Le beau problème de Cap-Pelé

Depuis quelques semaines, les maisons sortent de terre comme des champignons à Cap-Pelé. Le village connaît actuellement un boom démographique alimenté par l’embauche de travailleurs étrangers dans les usines transformations. Face à ce beau défi, la communauté n’a pas attendu avant de se retrousser les manches.

L’activité ne faiblit pas le long du chemin Acadie, les équipes de construction sont à pied d’oeuvre à chaque coin de rue pour terminer 14 nouvelles résidences et immeuble d’appartements. De plus en plus de familles d’immigrants s’installent dans le petit village côtier et les besoins sont criants.

Les constructions se multiplient dans le village pour répondre aux besoins des travailleurs venus de l’étranger en matière de logement. – Acadie Nouvelle: Simon Delattre

«C’est un développement qui se fait assez rapidement, mais tout le monde s’implique: la municipalité, les enseignants, le secteur privé», décrit Christelle Frenette, responsable du nouveau bureau satellite Centre d’accueil et d’accompagnement francophone des immigrants du Sud-Est (CAFI) dans la région de Shediac, Beaubassin-est, Cap-Pelé.

Alors que de nombreux établissements scolaires se vident dans les régions rurales de la province, l’école Donat-Robichaud de Cap-Pelé fait face au problème inverse.

Le directeur, Jolyn Thériault, doit gérer une soudaine croissance des inscriptions: une vingtaine d’enfants venus du Mexique et des Philippines ont fait leurs premiers pas à Cap-Pelé l’an dernier, et une trentaine d’autres les ont rejoints depuis la rentrée.

Neo-Jelho, Valeria, Emiliano, Sebastian et Ira ont débarqué à Cap-Pelé il y a quelques mois. – Acadie Nouvelle: Simon Delattre

«D’après ce que nous disent les usines, une cinquantaine d’enfants pourrait arriver au printemps», précise M. Thériault. «C’est une grosse croissance, ça fait du bien de voir cette diversité et en même temps c’est comme un choc pour une petite communauté. Ça prend une mobilisation du personnel et de la communauté, mais les gens bougent et répondent à l’appel.»

L’école doit désormais composer avec un manque d’espace et répondre au manque de place dans les services de garde d’après-classe. La direction prévoit vider la salle d’informatique pour y accueillir les enfants qui n’ont pas pu être placés en fin de journée.

L’accent est mis sur la francisation car aucun des parents nouveaux arrivants ne parlent la langue de Molière. Heureusement, l’établissement a obtenu davantage de budgets de la part du district qui procédera à l’embauche de nouveaux enseignants.

Si cette vague d’immigration lui donne du fil à retordre, Jolyn Thériault est persuadé que l’adaptation se fera très vite.

«Certains s’intègrent si rapidement qu’après six mois c’est difficile de les distinguer au niveau académique, il s’intègrent et réussissent à faire tout de qu’on leur demande. C’est certain qu’il faut outiller les enseignants parce que les écarts entre les jeunes sont plus grands. C’est tout un défi, mais c’est aussi une chance de contrer le déclin de notre population francophone!»

Un enjeu rassembleur

L’équipe municipale est bien consciente de cette effervescence et se met au diapason. Le 2 novembre, le Village de Cap-Pelé organisera pour la première fois une journée communautaire à l’occasion de la fête «Día de Los Muertos», l’occasion de célébrer les coutumes de la communauté mexicaine.

Le comité d’entraide Cap-Pelé – Shemogue a fait sa part en aidant les familles à vêtir les enfants pour l’hiver et à s’équiper en matériel scolaire.

De son côté, le CAFI lancera dès cet automne des cours de langue pour les adultes en collaboration avec le CCNB de Dieppe. Au cours de l’été, l’organisme avait organisé un camp de francisation pour faciliter l’apprentissage du français et l’intégration des élèves venus de loin.

Outre le manque de services de garde et de logement, les immigrants se heurtent également au problème du transport.

«La plupart n’ont pas de voiture au départ, ici ce n’est pas facile. On travaille fort là-dessus. On veut qu’ils restent ici, qu’ils se sentent bien», souligne Christelle Frenette.

Son rôle, guider les nouveaux arrivants dans leurs premiers pas au Nouveau-Brunswick.

«Quand les familles arrivent, on leur parle de l’Allocation canadienne pour enfant et des démarches à faire auprès de Service Canada et Service Nouveau-Brunswick, on leur explique les environs, où aller suivre les cours de langues, on les invite à nos activités.»

Mme Frenette tente aussi de trouver des bénévoles pour développer un programme de jumelage dans la région. À ses yeux, l’intégration doit être l’affaire de tous.

«Oui leur arrivée fait rouler l’économie, mais ça prend une communauté présente. Il faut aussi qu’ils sachent qu’ils ont quelqu’un s’ils ont une question, qu’ils sentent qu’ils ont leur place ici. S’ils ne sentent pas bien, ils ne vont probablement pas rester.»