Moncton: la communauté résiliente de la rue St-George

L’Acadie Nouvelle a publié cet été un article sur le sentiment d’insécurité ressenti par certains citoyens de la rue St-George, à Moncton, qui a fait beaucoup réagir. Le directeur général de Monument de la Reconnaissance au 21e siècle (MR21), André Bourgeois, a notamment voulu souligner que l’artère est également pleine de possibilités pour les entrepreneurs et les artistes francophones.

La rencontre se déroule sur un banc de l’intérieur paisible et solennel de la cathédrale de Moncton.

«J’étais furieux quand vous avez sorti votre article, car c’était la semaine de notre ouverture», se rappelle M. Bourgeois.

Son organisme sans but lucratif veut faire de Notre-Dame-de-l’Assomption, située rue St-George, une attraction touristique majeure. Il y a installé des appareils multimédias et en a aménagé la chapelle pour y projeter un spectacle immersif.

M. Bourgeois pense que la rue, parfois pointée du doigt pour la misère qui s’y observe, fait aussi partie du quartier le plus vibrant de Moncton. Il la voit renaître depuis dix ans.

«C’est l’espace de création le plus important de la ville, affirme-t-il. La rue St-George est le carrefour des espaces de vie alternatifs.»

«Hip, cool et artistique»

Deux des trois galeries d’art de Moncton s’y trouvent.

«La rue St-George, c’est unique puis chic, certifie la propriétaire d’Apple Art, Nausika Breau, avant de se reprendre en riant. Pas encore chic. Mais c’est bon pour la créativité!»

L’entrepreneuse se réjouit d’être entourée des autres commerçants qui occupent le bâtiment appelé Les Arches. Cette gang de jeunes adultes souriants semble solidaire et collaborative.

Luc Doucet en fait partie. Il possède le Black Rabbit, un restaurant en lice pour le palmarès des Meilleurs restos canadiens 2019 d’Air Canada.

Pascale Landry, propriétaire de la friperie Boutique Caprice, se trouve aussi parmi eux.

«La rue St-George, c’est le clash des gens qui roulent en voiture de luxe et des itinérants qui poussent des chariots, observe-t-elle… Mais c’est hip, cool et artistique. C’est la rue où les gens peuvent être qui ils sont sans jugement.»

Elle constate par ailleurs que les loyers abordables et la position centrale de l’artère permettent à de nouveaux commerçants de s’y installer. «Il y a une renaissance de la rue grâce aux gens qui y ouvrent des établissements et à ceux qui s’y promènent», assure-t-elle.

Une communauté soudée

Un symbole de la revitalisation de la rue St-George se situe un peu plus loin: le Dolma. Derrière le bar du deuxième étage, Jenna s’active. La jeune femme est originaire du Cap-Breton.

«Je n’avais pas idée de ce qu’était la rue avant que les gens ne me le disent, se souvient-elle. Je trouvais que c’était un endroit mignon. Je continue de le penser même si les gens me taquinent.»

La serveuse aime le sentiment de se trouver au cœur d’une petite communauté soudée. «Ça me rappelle chez moi, les gens se rappellent mon nom», sourit-elle.

Elle souligne en outre ignorer où elle irait faire de petites courses végétariennes s’il n’y avait pas l’épicerie au rez-de-chaussée de son établissement.

En poursuivant sa route, on passe devant le magasin de matériel photographique Ivan’s Camera, le restaurant végétarien Calactus, le centre culturel Aberdeen puis la toute nouvelle galerie d’art Murmur.

«On est chanceux, quand même, d’avoir tous ces endroits-là à cinq minutes de marche», se réjouit l’administratrice du lieu culturel, Christine Dubé, en pensant aux nombreuses enseignes qu’elle apprécie sur la rue St-George.

Un centre culturel

Derrière la porte de l’établissement voisin, le vendeur de la boutique Art Shack, Daniel Vautour range des tubes de peinture. «St-George est vraiment comme le milieu artistique de Moncton, réalise-t-il après un moment de conversation. Après un événement ici, on va au Landromat [Espresso bar]».

«Il y a une grosse culture qui est brassée ici, constate également le propriétaire de l’endroit, Mario LeBlanc. C’est d’abord le centre Aberdeen qui nous a attirés. C’est pour ça qu’on a déménagé de Dieppe.»

Il rappelle que le sous-sol du 102, rue St-George, a été un endroit où les musiciens venaient improviser, quand l’adresse portait encore l’enseigne de la boutique Folio. Les Hay Babies y ont même enregistré leur premier album.

«Ça fait partie de l’Histoire, dit M. LeBlanc. On sait qu’on continue à contribuer à cet écosystème.»