.

La rencontre du 26 septembre pourrait donc provoquer une cassure nette. Le maire laisse entendre que plusieurs municipalités seraient également tentées d’envoyer directement leurs déchets domestiques au site d’enfouissement de Red Pine, près d’Allardville. Cela signifie que leurs camions d’ordure ne passeraient pas par le centre de tri de Tracadie.

«Tracadie profite économiquement des déchets avec le centre de tri et les emplois reliés parce que nous allons là. Mais nous aussi, on peut aller ailleurs. Ça fait un an et demi qu’on parle des déchets, au point où nous devons tasser plein d’autres dossiers importants. Nous devons avoir une solution le 26 septembre, car janvier arrive vite. Personne ne veut voir ses déchets s’accumuler devant sa maison. Si Tracadie continue à s’objecter, quel autre choix nous reste-t-il?», questionne le maire de Néguac, qui soupèse que la formule actuelle des CSR n’est peut-être plus idéale.