Le NPD victime d’une crise d’identité

Le Nouveau Parti démocratique n’a pas connu de succès au Nouveau-Brunswick depuis longtemps. Le départ de 14 candidats signe-t-il son arrêt de mort? Analyse d’un parti qui s’accroche peut-être encore à la vie.

Le résultat des dernières élections provinciales ne sortait pas du commun pour le NPD du Nouveau-Brunswick: le parti n’a pas obtenu un seul siège, pas même celui de la chef Jennifer McKenzie.

Le politologue Roger Ouellette, de l’Université de Moncton, fait remarquer que le Nouveau Parti démocratique n’a élu aucun député depuis la démission d’Elizabeth Weir, députée de Saint-Jean-Havre, en 2005.

«Le départ de Mme Weir, le NPD ne s’en est jamais remis. Depuis, il y a plusieurs chefs qui n’ont pas pu relever le défi de se faire élire eux-mêmes dans leur circonscription», souligne le politologue.

Après quelques intérims et quelques chefs qui ont voulu rapprocher le parti du centre, Dominic Cardy a pris les rênes, lui faisant prendre un virage vers la droite.

«Très rapidement, il s’est mis à dos le milieu syndical. On sait que le NPD a des liens très forts avec le milieu syndical, au N.-B. comme au Canada», dit Roger Ouellette.

Cela détonnait avec la vision de certains membres du parti, qui penchaient du côté travailliste et syndicaliste, selon Mario Levesque, politologue à l’Université Mount Allison.

Il estime que c’est cette discorde interne que le parti doit régler avant de songer sérieusement à prendre le pouvoir.

Selon lui, par contre, le parti n’en est pas à son dernier souffle, contrairement à la déclaration de Jonathan Richardson, organisateur politique qui a quitté le NPD pour le Parti vert mardi.

«Je pense qu’il parle un peu trop vite. Il y a une lutte dans le parti entre les syndicalistes et les progressistes», estime le professeur.

Il croit que le NPD a plus de chance d’obtenir des votes en adoptant des positions centristes, mais que ce mouvement ne fait pas l’unanimité.

«Il manque une identité au parti, ils ne savent pas ce qu’ils sont. Il faut qu’ils se demandent s’ils veulent réellement gouverner. Si oui, ils doivent amener le parti plus au centre», croit le politologue.

Dans le cas contraire, il estime que le NPD sera relégué au rang de groupe d’intérêt. Il croit qu’il aura toujours une voix dans l’espace politique de la province, mais que ce sera une voix plutôt faible.

«Ils ont besoin de quelqu’un qui modernisera le parti, mais il faut se demander si c’est trop tard», assène Mario Levesque en soulignant que le Parti vert a depuis longtemps dépassé le NPD dans les sondages.

Et le NPD du Canada, dans tout ça?

Yvon Godin, ancien député fédéral d’Acadie-Bathurst sous la bannière orange, estime que le départ de 14 candidats orange vers le Parti vert aura un impact sur la scène provinciale.

«Certainement ça veut dire quelque chose, il y en a 14 qui sont partis», dit Yvon Godin en entrevue.

Il explique par contre qu’il ne sait pas si cela aura un impact sur l’élection d’octobre.

Il en veut cependant au chef fédéral du parti, Jagmeet Singh, qui n’est pas venu faire un tour au Nouveau-Brunswick. Il estime que cette absence du chef au Nouveau-Brunswick a précipité l’évacuation des candidats provinciaux vers le Parti vert.

«Je ne suis pas content qu’il ne soit pas venu. Il a manqué des occasions en or comme le 15 août. Il aurait pu venir, il y a quelqu’un qui l’a mal conseillé quelque part», dit Yvon Godin.

Roger Ouellette estime pour sa part que l’élection s’annonce mal pour Jagmeet Singh indépendamment des agissements du parti provincial.

«Pour le moment, c’est mal engagé pour M. Singh, et si la défaite est aussi cuisante qu’on peut l’anticiper, je pense que le NPD va se chercher un nouveau chef à la fin octobre», dit-il.

Mario Levesque croit aussi que la chance ne sourira pas à l’homme de l’Ontario.

«Je pense que le NPD du Canada a calculé qu’il n’aura aucun siège en Atlantique en octobre et qu’il a décidé de ne pas venir», estime-t-il.

Le N.-B. raciste envers Singh?

Des commentaires sur la perception du chef du NPD Jagmeet Singh ont fait réagir mercredi.

Jonathan Richardson, ancien conseiller politique du NPD, a affirmé en conférence de presse lundi que le racisme dont est victime le chef du NPD sera un problème aux urnes.

Jonathan Richardson a endossé le chandail du Parti vert en compagnie de David Coon et de candidats qui ont aussi rejoint le parti. – Acadie Nouvelle: Alexandre Boudreau

Le chef Jagmeet Singh est un sikh pratiquant qui porte un turban.

Jagmeet Singh

Jonathan Richardson affirme que «la carte du racisme a été utilisée à plusieurs reprises, surtout dans le nord de la province».

Kevin Vickers, chef du Parti libéral, a critiqué la notion que les Néo-Brunswickois n’appuieraient pas un chef qui porte un turban.

«Ces commentaires sont déplorables [et] honteux pour notre province», a dit le chef libéral en invitant le chef du Parti vert, David Coon, à «aborder ces regrettables remarques».