Assurance-emploi: «Les candidats ne comprennent rien»

Fernand Thibodeau n’est pas un polyglotte, mais lorsqu’il rencontre les candidats aux élections fédérales, il a souvent l’impression qu’il s’exprime dans une langue étrangère.

En tant que porte-parole d’Aide et soutien aux travailleuses et travailleurs des secteurs saisonniers du Nouveau-Brunswick (ASTS), M. Thibodeau tente de rencontrer les candidats pour leur parler de la campagne lancée par le Conseil national élargi des chômeurs et chômeuses (CNECC), dont fait partie l’ASTS.

Les représentants du Conseil national réclament une réforme en profondeur du programme d’assurance-emploi afin de mieux protéger les droits des travailleurs.

Parmi les principales revendications figure la mise en place d’un critère unique d’admissibilité. Pour les travailleurs «ordinaires», il s’agirait de travailler un minimum de 525 heures lors d’une période de référence pour obtenir un maximum de 35 semaines de prestations. On propose aussi de créer des zones protégées où les industries saisonnières sont plus élevées que la moyenne nationale. Dans ces régions, le critère unique d’admissibilité serait fixé à 420 heures pour toucher à 35 semaines de prestations

La période de prestations serait prolongée à 50 semaines pour les personnes âgées de 50 ans et plus.

Depuis le début de la campagne électorale, des bénévoles parcourent la zone d’assurance-emploi de Restigouche-Albert, qui couvre plus de la moitié du Nouveau-Brunswick, afin d’installer des pancartes promouvant le «Programme d’assurance-chômage du 21e siècle».

Des pancartes ont été repérées un peu partout dans la Péninsule acadienne, dans la région de Baie-Sainte-Anne. Mardi après-midi, Fernand Thibodeau devait se rendre de nouveau dans le sud-est de la province pour en ajouter d’autres.

«Je suis allé voir les différents candidats. Je leur parle du programme, je leur pose des questions. C’est comme si je parlais le chinois et ils ne comprennent rien», déplore M. Thibodeau.

Il aimerait que les candidats aux élections se prononcent sur la réforme proposée par le CNECC et sur leur vision concernant le programme de l’assurance-emploi.

«Je suis complètement déçu. Ils aiment mieux parler des choses du passé au lieu de se concentrer sur un nouveau programme innovateur. Ils se lancent des flèches entre eux pour dire qui a fait quoi ou qui n’a pas fait quoi. Ils vont sortir des vieilles bibittes. C’est le temps que ça change.»

La zone de l’assurance-emploi de Restigouche-Albert est vaste. Elle comprend de nombreuses communautés rurales, comme celles de la Péninsule acadienne et du comté de Kent, mais aussi des villes comme Bathurst, Campbellton et Miramichi ainsi que des communautés à proximité du Grand Moncton et de la région de Fredericton.

Le nombre d’heures et de semaines de travail requis pour se qualifier aux prestations est déterminé selon un calcul qui tient compte du taux de chômage dans une zone de l’assurance-emploi.

En tentant de parcourir l’ensemble de la zone de Restigouche-Albert, M. Thibodeau et ses bénévoles tentent de démontrer que cette zone est trop large et elle ne tient pas compte de la réalité des régions rurales où les industries saisonnières sont parfois les seuls emplois disponibles.

«Ça fait beaucoup de kilométrage sur une voiture. Si on veut placer des pancartes partout, il faudra visiter les trois quarts de la province. Cette zone n’est pas réaliste au niveau économique. Même à Bathurst, l’économie n’est pas la même que la Péninsule acadienne. Le comté d’Albert, c’est assez proche de Riverview, ce n’est pas la même réalité du tout que dans le Nord.»