Les travailleurs étrangers, un des rouages essentiels du secteur des pêches

Depuis des années, Jamaïcains, Philippins et Mexicains viennent à la rescousse des boucanières de Cap-Pelé fragilisées par la pénurie de main-d’oeuvre. Ils sont aujourd’hui nombreux à s’installer dans la région de façon permanente. Derrière les chiffres se cachent des trajectoires faites d’obstacles, de joies et de doutes.

Longtemps dépendants des travailleurs étrangers temporaires lors des saisons hautes, les deux transformateurs de fruits de mer de Cap-Pelé, Cape Bald Packers et Westmorland Fisheries, changent progressivement d’approche et aident de plus en plus d’employés à devenir des résidents permanents.

Depuis 2016, le Programme pilote d’immigration au Canada atlantique facilite l’embauche de travailleurs étrangers qui souhaitent immigrer au Nouveau-Brunswick. L’initiative d’Ottawa a changé la donne, constate Nat Richard, gestionnaire des affaires corporatives chez Cape Bald Packers.

«Ce programme leur permet de s’installer de façon permanente, c’est bon pour les employeurs qui veulent gagner leurs employés d’expérience. C’est bon pour les travailleurs qui laissent leur famille derrière eux pendant huit mois , on ne va pas se le cacher, ce n’est pas évident.»

À mesure que leurs proches viennent les rejoindre dans la région, ces familles changent le visage de la petite communauté et participent à sa vitalité économique. «C’est fascinant ce qui se passe. Ça a des répercussions sur la construction résidentielle, sur la population étudiante.

Dans un milieu rural c’est assez rare de voir ça», observe ce spécialiste du secteur des pêches.

«Je crois qu’une des forces de Cap-Pelé, et qui explique pourquoi l’intégration se fait relativement bien, c’est que la plupart des gens sont ouverts et accueillants. Au début, des gens disaient que les étrangers allaient prendre les emplois des locaux, je crois que ces perceptions ont été largement dépassées.»

L’Acadie Nouvelle a rencontré trois travailleurs originaires des Philippines, tous font résonner un même son de cloche. «Les gens sont prêts à aider de n’importe qu’elle façon, on m’a aidé à trouver un appartement», raconte Pila Somera, qui a posé ses valises en 2012.

Membre de l’équipe du contrôle de la qualité, elle a obtenu la résidence permanente l’an dernier après trois longues années de démarches administratives. Ses deux enfants ont finalement pu la rejoindre.

«C’est un soulagement, j’ai passé sept années loin de mes proches. Ça a pris de la patience et des sacrifices. Je me demandais souvent ‘‘et s’ils ne se plaisent pas ici?’’ Ça s’est bien passé, je suis heureuse que la famille soit réunie.»

Si elle doit surmonter la barrière de la langue et l’hiver «brutal», elle est enchantée de ses premiers mois au Canada. «C’est magnifique, calme, parfait pour élever ses enfants», dit-elle.

En juin dernier, Belle Bamido a rejoint son mari qui travaille depuis trois ans pour Cape Bald Packers. Deux de ses quatre enfants sont inscrits à l’école Donat-Robichaud. «Ça a été très facile pour eux de s’adapter, ils apprennent le français doucement mais sûrement», se félicite la maman.

Mme Bamido voulait offrir à sa famille «un nouveau départ et un meilleur avenir pour les enfants».

Quant à Lawrence Gayao, il a fini par trouver l’amour par ici. «Je ne voulais pas rester à long terme au départ, je pensais faire de l’argent et rentrer au pays mais les circonstances ont changé», s’amuse-t-il.

La présence d’une communauté philippine d’une centaine d’individus l’aide à contrer l’éloignement et le déracinement. «Ça fait une différence, c’est réconfortant quand tu es loin de ton pays».

À l’heure où les débarquements explosent et où les marchés asiatiques se développement, le secteur repose plus que jamais sur la main-d’oeuvre étrangère.

«L’industrie ne pourrait tout simplement traiter ces volumes sans la contribution des travailleurs internationaux, ils sont devenus une composante essentielle du secteur. Si on veut rester un leader mondial dans le domaine, il nous faut du personnel pour faire tourner les usines et capitaliser sur les nouveaux marchés qui s’ouvrent à nous», analyse Nat Richard.

Soutien pour la paperasserie, service de transport pour les employés, logements mis à disposition, les entreprises ont elles aussi mis la main à la pâte pour accommoder ces travailleurs venus de l’autre bout du globe.

«Les gens viennent pour la job, mais ils vont rester avec à cause de la communauté, ils vont rester à condition que leur famille soit bien intégrée, que leurs enfants soient épanouis, estime Nat Richard. Ça force les employeurs à revoir leur façon de penser.»