Vente d’alcool: un grand irritant dans les bars et dans les restos

Le Nouveau-Brunswick se classe en avant-dernière position dans le nouveau rapport de Restaurants Canada «Relever le débit 2019» qui expose l’impact qu’ont les politiques relatives à l’alcool sur l’industrie de la restauration et des bars. Des propriétaires sont frustrés de ne toujours pas bénéficier d’un «prix de gros» sur l’alcool.

Le Nouveau-Brunswick se classe parmi les pires provinces quant à ses politiques d’alcool pour les propriétaires et gestionnaires de bars et de restaurants. La province a récolté une note de D-, suivi de près par Terre-Neuve-et-Labrador qui arrive en dernière position du palmarès.

L’Alberta se classe en tête de lice et précède la Nouvelle-Écosse et l’Île-du-Prince-Édouard.

Luc Erjavec, vice-président du bureau atlantique de Restaurants Canada, ne mâche pas ses mots pour décrire la situation des propriétaires de bars et de restaurants.

«Les politiques sur l’alcool au Nouveau-Brunswick n’ont pas changé depuis des décennies», s’alarme-t-il.

Le principal irritant pour ces entrepreneurs, selon lui, est l’absence totale de rabais sur l’achat de produits alcoolisés en gros volume, destinés à la revente. Ils payent exactement le même prix que n’importe quel consommateur ordinaire qui désire acheter un produit à Alcool NB.

Mathieu Aucoin, barman en chef au bar le Third Glass à Moncton, croit qu’il est plus que temps qu’un changement s’opère.

«N’importe quelle autre business que tu vas acheter en gros, tu vas avoir des rabais», dit-il.

Il cite l’exemple de la Nouvelle-Écosse, où les propriétaires de bars et de restaurants obtiennent 10% de rabais lorsqu’ils vont se procurer des vins et des spiritueux à l’établissement d’alcool de la province.

L’Île-du-Prince-Édouard bénéficie d’un rabais similaire, avec un 10% en moins sur le vin, les spiritueux, la bière pression et en caisse de 24 bouteilles.

Au Nouveau-Brunswick, les détenteurs d’un permis d’alcool n’ont rien de tout cela.

Le coup de sonde est similaire pour Michael Petrovici, propriétaire du bar Au Bootlegger à Bathurst.

«Même si on achète des gros volumes, on paye le même prix que quelqu’un qui va à Alcool NB et s’achète un six packs de bière».

Les rabais au volume permettent de conserver des prix compétitifs pour les clients, selon lui.

Pour ajouter à la frustration, M. Petrovici raconte avoir voulu profiter d’un rabais annoncé sur des produits à Alcool NB. Il s’est fait répondre que ces rabais sont seulement applicables aux clients réguliers et non pas aux détenteurs de licence d’alcool.

«C’est juste comme une grosse claque en pleine face», scande-t-il.

Les réclamations pour un changement de la loi sur la réglementation des alcools du Nouveau-Brunswick ne datent pas d’hier.

M. Erjavec se rappelle que les premières recommandations de Restaurants Canada adressées au gouvernement avaient été acceptées par Blaine Higgs. À l’époque, celui-ci était ministre des Finances… il y a donc cinq ans!

Ensuite, il y a eu des élections et un gouvernement libéral a pris pouvoir. Aucune modification n’a été apportée à la réglementation sur les alcools.

«L’industrie est tellement fâchée quand le gouvernement répète “bientôt”. Ça fait cinq ans qu’on entend “bientôt” et rien n’a changé».

Nicole Picot, vice-présidente des communications chez Alcool NB, a déclaré par courriel considérer avec attention le rapport «Relever le débit 2019».

«Nous valorisons notre partenariat avec le secteur de la restauration et nous avons entendu leurs préoccupations. Nous sommes en mesure d’examiner un certain nombre de nos politiques en vue de résoudre certains des problèmes soulevés dans le rapport», a-t-elle écrit.

Luc Erjavec espère de tout cœur que ce rapport soit un catalyseur de changement, maintenant que Blaine Higgs n’est plus seulement ministre des Finances.