Gilles Lanteigne: aller au bout de ses rêves… jusqu’au sommet de l’Afrique

Relever la Caisse populaire de Moncton? Check. Relever la Caisse populaire de Shippagan? Check. Relever le complexe industriel AcadieNor à Caraquet? Check. Mener la campagne de financement du nouveau Centre régional des générations? Check. Participer au Tour de l’Espoir pas une, mais deux fois? Check.

Gilles Lanteigne, c’est le gars qui relève le défi des causes parfois désespérées. C’est vers lui qu’on se tourne quand on veut que ça fonctionne. Il adore ça. Ça le sort de sa zone de confort. Ça nourrit son besoin constant d’adrénaline, son besoin d’aller vite.

Sa bucket list est déjà remplie de nombreux accomplissements personnels et professionnels que peu peuvent se targuer d’avoir réussis.

À la fin août, il a ajouté un crochet de plus à ce tableau de réalisations hors du commun.

À 57 ans, il a posé sa main droite sur l’affiche bien plantée au sommet du mont Kilimandjaro, le toit de l’Afrique avec ses 5895 mètres.

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Devant un bon café chaud et bien assis dans la cuisine de sa demeure à Caraquet, ce grand amateur de plein air et de sport se surprend encore à laisser son esprit errer et à rêver à sa plus récente aventure en Tanzanie. Il n’est pas encore tout à fait revenu dans son Acadie qu’il a apportée dans son sac à dos, à travers un petit drapeau qu’il a fait flotter une fois au sommet.

À ses côtés, le certificat qui confirme son ascension. Il y a aussi deux roches volcaniques noires comme le poêle qu’il a ramenées du sommet – le maximum possible. Son ami en avait cinq dans ses bagages. Il a dû en remettre trois aux douaniers.

Mais vous ne trouverez pas son ego sur cette table. Ça, il l’a laissé au pied de la montagne, prétend-il.

«Je suis totalement sorti de ma zone de confort, affirme-t-il. Ça te frappe en pleine face. Il y a toujours une tension qui t’accompagne, car on ne va pas là tous les jours. C’est dispendieux et tu veux réussir. Mais tu dois aussi affronter les éléments dans un milieu que tu ne connais pas. Ça prend de la volonté, de la ténacité, de la rigueur, de l’engagement. Et beaucoup d’humilité parce qu’il faut aussi gérer le risque. Ma tête est encore là-bas. La nuit, je rêve de la montagne…»

L’idée

Celui qui voulait à l’époque atteindre un camp de base de l’Everest n’a jamais remis un défi de cette nature dans le classeur 13 de son cerveau. Même s’il admet que la route a changé un peu avec le temps et l’âge, son idée du Kilimandjaro a germé à la fin des presque 700 kilomètres de vélo en cinq jours de son premier Tour de l’Espoir, à l’été 2018.

Gilles Lanteigne avec le certificat d’ascension réussie du mont Kilimandjaro, ses deux pierres volcaniques noires prises au sommet et quelques affiches que ses proches ont confectionné pour son retour en Acadie. – Acadie Nouvelle: Réal Fradette

«J’ai appelé mon ami Sylvain (Levasseur) à Ottawa pour lui proposer ce défi. Il m’a répondu “Es-tu malade? À notre âge?”. Puis, à minuit, le 31 décembre, le téléphone a sonné. C’était lui qui me souhaitait la bonne année et pour me dire qu’il embarquait», rigole-t-il aux côtés des affiches de bienvenue avec lesquelles ses proches l’ont accueilli à l’aéroport de Bathurst, il y a une semaine, après 31 heures de vol de retour.

Si sa compagne Yvette voyait le noir de ce périple, Gilles Lanteigne contrebalançait avec le côté positif d’une telle expédition. Avec une troisième personne – Yves Goudreau, de Campbellton -, ils ont planifié de A à Z leur préparation physique, technique et mentale.

Car le Kilimandjaro, c’est tout sauf une promenade du dimanche sur la piste cyclable de Caraquet. C’est franchir plus de 5000 mètres en altitude en seulement six jours, dans des routes de roches et des passages si étroits que ton visage embrasse la pierre devant soi, avec un équipement de près de six kilos à transporter.

C’est également affronter la rareté de l’oxygène. Au niveau de la mer, il est à plus de 95%. Au toit de l’Afrique, il a chuté à 60%. Le médecin vous envoie à l’hôpital à 80% normalement… Chaque petit effort demande une énergie considérable. Plutôt que de voir l’objectif final, il faut y aller par étapes. C’est la seule façon de passer au travers, insiste-t-il.

En comparaison, Gilles Lanteigne avait maigri de deux kilos pendant le Tour de l’Espoir. Là-bas, il en a perdu… sept!

«Heureusement, j’étais bien entraîné avec le vélo. J’étais prêt. Le seul impact qui m’était inconnu était celui de l’altitude, car ça amplifie les malaises. Je suis un gars qui va vite. Là-bas, j’ai appris à ralentir, à faire confiance en mes capacités, mais aussi à mes amis. On présente des symptômes dont on ne s’aperçoit pas. On peut être étourdi, avoir l’air d’un gars chaud et être incohérent sans s’en rendre compte. C’est là que le travail d’équipe devient important. Il faut aussi beaucoup de repos, bien récupérer et bien manger», a-t-il noté.

Comme la montée est rapide et difficile, seulement le tiers des tentatives aboutit au succès. Entre alors en jeu le mental. La dureté du mental, comme l’a si bien dit Marc Messier dans les Boys.

«Tout devient plus lourd et ça demande énormément d’énergie. Tu vois le sommet, mais tu crains les symptômes. Je suis un gars qui fait de l’anxiété et du stress, mais à ce moment-là, l’objectif prédomine ta peur. C’est pourquoi il faut attaquer la montagne à travers plusieurs petits objectifs plutôt qu’un seul gros. C’est comme au hockey. Tu ne penses pas au match de 60 minutes, mais à ton tour de 45 secondes. C’est là que tu es à ton meilleur», compare ce grand amateur de hockey.

Le sommet

Le sommet approche. À 400 mètres, tout au plus. Gilles puise dans les limites de son corps. Les 100 derniers mètres se comparent à un marathon. Il est épuisé. Puis, c’est l’instant où la main touche l’affiche. «Félicitations», est-il écrit.

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«C’est uniquement l’adrénaline qui m’a amené au sommet. J’ai poussé la machine à sa limite pour toucher le panneau. Sylvain m’a serré dans ses bras en me disant “On l’a fait!”. Nous étions sur le toit de l’Afrique. On a vu le soleil se lever, les glaciers à côté… Tu éprouves un grand moment d’humilité, car c’est un combat de tous les instants contre soi-même. Ç’a été très émotionnel. Six jours de montagnes, de tente, d’inconfort, de verglas, de pluie et habillé tout en haut comme au Pôle Nord… Ça ne se vit que quand tu es là», explique Gilles Lanteigne, les larmes aux yeux.

Il avait promis de poser quatre gestes une fois rendu là-haut.

D’abord, il a déployé un drapeau de son employeur, UNI Coopération financière. Il espère que son ascension servira d’exemple aux employés du mouvement.

Gilles Lanteigne a déployé un drapeau de son employeur au sommet du mont Kilimandjaro. – Gracieuseté

Ensuite, il a sorti de son sac un petit drapeau acadien. C’est la fierté de ses racines et ça démontre que l’Acadie est partout.

Troisièmement, il a déposé une roche peinte aux couleurs de l’Acadie, offerte par Nathalie Cormier. Il souhaite qu’elle voyage partout sur la planète.

Enfin, une photo de sa mère, décédée il y a deux ans. «À cet instant, je me sentais le plus proche d’elle», a-t-il avoué avec émotions.

Que faut-il retenir de cette aventure? Que si tu n’essaies pas, tu n’iras pas au bout de tes rêves, croit Gilles Lanteigne. Que tous ces jours à marcher dans la roche amènent ton esprit à réfléchir sur plein de choses. Qu’il aurait été si facile de tourner les talons et, comme l’a avoué un de ses compagnons, «aller prendre une bière au bord de la plage». Qu’il est essentiel de performer au moment présent. Que la montagne ne se gravira pas en un seul pas. Que ce sont les actions qui vont définir ta personne.

De ce côté, Gilles Lanteigne n’a pas à trop d’inquiéter, lui qui désire maintenant s’atteler au chemin de Compostelle et à un troisième Tour de l’Espoir, cette fois avec Yvette.

Mais il retient encore une chose.

«On est bien en Acadie et on ne le sait pas!»

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