Les travaux de la nouvelle église sont lancés à Bas-Caraquet

La cérémonie officielle venait de se terminer et monseigneur Daniel Jodoin, portant sa soutane d’évêque, répondait aux questions de la presse. C’est à ce moment qu’une dame âgée s’est levée de sa chaise. Péniblement, avec l’aide de ses deux enfants, elle a saisi la pelle argentée. Malgré sa santé fragile, elle a attendu patiemment que le prélat en termine avec les journalistes avant de lui demander une faveur: l’aider à effectuer sa propre pelletée de terre de ce qui sera bientôt la nouvelle église de Bas-Caraquet.

Puis, une fois ce geste d’une symbolique profonde posé, elle a interpellé l’évêque.

«J’ai tellement prié pour que ça arrive», a-t-elle dit d’une voix faible, trahissant ses 92 ans. Monseigneur lui a pris la main et, avec un large sourire, a remercié cette paroissienne de sa grande confiance au projet qui doit aboutir en août 2020.

«Non seulement voir allez voir cette église, mais vous allez venir y célébrer pendant de nombreuses années», lui a répondu l’homme d’Église.

«Seigneur! C’est une journée très importante, admet sans détour Béatrice Doiron, heureuse d’avoir pu assister à cette rencontre. Je ne me suis jamais arrêtée aux désagréments et aux gens qui n’aimaient pas le style de notre nouvelle église. Une église, c’est une église. Monseigneur savait ce qu’il faisait.»

Les prières de celle qui a été la première femme francophone à devenir maire d’une municipalité – c’était en 1974 – ont certes été entendues. Vendredi, le Diocèse de Bathurst et le comité de gestion de la paroisse Saint-Paul ont lancé officiellement les travaux de ce nouvel édifice religieux, qui comprendra aussi une salle multifonctionnelle d’urgence, au coût de près de 2,8 millions $.

Des prières… avec un peu de sucre à la crème et du bon pain, précise-t-elle avec un brin d’espièglerie.

«Je suis allée parler à l’évêque à Bathurst pour le convaincre de ne pas fermer notre église, raconte-t-elle, amusée. On avait amené avec nous du sucre à la crème et du bon pain frais. Monseigneur nous a dit que notre église allait rester. Le sucre à la crème a fait son effet.»

Mme Doiron n’a jamais perdu espoir, mais à 92 ans, elle savait aussi qu’elle aurait pu ne pas voir cet accomplissement. Elle se promet maintenant d’être là lors de l’ouverture officielle, dans moins d’un an.

«J’ai pleuré quand notre église a brûlé. Aujourd’hui, je…». Incapable de terminer sa phrase, une larme coule sur sa joue gauche.

De l’eau bénite

Roger Vienneau avait un rôle bien précis pendant la cérémonie. Il tenait le bénitier avec lequel Mgr Jodoin a purifié le terrain sur lequel sera bâtie la nouvelle église. Mais il n’a pas pris de chance. Il a vidé le reste du contenu dans le petit trou de terre fraîchement levée.

«On est tellement fier, soutient ce bénévole dans la paroisse depuis 40 ans. L’attente a été longue et les gens se posaient des questions. Mon téléphone sonnait toutes les semaines. Mais là, c’est fait. Mon téléphone devrait moins sonner…»

Ce lancement des travaux se veut aussi un moment de réconciliation dans la communauté déchirée après l’incendie qui a détruit l’église patrimoniale et centenaire, en juin 2018, et la mise à terre des murs encore debout en janvier.

«On peut comprendre qu’il y ait eu certaines frustrations, concède M. Vienneau. On ne pouvait pas non plus avoir le beurre et l’argent du beurre. Il fallait tous se donner la main pour réussir. Je n’ai aucune rancune. On laisse nos ego de côté et on passe à autre chose.»

Mirila Boucher, coprésidente du comité de gestion de la paroisse, a parlé d’un grand moment de soulagement. Elle a tenu à féliciter monseigneur Jodoin, le diocèse, les paroissiens et toute la communauté de Bas-Caraquet.

«On va avoir quelque chose de tellement beau et pour tous les âges, stipule la porte-parole. Nous aurons une belle église moderne et ça va peut-être même amener les jeunes à pratiquer.»

Avant la cérémonie, Claudine Chiasson attendait avec beaucoup de fébrilité ce moment.

«Enfin! C’est arrivé! C’est important pour Bas-Caraquet, mais aussi les environs. Ça fait longtemps qu’on attendait ça parce que nous avons notre église à coeur. C’est un beau moment de réconciliation. Les 15 derniers mois n’ont pas été faciles. On était habitué à notre église», a-t-elle reconnu.

Un moment historique

En cette période où l’on entend davantage parler de fermeture et de destruction d’églises, monseigneur Daniel Jodoin a rappelé, non sans une certaine fierté dans la voix, le moment plutôt rare et historique de la cérémonie de vendredi, à Bas-Caraquet.

Une fois la première pelletée de terre complétée, l’entrepreneur Foulem Construction de Caraquet se mettra à l’ouvrage là où s’élevait auparavant un majestueux lieu de culte patrimonial et centenaire, avec des vitraux uniques et un clocher visible à des kilomètres à la ronde.

À la place, un bâtiment d’un seul étage. Une partie comprendra une église de 200 places, alors que le reste de l’édifice abritera une salle communautaire qui pourra servir de lieu de réchauffement et d’urgence en cas de crise, en plus de divers locaux multifonctionnels.

Un nouvel orgue a été déniché à Montréal. Des vitraux ont été acquis d’une église de Saint-Jean. La sacristie est chez un paroissien du village.

«Une église est comme une maison familiale des enfants de Dieu. Ça peut être une église de pierres, mais la vraie église est constituée de chacun de nous. Les paroissiens sont les pierres sur lesquels chacun peut s’appuyer», a imagé le prélat, une façon de rappeler aux fidèles qu’il faut davantage accorder de l’importance à la foi qu’à des murs.

Beaucoup de travaux ont déjà été exécutés, tels les plans d’ingénierie, ainsi que divers ajustements nécessaires aux idées originales. Car pas question de dépasser le budget.

«Nous vivons un moment très historique, a rappelé Mgr Jodoin. Il est malheureux de devoir fermer des églises et il faut s’ajuster. Alors, en construire une, c’est quelque chose que nous ne verrons peut-être pas de sitôt. Les paroissiens de Bas-Caraquet et des environs sont chanceux et laissez-moi vous dire que ça fait des jaloux.»

Évidemment, la période difficile qui a divisé la communauté pendant plusieurs mois a laissé certaines traces. La plaie n’est pas encore tout à fait guérie, mais ça s’en vient, a indiqué le grand patron du Diocèse de Bathurst.

«C’est difficile de faire un deuil. Ce sont des souvenirs qui s’envolent. Mais la vie continue et on se reprend en main. Et parfois, ça nous donne de belles surprises. L’ensemble des paroissiens, je dirais 98%, était d’accord pour cette nouvelle église. Ça va amener de la réconciliation dans la paroisse, j’en suis persuadé», est convaincu Mgr Jodoin.