Élections 2019: À quoi s’attendre au Nouveau-Brunswick?

Le premier ministre Justin Trudeau s’est rendu mercredi matin à la résidence de la Gouverneure générale afin de dissoudre le Parlement et donner, par le fait même, le coup d’envoi de la 43e élection générale fédérale.

À la suite de l’élection de 2015, les libéraux avaient mis un terme à neuf années de règne du conservateur Stephen Harper. Ils avaient alors mis la main sur 184 sièges contre 99 pour les conservateurs. Le Nouveau Parti Démocratique (44), le Bloc québécois (10) et le Parti vert (1) avaient clos la marche.

L’équipe de Justin Trudeau avait alors pu compter sur un bon coup de main de la part des provinces de l’Atlantique, la totalité des 32 circonscriptions – dont les dix néo-brunswickoises – ayant fait confiance à son parti.

Le conte de fées pourrait toutefois être de courte durée pour les libéraux, du moins c’est l’avis du politologue Roger Ouellette de l’Université de Moncton.

En fait, la question ne serait plus tant de savoir si le paysage entièrement rouge de l’Atlantique changera, mais plutôt à quel point il changera? Il croit en effet qu’il serait utopique pour les troupes libérales d’espérer répéter le balayage de 2014. Il prédit un retour du balancier avec une carte beaucoup plus tempérée, plus divisée.

«Justin Trudeau a apporté un élan de fraîcheur à la politique. Il était nouveau, jeune, fringant, moderne. Il promettait d’être un champion au niveau de l’économie et de l’environnement, d’être attentif à la question féminine et celle des Premières nations. Tout ça en plus de légaliser la marijuana. Bref, il détonnait de son prédécesseur et ça a charmé l’électorat, particulièrement les jeunes», explique le politologue.

Mais la lune de miel est terminée. Avec ses quatre années au pouvoir, le premier ministre a désormais un bagage politique, ses adversaires ont maintenant des armes. Pour M. Ouellette en effet, le premier ministre n’en est pas à une contradiction près.

«Ce que l’opinion publique retient, c’est qu’en dépit de son souci pour l’environnement, il a acheté un pipeline. Il l’a fait pour l’Ouest, mais n’a pourtant pas réussi à faire passer le projet de pipeline d’Énergie-Est. En ce sens, on est en droit de se demander en quoi la fidélité de la province – qui lui a offert tous ses sièges – aura été profitable», note-t-il, avouant voir se profiler sérieusement la possibilité d’un gouvernement minoritaire libéral.

«L’Atlantique, avec ses 32 sièges, ne représente pas une force sur l’échiquier national. Mais dans le contexte de la possibilité d’un gouvernement minoritaire, chaque circonscription est importante», rappelle-t-il.

Qu’à cela ne tienne, il soutient tout de même que les conservateurs ont également leur lot de défis à surmonter pour convaincre la population.

«À commencer par leur chef que l’on dépeint comme un clone de Stephen Harper, mais avec un sourire. On le dit très conservateur, à droite, religieux. Cette démonisation aura des répercussions ici, c’est certain», estime M. Ouellette.

Rouge et bleu…

Au Nouveau-Brunswick, où les dix circonscriptions sont libérales, le portrait politique pourrait changer considérablement selon M. Ouellette. À l’image de l’élection provinciale de l’automne dernier, il prédit que les circonscriptions suivront une tangente similaire, soit rouge au nord et pour les secteurs à fortes concentrations francophones, et le bleu pour les régions du sud plus anglophones.

Du coup, et à moins d’une dynamique particulièrement volatile lors de la campagne, il ne voit pas les sièges des René Arseneault, Serge Cormier et Dominic LeBlanc être menacés.

La lutte pourrait par contre être plus féroce dans Moncton-Riverview-Dieppe, mais la députée actuelle, Ginette Petitpas-Taylor, demeure en bonne posture pour conserver son siège. «C’est davantage dans le sud de la province que les libéraux risquent de perdre des plumes. Avec les sondages et ce que l’on sent dans l’air, c’est clair que les conservateurs risquent de faire des gains», estime M. Ouellette, ajoutant que toutes les circonscriptions du sud sont à la portée des conservateurs.

Chez les libéraux, une autre ombre au tableau est celle de la maladie du candidat Dominic LeBlanc.

«C’est le poids lourd des candidats au Nouveau-Brunswick, le chef d’orchestre. En raison de ses traitements, il risque fort d’être absent pendant une partie de la campagne. Il sera intéressant alors de voir qui jouera ce rôle», note M. Ouellette.

…avec une teinte de vert?

S’il prédit des gains conservateurs dans les circonscriptions anglophones, M. Ouellette croit par contre que le Parti vert pourrait jouer les trouble-fête dans la circonscription de Fredericton, voire même y remporter le siège.

«Les verts sont bien positionnés dans la capitale et pourraient même causer la grande surprise de cette élection au Nouveau-Brunswick», dit-il, rappelant qu’au provincial, trois députés se sont fait élire sous cette bannière. Le chef, David Coon, est d’ailleurs l’actuel député dans la capitale (Fredericton-Sud).

«Selon moi, on risque de voir la cheffe du Parti vert, Elizabeth May, à quelques reprises au Nouveau-Brunswick, car il y a risque de gain et que son parti est en nette progression auprès de l’opinion publique. Il ne faut surtout pas sous-estimer le vote des jeunes sur les campus universitaires. Ceux-ci sont de plus en plus conscientisés vis-à-vis l’environnement et le Parti vert pourrait bien réussir à les mobiliser à sa cause et faire passer la candidate verte (Jenica Atwin)», souligne le politologue.

La débandade néo-démocrate

À l’opposé du Parti vert, on assiste à une véritable descente aux enfers pour les néo-démocrates au Nouveau-Brunswick. Au moment du déclenchement des élections, aucun candidat n’avait même encore été désigné officiellement par le parti dans la province.

«Le fait que le chef national, Jagmeet Singh, ne soit pas encore venu au Nouveau-Brunswick en dit long sur les espoirs du parti pour la province. Non seulement on sait qu’on n’y fera pas de gain, mais on anticipe même une baisse du pourcentage du vote. En fait, le NPD est en mode sauvetage sur la scène nationale, et il n’y a aucun meuble à sauver en Atlantique», mentionne M. Ouellette.

Si le NPD n’est plus dans le portrait, la question est de savoir à qui profitera le vote de changement et le vote contestation.

L’effet Higgs

Au cours des derniers mois, le premier ministre provincial Blaine Higgs s’est affiché à de nombreuses reprises auprès du chef national, Andrew Scheer. Son opposition à la taxe sur le carbone et son lobbying pour faire renaître le projet de pipeline sont notoires. En ce sens, et étant donné que le début de son mandat est relativement bien perçu par une partie de l’électorat, il ne faudrait pas s’étonner de le voir jouer un rôle de soutien important lors de l’élection fédérale.

«Les conservateurs sont certainement en bonne posture pour aider leur grand frère libéral, mais encore là surtout dans le sud de la province», soutient M. Ouellette.

Les circonscriptions du Nouveau-Brunswick

 

Nom: Acadie-Bathurst

Député sortant: Serge Cormier (Lib)

Population: 77 791

Électeurs inscrits: 66 799

Nombre de bureaux de scrutin: 210

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Nom: Beauséjour

Député sortant: Dominic LeBlanc (Lib)

Population: 82 292

Électeurs inscrits: 66 891

Nombre de bureaux de scrutin: 196

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Nom: Fredericton

Député sortant: Matt DeCourcey (Lib)

Population: 83 303

Électeurs inscrits: 61 947

Nombre de bureaux de scrutin: 157

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Nom: Fundy Royal

Députée sortante: Alaina Lockhart (Lib)

Population: 79 943

Électeurs inscrits: 63 089

Nombre de bureaux de scrutin: 174

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Nom: Madawaska-Restigouche

Député sortant: René Arseneault (Lib)

Population: 60 378

Électeurs inscrits: 50 907

Nombre de bureaux de scrutin: 139

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Nom: Miramichi-Grand Lake

Député sortant: Pat Finnigan (Lib)

Population: 57 405

Électeurs inscrits: 48 331

Nombre de bureaux de scrutin: 144

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Nom: Moncton-Riverview-Dieppe

Députée sortante: Ginette Petitpas-Taylor (Lib)

Population: 92 666

Électeurs inscrits: 71 982

Nombre de bureaux de scrutin: 173

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Nom: Nouveau-Brunswick-Sud-Ouest

Députée sortante: Karen Ludwig (Lib)

Population: 65 287

Électeurs inscrits: 51 729

Nombre de bureaux de scrutin: 157

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Nom: Saint-Jean-Rothesay

Député sortant: Wayne Long (Lib)

Population: 79 363

Électeurs inscrits: 61 722

Nombre de bureaux de scrutin: 155

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Nom: Tobique-Mactaquac

Député sortant: TJ Harvey (Lib)

Population: 68 673

Électeurs inscrits: 54 145

Nombre de bureaux de scrutin: 169