Des groupes environnementaux des États-Unis demandent à leur gouvernement de mettre davantage de pression sur le Canada pour qu’il adopte de mesures supplémentaires pour protéger les baleines noires. Ils parlent même d’une interdiction de l’importation du crabe des neiges canadien.

Des représentants de neuf organismes ont cosigné une lettre qui a été envoyée en début de semaine au National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), un ministère du gouvernement américain.

Ils sont préoccupés par l’état actuel des baleines noires, une espèce menacée de disparition. Ils espèrent mettre de la pression sur le gouvernement du Canada.

Il reste seulement quelque 400 baleines noires dans le monde, dont seulement 100 femelles. Vingt-huit baleines noires de l’Atlantique Nord sont mortes dans les eaux nord-américaines depuis 2017, dont huit dans les eaux canadiennes cet été. Certaines des baleines mortes étaient des femelles reproductrices.

Plusieurs sont décédés après des collisions avec des navires et en s’empêtrant dans de l’équipement de pêche, mais pas tous. Par exemple, une nécropsie pratiquée sur un mâle de 9 ans, surnommé Wolverine, en juin sur l’île Miscou a démontré que l’industrie de la pêche au crabe ne serait pas en cause pour le décès de cette baleine.

Une nouvelle loi sur la protection des mammifères marins doit entrer en vigueur aux États-Unis à compter du 1er janvier 2022. Elle interdira l’importation d’espèces marines capturées avec de l’équipement de pêche pouvant entraîner la mort ou de lésions graves sur des mammifères marins. La loi vise les pays n’ayant pas des mesures comparables à celles des États-Unis.

Bien que le Canada ait mis en place des mesures pour protéger les baleines noires, les signataires de la lettre jugent qu’elles ne vont pas assez loin pour assurer la survie du mammifère.

«C’est déchirant de voir une baleine noire après une autre s’empêtrer dans les eaux canadiennes», dit Sarah Uhlemann, directrice internationale du Center for Biological Diversity, basé à Tucson, en Arizona. L’organisme figure parmi les signataires de la lettre.

«On ne montre le doigt à personne. Les États-Unis doivent en faire plus pour retirer des lignes de pêche de l’eau, mais le Canada doit renforcer et étendre ses mesures actuelles pour rencontrer les standards des États-Unis, freiner l’empêtrement et assurer la survie de nos chères baleines transfrontalières.»

En entrevue avec d’autres médias, Mme Uhlemann a affirmé que le crabe des neiges du Canada devrait être interdit aux États-Unis pour le moment.

Le gouvernement fédéral a imposé des mesures au cours des dernières années afin de protéger les baleines noires, dont la mise en place d’une zone de protection globale, une zone de fermeture statique dans le golfe du Saint-Laurent, au large de l’île Miscou et des restrictions sur la vitesse. La présence d’une seule baleine dans certaines zones dynamiques entraîne une fermeture temporaire de 15 jours. Les pêcheurs doivent retirer de l’eau tous leurs engins de pêche dans les 48 heures qui précèdent une fermeture temporaire.

En mai, Ottawa a aussi annoncé des investissements de 2 millions $ pour développer de nouveaux projets qui permettraient de réduire à néant les risques d’empêtrement.

Des mesures comparables

L’Acadie Nouvelle a joint le Dr Christopher Taggart, professeur au département d’Océanographie à l’université Dalhousie, en Nouvelle-Écosse, pour une mise en contexte. L’universitaire estime que les mesures adoptées au Canada sont au moins égales à celles des États-Unis.

Par exemple, à sa connaissance, le gouvernement américain n’impose pas de fermeture de zones statiques aux pêcheurs (le crabe des neiges n’est pas pêché dans les eaux de la côte est Américaine) et il ne demande pas aux pêcheurs de retirer leurs engins de pêche de l’eau lorsqu’une baleine noire est observée.

Après vérification, l’Acadie Nouvelle n’a pas été en mesure de trouver de règlements semblables non plus.

«Ça ne veut pas dire que ça n’existe pas, mais je ne suis pas au courant de règlements», dit l’expert en océanographie. «Au Canada, la protection a atteint de telles proportions qu’il y a des fermetures statiques et dynamiques.»

Le Dr Taggart prend à coeur la survie et la santé de l’espèce. À ce moment-ci, la meilleure chose qui pourrait arriver serait que le Canada et les États-Unis prennent le taureau par les cornes afin de résoudre le problème ensemble.

«C’est une espèce transfrontalière. C’est vrai qu’il y a des pourparlers ici et là, mais il faut que tout le monde puisse s’asseoir autour d’une table avec une volonté explicite de résoudre le problème. À mon avis, c’est ce que les groupes environnementaux devraient surtout réclamer.»

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