Restigouche: 82 patients dans un centre de 140 lits

Le «nouveau» Centre Hospitalier Restigouche (CHR) a ouvert ses portes en septembre 2015. Une infrastructure gigantesque estimée à 156 millions $ et comprenant 140 lits. Mais voilà, quatre années seulement après son inauguration, on n’y dénombre que 82 résidents. Pourquoi?

Depuis quelques mois, il y a beaucoup moins de patients que par le passé qui arpentent les corridors du CHR. C’est que la direction a progressivement procédé à la fermeture de deux unités de 20 lits. L’établissement fonctionne donc avec une centaine de lits.

Ces coupures ont été effectuées au sein de la population générale de l’établissement seulement. L’unité médico-légale, où s’effectuent les évaluations psychiatriques exigées par les tribunaux, a conservé ses 20 lits.

Dans les faits, c’est bien moins d’une centaine de patients que l’on retrouve à l’heure actuelle au CHR. Cette semaine, on parle de 69 patients au niveau de la population générale, et de 13 sur l’unité de médico-légale, qui pourtant débordait dans un passé pas si lointain. Cela constitue l’un des plus faibles taux d’occupation de cet établissement.

Ces chiffres sont toutefois appelés à fluctuer selon les besoins. On peut facilement en comprendre les raisons lorsqu’il est question de l’unité médico-légale, qui demeure à la merci des requêtes de la Cour. Mais comment se fait-il que l’on soit passé de 120 à 69 du côté de la clientèle traditionnelle en l’espace de quelques mois?

La réponse réside dans le changement de vocation que s’est imposé le centre.

Depuis 2017, le Réseau de santé Vitalité a en effet amorcé un virage important, misant sur l’abandon progressif – ou à tout le moins une réduction notable – de l’institutionnalisation de sa clientèle. On désire se distancer de la vocation asilaire qui faisait la réputation de l’établissement au profit d’une plus grande réinsertion sociale de patients, faire en sorte qu’ils puissent retourner vivre en communauté.

«En 2018, nous avons procédé à 64 retours à domiciles, et depuis le début de l’année seulement, on parle de 32. Notre objectif est vraiment de garder le moins longtemps possible les patients en institution et plutôt les retourner chez eux, dans leur communauté, car on croit que c’est là qu’ils se sentent mieux», exprime Gilles Lanteigne, PDG de Vitalité.

En fait, la durée moyenne du séjour ne devrait idéalement pas, selon lui, excéder 18 mois.

«Les mentalités changent et la société accepte que ces gens aient droit aussi de vivre dans leur communauté. C’est ce que l’on vise: la réintégration. On tente de trouver des projets de vie à ces personnes. On veut aller graduellement vers notre mission qui est d’offrir des soins tertiaires, et non plus servir d’asile», dit-il.

Selon ce dernier, avant le virage, plusieurs patients étaient au CHR depuis plusieurs années. Certains même depuis plus de deux décennies.

«Ça, c’est l’exemple parfait de la mentalité asilaire dont nous tentons de mettre fin. C’est faisable pour certains patients en mettant en place de bonnes pratiques et un bon plan de suivi. Tout n’est pas encore parfait, mais on est définitivement dans la bonne direction», souligne-t-il.

Du côté de l’unité médico-légale, M. Lanteigne note que le réseau a également amélioré ses pratiques, ce qui s’est reflété sur les performances avec moins de débordements.

Que faire des lits vacants?

La nouvelle vision a une incidence directe sur le nombre de lits au CHR. Selon le p.d.g., 80 lits sont destinés à la clientèle générale. L’objectif serait de réduire encore davantage ce nombre. M. Lanteigne laisse en effet la porte ouverte… à la fermeture d’une autre unité «traditionnelle».

Conçu pour loger 140 patients, le CHR pourrait donc ne compter éventuellement que la moitié de ce nombre, et même moins. Risque-t-on de voir l’édifice devenir un énorme éléphant blanc, et ce, aussitôt après sa construction?

«Pas du tout», répond du tac au tac le PDG de Vitalité.

L’équipe du réseau a en effet des plans à long terme pour le CHR. M. Lanteigne aimerait bonifier sa programmation afin de pouvoir offrir des services tertiaires plus spécialisés, et bien entendu toujours dans le domaine de la santé mentale.

«On pourrait développer des programmes qui ne sont pas en place actuellement ou même qui ne sont offerts qu’à l’extérieur de la province. On parlerait ici de séjours de courte durée. Ces programmes pourraient être destinés au traitement de certains problèmes spécifiques comme, par exemple, les troubles d’alimentation, l’autisme, etc. On a deux unités vides avec lesquelles travailler pour développer ou importer de nouveaux programmes», précise M. Lanteigne, soulignant qu’il n’a pas l’intention de conserver ces lits vides.

«Ce ne serait pas très judicieux d’avoir une bâtisse de 140 lits dont la moitié, et même plus, n’est pas utilisée. Surtout lorsque l’on sait qu’il y a des besoins au sein de la population, des besoins différents de ceux offerts traditionnellement», ajoute-t-il.

Recrutement

La situation semble par ailleurs se stabiliser au CHR du côté du personnel. Lourdement critiqué dans le rapport de l’Ombud en janvier pour son manque d’employés, la direction atteste avoir pris le taureau par les cornes depuis. Le réseau vient d’ailleurs de recevoir le feu vert du ministère de la Santé pour la mise en place d’incitatifs financiers destinés aux infirmiers en psychiatrie qui choisissent de se joindre au CHR. Ainsi, à la date de leur anniversaire d’embauche, les employés recrutés pourraient toucher une prime équivalente à 5% de leur salaire.

«Ça va certainement nous aider au niveau du recrutement, mais aussi de la rétention. On travaille également sur d’autres stratégies au niveau des spécialistes, notamment les psychiatres et les remplaçants (locums). On regarde ce qui se fait ailleurs au pays et essaye d’avoir quelque chose de similaire, car la concurrence est féroce partout pour attirer cette main-d’œuvre rare. Ça commence à bouger de notre côté et je suis certain que les succès vont suivre, que nous pourrons non seulement pallier les besoins actuels, mais aussi développer les programmes spécialisés que nous voulons pour le CHR», croit M. Lanteigne.