Grand Moncton: la GRC en a-t-elle trop sur les bras?

Alors que plusieurs indices semblent indiquer une progression de la criminalité dans la région, le Service régional Codiac de la GRC a-t-il les ressources suffisantes pour mener à bien sa mission?

Depuis plusieurs années, le nombre d’appels reçus par le poste de police est en constante augmentation. En 2018, les équipes du Service régional Codiac de la GRC se sont déplacées à 34 273 reprises sur le terrain. En 2017, elles avaient répondu à 31 811 appels (22% de plus qu’en 2014).

D’avril à juillet 2018, la force policière n’a d’ailleurs atteint les standards nationaux en matière de nombre minimum d’agents nécessaires que 75,5% du temps, forçant ses membres à multiplier les heures supplémentaires.

Face à ce constat, la GRC a décidé de renforcer ses patrouilles. Cinq nouveaux agents ont été recrutés au début de 2019, et cinq autres gendarmes, jusque-là assignés à des tâches administratives, ont été réaffectés au travail de terrain.

Les membres du Service régional Codiac de la GRC ont répondu à un nombre d’appels record l’an dernier. – Archives

Pour certains, cela ne suffit pas. Impliqué au sein de l’Association canadienne professionnelle de la police montée, Louis-Philippe Thériault a oeuvré plusieurs années au sein du détachement. Le citoyen de Dieppe, qui a pris un congé de la GRC pour entamer des études en droit, se préoccupe du grand nombre de dossiers que doivent gérer ses anciens collègues.

«Les membres de la GRC ont plus de dossiers par agent que dans n’importe quelle autre force de police. J’ai parlé à des gendarmes qui étaient en poste cet été, on me dit que le nombre d’appels et la charge de travail sont astronomiques, déplore-t-il. Lorsqu’on est à court d’effectifs, le moral n’est pas bon. Résultats, les congés maladies sont plus nombreux et les policiers sont encore plus surchargés.»

Louis-Philippe Thériault se préoccupe des conditions de travail des agents de la GRC. – Archives

D’après les données de Statistique Canada, le Grand Moncton ne comptait en 2017 que 134 membres de la GRC, soit environ 113 agents pour 100 000 habitants. Il s’agit d’un ratio très faible comparativement aux autres villes canadiennes.

Louis-Philippe Thériault croit que le Service régional Codiac de la GRC a grandement besoin de renforcer ses effectifs.

«Le nombre d’officiers sur la route n’a pas changé depuis 20 ans, alors que la population a explosé. La ville grandit et on voit arriver les problèmes de grandes villes», argumente-t-il.

La caporale Jullie Rogers-Marsh, responsable des communications de la GRC, assure de son côté que le détachement a les ressources nécessaires «pour intervenir dans n’importe quelle situation». L’équipe peut recevoir le renfort des sections spécialisées en cas d’incidents graves (personne portée disparue, homicide, tireur), rappelle-t-elle.

Cette carte, qui répertorie les incidents rapportés entre le le 1er et le 7 juillet 2019, met en lumière les problèmes rencontrés dans certains quartiers. – Autorité policière régionale de Codiac

Jullie Rogers-Marsh ajoute que chaque citoyen a un rôle à jouer pour lutter contre la criminalité.

«On aimerait que les citoyens nous appellent quand ils remarquent quelque chose hors de l’ordinaire, soupçonnent des activités criminelles ou possèdent des renseignements concernant un crime ou un suspect», souligne-t-elle.

Une réflexion à mener

L’Autorité policière régionale de Codiac doit adopter jeudi prochain son projet de budget pour l’année 2020, qui sera ensuite présenté aux conseils municipaux des trois municipalités du Grand Moncton. Son président, le conseiller de Moncton Charles Léger, affirme que l’ajout de postes supplémentaires devrait être proposé.

Charles Léger propose d’étudier le potentiel des agents de la paix communautaires. – Archives

Selon lui, d’autres options feront également l’objet de discussions, notamment l’idée de confier certaines missions assurées par la GRC à du personnel civil.

«On pourrait redéfinir les tâches des officiers de la GRC. Lorsqu’on parle de surveiller les routes par exemple ou de tapage nocturne, on n’a peut-être pas besoin d’avoir un officier pour ces tâches-là», souligne Charles Léger.

Il évoque le cas de certaines municipalités en Alberta, qui ont recours à des agents de la paix communautaires. Ces derniers peuvent par exemple enquêter sur les cas de fraude, assurer l’application de la législation routière, patrouiller les rues ou s’assurer du respect des arrêtés municipaux, permettant aux gendarmes de se concentrer sur des cas plus complexes ou plus sérieux.

Louis-Philippe Thériault estime quant à lui que les municipalités devraient questionner le modèle de prestation des services de police adoptés le siècle dernier.

«Est-ce qu’on veut une police régionale qui incorporerait d’autres villes? Est-ce qu’on veut revenir à une police municipale? Est-ce qu’on souhaite être servi par une autre force que la GRC?»

La criminalité en chiffres

Selon Statistique Canada, le Grand Moncton occupe désormais le 7e rang parmi les municipalités canadiennes dont le taux de criminalité est le plus élevé.

Statistiques de crimes dans la région de Moncton.

L’indice de gravité de la criminalité, qui prend en compte le volume et la nature des crimes recensés, est passé de 65% en 2014 à plus de 99,6% en 2018, loin devant les grands centres urbains tels que Montréal, Vancouver ou Toronto.

Le président de l’Autorité policière régionale de Codiac, Charles Léger, confirme une recrudescence des petits crimes tels que les vols de vélos ou les cas de fraude.

«Est-ce que je suis alarmé? Je dirais que non, la GRC a de bonnes capacités de renseignement, la région est bien protégée», avance-t-il.

Les chiffres publiés chaque semaine par l’organisme suggèrent aussi une concentration de la criminalité dans la ville de Moncton. En juillet 2019, 83% des incidents ont été rapportés sur le territoire de la plus populeuse des trois municipalités de la métropole.

Reste que ces indicateurs ne prennent en compte que les infractions portées à l’attention de la police et doivent donc être pris avec des pincettes.

Les incidents comptabilisés dans le tableau ci-dessous sont uniquement des données préliminaires sur les interventions suite des incidents pour lesquels un procès-verbal a été dressé. Elles peuvent ne pas rendre compte de toute l’activité policière.