36 ans d’attente, 45 minutes de chasse

Chanceux comme Claude Savoie, c’est rare. Au point où le chasseur de Saint-Simon aurait peut-être tout intérêt à aller s’acheter des billets de loterie!

Cette bénédiction du ciel a commencé en juillet. Il a alors appris qu’il avait obtenu son permis de chasse à l’orignal. Une première en… 36 ans!

L’Acadie Nouvelle vous l’avait d’ailleurs présenté. À ce moment, il se sentait privilégié de voir son nom pigé à travers plus de 55 300 demandes. Il avait posé sa candidature surtout pour sa conjointe Paula Lanteigne.

La chance a continué tôt mardi matin, lors de la première journée de la saison. À peine 45 minutes d’attente et un gros buck est apparu à quelques mètres du groupe, dans le secteur de Landry Office.

Bang!

Bang!

La bête n’a pas fait long feu, tombant sous les balles du tireur.

Et ils n’ont pas eu à chercher bien longtemps ce mâle massif non plus.

Pour être un beau, c’en est un beau. Un panache de 19 pointes. Plus de 630 livres de viande.

Il fallait aussi faire vite, car le mauvais temps menaçait de frapper à tout moment.

Les heureux chasseurs ont prestement vidé l’animal, sont allés l’enregistrer, l’ont ramené jusqu’à la grange, l’ont rapidement monté sur un palan et envoyé cette carcasse se faire dépecer chez le boucher. Tout ça en moins de 24 heures.

«On stressait à cause de la température, raconte Claude Savoie, bien assis dans la verrière chez un ami à Landry Office, en train de décompresser. On a marché à peu près une demi-heure jusqu’à notre spot. Mon chum a callé et on a tout de suite entendu un “Wouf”.» Silence complet. Oreilles tendues. Yeux qui scrutent partout, à la recherche de la cible.

«Tu te mets à penser à toutes sortes d’affaires. On pensait à la pluie qui s’en venait et au vent. On a été vraiment chanceux», poursuit-il, en ayant une pensée pour les malheureux qui ont dû affronter les fortes pluies de mardi et de mercredi dans la forêt.

Un gros craquement ramène le groupe vers l’objectif. Il est là, c’est certain. Tout près. Claude s’est tassé un peu, car un gros sapin lui cachait la vue. C’est là qu’il a aperçu le «monstre».

Pas le temps de s’énerver. Pas le loisir non plus de le laisser passer, au cas où un autre plus gros se promènerait pas bien loin.

«C’est quelque chose… C’est le fun en maudit!, affirme-t-il lorsque le journal l’a rencontré mercredi matin. On a tué dans la première heure. On a été privilégiés. Ce n’est pas seulement l’effet de tirer; c’est la peur aussi de le manquer, de le blesser et de le perdre. On savait qu’il y en avait dans ce coin, mais on est jamais certain à 100%.»

Donc, 36 ans d’attente pour obtenir enfin un permis et à peine 45 minutes de chasse…

«C’est la meilleure affaire qui pouvait nous arriver, assure l’heureux homme. On aurait pu être là deux ou trois jours. On y allait pour le buck, mais il aurait pu ne pas être là. Il faut que ça se fasse vite aussi. Lundi, il faisait 24 degrés. On avait peur qu’il fasse aussi chaud mardi. Heureusement, il faisait 9 degrés mardi matin.»

Une fois la bête libérée de son dernier souffle, il fallait se grouiller. À peine le temps de prendre quelques photos pour immortaliser le moment que les chasseurs se sont affairés à vider l’animal de ses entrailles, l’embarquer dans une boîte de camion, aller l’enregistrer au bureau du ministère des Ressources naturelles à Tracadie et monter l’orignal sur le palan, dans la grange.

Tout ça a été fait en à peine 2h30. Pas de niaisage, comme on dit.

Une fois tout ça fait, on peut enfin respirer et apprécier le moment présent.

«Je regarde encore la tête de cette bête… On a été très chanceux. Ça s’est fait vite et on a pu ramener un gros mâle. On a eu le panache et la viande. Tout a tourné en notre faveur. On a été vraiment béni pour ça. Le premier steak que je vais manger, il va être bon!», promet Claude, qui doit avant tout magasiner un congélateur pour y déposer toute cette belle viande.

Chose certaine, l’homme a été comblé par cette expérience. Mais il n’est pas rassasié.

«Ça va m’encourager à mettre mon nom dans le tirage de l’an prochain», calcule-t-il en arborant sa casquette orange et portant un chandail où il a fait imprimer son visage portant un chapeau représentant un panache d’orignal.

Claude Savoie est si chanceux qu’il n’aura probablement pas à attendre un autre 36 ans avant d’obtenir son prochain permis.