Le Madawaska-Restigouche, une circonscription à l’humeur changeante

Au cours des vingt dernières années, la circonscription de Madawaska-Restigouche a connu cinq députés différents, trois libéraux et deux conservateurs. Avec un électorat aussi volatil, difficile de prédire qui l’emportera le mois prochain.

Autrefois aux prises avec certains problèmes au chapitre de l’emploi, la circonscription vit aujourd’hui une tout autre réalité: la pénurie de main-d’œuvre. Il va de soi que cette situation est similaire dans bien d’autres circonscriptions acadiennes et mêmes canadiennes. Mais la particularité dans Madawaska-Restigouche est que cette pénurie frappe au rythme de la décroissance démographique et de la hausse de l’âge médian des citoyens, ce qui a pour conséquence d’accentuer le phénomène.

Pratiquement tous les secteurs ont des besoins criants d’employés et la succession de petites entreprises est même compromise.

À preuve, la circonscription comptait 62 540 citoyens lors du recensement de 2011. Ils étaient 2000 de moins lors de l’exercice suivant, ou une perte de -3,5%. Durant la même période, l’âge médian de la population a franchi la barre symbolique des 50 ans (passant de 48 à 50,9 ans).

La pénurie de main-d’œuvre et le vieillissement de la population sont donc deux enjeux de taille pour la circonscription. À cela s’ajoutent également la question de l’immigration ainsi que celle de l’environnement, deux autres préoccupations majeures.

Au chapitre politique, la circonscription de Madawaska-Restigouche est plutôt volage. On la connaît généralement plus «rouge» dans le Restigouche et plus «bleue» dans le Madawaska. En fait, les deux partis principaux s’échangent le pouvoir depuis sa formation à la fin des années 90 (fusion des circonscriptions Madawaska-Victoria et Restigouche-Chaleur).

Au cours des quatre dernières années, le poste était occupé par le libéral René Arseneault qui avait alors éclipsé l’ancien ministre conservateur, Bernard Valcourt. Et le libéral entend bien conserver son siège. Pour ce faire, il mise sur son bilan et celui de son parti.

René Arseneault, candidat libéral et député sortant. – Gracieuseté

«Actuellement, ça va aussi bien qu’il y a quatre années au même moment. La réception des gens est une copie conforme de celle de ma dernière campagne. Les gens comprennent ce que nous avons fait à Ottawa et nous appuient. C’est certain qu’il n’y a rien de parfait en politique, mais on a un bilan solide que je n’ai aucunement peur de défendre», exprime le député.

Selon lui, les choses vont mieux au Madawaska-Restigouche depuis quatre ans. Les projets d’infrastructures municipales ont été nombreux, l’aide aux familles plus généreuse. Son objectif pour la prochaine élection, maintenir le cap par rapport aux dossiers entamés lors du premier mandat. Il acquiesce que la pénurie de main-d’œuvre est certainement l’enjeu de l’heure. Cela dit, il entend également de la question des personnes âgées son cheval de bataille.

«Ma circonscription a l’une des plus hautes moyennes d’âge au pays. Cette réalité nous affecte particulièrement. Il faut se pencher sur des solutions pour améliorer le sort de ces gens, et particulièrement ceux sur le seuil de la pauvreté», note le candidat.

Fait à noter, celui-ci a été à la tête du caucus libéral de l’Atlantique lorsque cette tâche est revenue au Nouveau-Brunswick. C’est ce même caucus qui a convaincu le gouvernement d’injecter 75 millions $ pour lutter contre l’invasion de la tordeuse de l’épinette, invasion en provenance du Québec et qui pénètre justement par le Madawaska et le Restigouche.

Si les gérants d’estrade de tout acabit tendent à donner un certain avantage au candidat libéral – ce dernier n’ayant pas commis de bourdes majeures au cours de ses quatre années au pouvoir –, il serait dangereux pour l’avocat de formation de tenir la situation pour acquise et de baisser sa garde. Car ses adversaires sont sérieux.

Ni le conservateur Nelson Fox ni le vert Louis Bérubé n’ont l’intention de terminer seconds.

Figure bien connue dans le Madawaska, Nelson Fox aura la tâche de faire oublier la performance désastreuse de son prédécesseur (Bernard Valcourt) aux dernières élections alors que le parti n’avait récolté que 16% des votes, terminant même bon troisième, derrière le NPD.

Nelson Fox, candidat conservateur. – Gracieuseté

Celui-ci est le premier candidat à avoir officiellement déposé sa candidature pour l’élection. Preuve du sérieux qu’il met dans cette élection, l’homme de Rivière-Verte a pris un congé sans solde de son emploi à la Direction des inspections et de l’application de la loi au sein de la Sécurité publique afin de se concentrer uniquement sur sa campagne.

De son propre aveu, ce n’est pas la première fois qu’il était approché pour se lancer en politique, mais seul avec trois enfants en bas âge, le timing n’était pas là. Aujourd’hui, il fait le grand saut.

«C’est faux de dire que tout est beau dans Madawaska-Restigouche. Il y a des gens qui en arrachent d’une paye à l’autre. Pour avoir fait beaucoup de porte-à-porte au cours des derniers mois, je peux dire qu’il y a énormément de gens qui ont de la difficulté à arriver. C’est pour ces gens-là que je me suis lancé en politique, je veux faire une différence dans leur vie, les aider», exprime le candidat, lui-même issu d’un milieu modeste.

Il voudra également briser la croyance populaire voulant que les conservateurs soient à la solde des grands industriels et qu’ils n’ont aucune vision environnementale, que ce dossier est unique aux autres formations politiques.

Opposé à la taxe sur le carbone (qu’il juge trop coûteuse pour le citoyen), M. Fox dit privilégier l’innovation et l’emploi de nouvelles technologies pour permettre aux grands pollueurs d’assainir les rejets plutôt que de refiler la facture indirectement aux Canadiens.

De son côté le Parti vert, qui n’avait récolté qu’un maigre 2% du vote en 2015, mise cette fois sur un candidat «vedette», soit l’artiste country Louis Bérubé. On espère du coup augmenter le score de beaucoup. Celui-ci nous confiait tout dernièrement se lancer en politique pour contrer l’inaction des gouvernements conservateur et libéral à s’attaquer adéquatement aux enjeux environnementaux.

Louis Bérubé, candidat du Parti vert. – Gracieuseté

«Quand je regarde ce qui se passe aujourd’hui – tout ce que l’on fait subir à notre environnement alors qu’on s’était pourtant engagé à le protéger davantage –, ça me rend malade. J’ai moi-même des enfants et ça m’effraye de voir ce qu’on est en train de leur léguer», soulignait le candidat.

Pour le moment, le NPD – qui avait pourtant bien fait en 2015 avec son candidat Rosaire L’Italien, n’a toujours personne à proposer.

NDLR: Depuis la publication de cet article, le NPD a désigné un candidat pour la circonscription de Madawaska-Restigouche. Il s’agit de Chad Betterdige.