La cigarette électronique a fait son entrée dans nos écoles

Les adolescents sont de plus en plus nombreux à vapoter. Les scientifiques ignorent encore l’existence de conséquences graves pour la santé liées à cette pratique. Des incidents récents au Québec, en Ontario et aux États-Unis leur donnent toutefois de sérieux indices. Des effets négatifs sont certains, comme la dépendance à la nicotine.

Un groupe d’une vingtaine de jeunes se trouve sur une aire de stationnement face à l’établissement Mathieu-Martin, à Dieppe.

Les adolescents rassemblent dans les mains de l’un d’eux leur 12 vapoteuses afin de les exhiber. Excités par leur bravade, ils poussent des exclamations. «C’est nos bébés», crie un jeune à propos des cigarettes électroniques.

«Icitte, on n’a pas le droit de vaper [vapoter, NDLR], mais personne ne dit rien, indique une fille de 15 ans. Il y a même des gens parmi nous qui ne sont pas de l’école.»

L’Acadie Nouvelle n’a pas pu parler avec la directrice de l’institution, Nicole LeBlanc, pour discuter de cette question.

«Je vape surtout à cause du stress, confie la même adolescente. Je ne m’aime pas ça that much, alors je suis plutôt insécure.»

Un de ses camarades du même âge met en avant les arômes agréables des liquides de cigarette électronique. Un jeune de 18 ans prétend en outre que son médecin lui a conseillé de préférer le vapotage au tabac et au pot qu’il a fumés abondamment.

Au milieu de quelques nuages blancs, plusieurs jeunes s’amusent de la facilité avec laquelle ils se procurent du matériel pour vapoter. La province en interdit pourtant la vente aux personnes âgées de moins de 19 ans.

«Tu peux demander à un ami plus vieux», explique une adolescente. Son camarade de 18 ans mentionne aussi l’achat sur Internet.

Le ministère de la Santé du Québec a confirmé vendredi matin un premier cas dans la province d’une personne atteinte de maladie pulmonaire sévère associée au vapotage.

Il s’agit du deuxième cas de maladie pulmonaire sévère lié au vapotage au pays.

Les autorités médicales de London, en Ontario, avaient signalé, il y a une dizaine de jours, le cas d’un adolescent qui a souffert d’une maladie pulmonaire grave après avoir vapoté sur une base quotidienne.

Le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies des États-Unis a par ailleurs annoncé le 19 septembre que 530 Américains ont développé des maladies pulmonaires probablement liées au vapotage. L’organisme a recensé sept morts en lien avec cette pratique.

Une forte prévalence au Nouveau-Brunswick

Une étude du British Medical Journal, publiée en juin, a estimé que les Canadiens de 16 à 19 ans ont davantage vapoté en 2017 qu’en 2018.

ls étaient par exemple 9% à avoir fumé une cigarette électronique durant la semaine précédant les mesures en 2018, contre 5% un an plus tôt. Les taux sont plus élevés de quelques points de pourcentage pour le tabac et suivent la même tendance.

Une enquête fédérale remarquait une prévalence du vapotage plus forte dans la province que dans le reste du pays. Le taux d’utilisation des cigarettes électroniques au cours des 30 jours précédant le sondage variait de 2% à Terre-Neuve-et-Labrador à 6% au Nouveau-Brunswick.

La communauté scientifique n’a pas de preuves des conséquences directes et graves du vapotage. Elle poursuit ses recherches. Les chercheurs suspectent notamment certains produits chimiques présents dans les liquides chauffés par les cigarettes électroniques.

Des complications à l’école

Chose certaine, le vapotage entraîne souvent une forte dépendance à la nicotine. «Ça peut créer des problèmes de concentration à l’école et des difficultés d’apprentissage», prévient la coordonnatrice du programme d’abandon du tabac pour le réseau de santé Vitalité, Karelle Guignard.

Une mère a retransmis à l’Acadie Nouvelle des courriels envoyés par l’école Louis-J.-Robichaud de Shediac aux parents de ses élèves, à propos de l’usage de la cigarette électronique. Le premier date de septembre 2018. «Depuis peu, nous remarquons que l’usage de la cigarette électronique s’ajoute à la cigarette avec tabac comme problématique à l’école», s’y inquiète la directrice, Michelle Bertin.

«J’ai vu du monde qui ne peut pas se réveiller ni travailler sans ça», évoque un jeune devant l’école Mathieu Martin de Dieppe.

«Il y en a qui jiguent leurs cours pour vaper», témoigne un autre.

La nicotine peut aussi altérer le développement du cerveau des adolescents et nuire à leur mémoire ainsi qu’à leur concentration, selon le site Internet du gouvernement fédéral. Ce stimulant peut également les rendre plus impulsifs, d’après la même source.

«C’est important que les parents comprennent les dangers du vapotage pour leurs jeunes, s’alarme Mme Guignard. Et qu’ils sachent ce que ce sont les symptômes de sevrage de nicotine: maux de tête, nausées, sueurs… La vapoteuse n’est pas un cadeau qu’on veut leur offrir.»

S’ouvrir à son adolescent

Difficile de faire la morale à un adolescent. Comment, alors, le sensibiliser aux dangers du vapotage? «La première étape est d’avoir une conversation ouverte avec lui pour lever le tabou», conseille le pédiatre spécialisé en médecine de l’adolescence et en toxicomanie, Nicholas Chadi. Le docteur suggère d’établir des règles claires, par exemple, ne pas tolérer le vapotage à l’intérieur de la maison familiale.

«Il faut garder une constance dans les attentes», précise-t-il. La coordonnatrice d’abandon du tabac pour le réseau de santé Vitalité, Karelle Guignard, recommande également d’amener l’adolescent addict à l’une des 18 cliniques de son programme.

«Les conseillers fournissent gratuitement des évaluations et des plans d’action individuels avec un traitement reconnu par Santé Canada», détaille-t-elle.