La présence diplomatique de la France en Acadie est menacée. L’Acadie Nouvelle a appris que le Consulat général de France dans les provinces de l’Atlantique fermera ses portes en 2022.

Les bruits de couloirs se multipliaient depuis plusieurs semaines, la nouvelle est désormais confirmée. Le gouvernement français, qui compte cinq consulats généraux au Canada (Montréal, Vancouver, Toronto, Québec et Moncton), entend mettre la hache dans sa représentation consulaire en Atlantique.

Le conseiller consulaire François Lubrina, élu représentant les citoyens français établis à Montréal, Moncton et Halifax, a tenté d’obtenir des explications lors de la session d’octobre de l’Assemblée des Français de l’étranger, à Paris.

La réponse transmise par la direction des Français de l’étranger et de l’administration consulaire ne laisse pas de place au doute. Sa fermeture en 2022 a été actée dans le cadre de l’exercice Action publique 2022, un ensemble de réformes visant à réduire les dépenses de l’État français.

«Elle résulte d’une décision prise en réunion des ministres en janvier dernier présidée par le Premier ministre sur les réseaux de l’État à l’étranger», précise-t-on en rappelant que le consulat a perdu certaines compétences en 2010.

Le nouveau consul de France à Moncton Johan Schitterer, très actif depuis son entrée en fonction en août 2019, a été nommé pour un mandat de trois ans se terminant en 2022.

Sera-t-il le dernier consul de France à Moncton? Questionné par l’Acadie Nouvelle, M. Schitterer est demeuré vague. «Je ne peux ni le confirmer ni l’infirmer à ce stade», répond-il.

«J’ai été nommé pour trois ans pour jouer pleinement mon rôle de consul général. Il est vrai que le ministère des Affaires étrangères est dans une dynamique de réorganisation de ses postes diplomatiques dans le monde. S’agissant du Canada, nous sommes dans une période de réflexion sur l’organisation de notre réseau.»

En août 2019, le Consul général de France Johan Schitterer a remis les insignes de Chevalier de l’Ordre des arts et des lettres à Édith Butler. – Archives

Appel à la mobilisation

De son côté, le conseiller consulaire François Lubrina dénonce vivement la décision des autorités françaises.

«Ce serait un désastre, un deuxième abandon de l’Acadie de la part de la France», lance-t-il.

Selon lui, le maintien des services consulaires est essentiel à la vitalité des échanges économiques et culturels avec la France. L’immigration française en Atlantique en pâtirait, prévient M. Lubrina, qui espère une levée de boucliers du côté des décideurs politiques.

«J’ai commencé à alerter beaucoup de gens sur Paris. Il faut que la SNA, Ottawa, les premiers ministres du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse se battent pour faire comprendre à Paris que ce poste est essentiel. Je suis persuadé que l’État français fera marche arrière si la pression est forte. S’il n’y a pas une vive réaction, le consulat est perdu.»

La présidente de la Société Nationale de l’Acadie, Louise Imbeault, dit avoir fait part de ses préoccupations lors d’une rencontre avec le nouveau consul.

«C’est très important pour nous que le consulat de France reste à Moncton, il y a une histoire d’affection entre la France et l’Acadie qui remonte à très loin. C’est important d’accueillir correctement les Français intéressés à s’installer ici, il y a aussi des relations commerciales à développer grâce à l’accord de libre-échange avec la France», souligne-t-elle.

«Nous allons continuer de faire la démonstration que c’est un investissement qui vaut la peine.»

Une histoire de coupures

Dans son ouvrage intitulé Cinquante ans d’amitié franco-acadienne, Robert Pichette rappelle que l’établissement du consulat a été approuvé par le général de Gaulle en 1964, à la demande du gouvernement de Louis J. Robichaud.

«Le consulat général de France demeure la marque visible de l’appui moral que la France accorde à la communauté acadienne de la région atlantique, qu’il cautionne en quelque sorte sur la scène internationale», mentionne l’ancien chef de cabinet.

Ce n’est pas la première fois que le devenir du consulat est remis en question. En 2009, des pourparlers avaient été entamés concernant sa fermeture permanente. À la suite d’une importante mobilisation politique, Paris avait fini par reculer mais avait procédé à une réduction des effectifs.

Certains services administratifs tels que la délivrance des titres de voyage ont alors été délégués au Consulat de France à Montréal. D’autres compressions ont suivi en 2015 avec l’abolition de deux postes supplémentaires.

Cette année-là, le ministre français des Affaires étrangères de l’époque, Laurent Fabius, avait réaffirmé que le consulat serait maintenu.

«Cette adaptation ne saurait traduire un quelconque renoncement de la France aux relations historiquement, économiquement et culturellement privilégiées et fortes qui l’unissent à l’Acadie et aux provinces atlantiques, ainsi qu’au rôle de relais joué par le consulat auprès de la collectivité de Saint-Pierre-et-Miquelon», écrivait-il en réponse à la question d’un député.

L’équipe, qui compte désormais quatre membres, a dû déménager cette semaine dans des locaux plus petits pour réduire la facture. Elle demeure basée dans le même immeuble situé sur la rue Main à Moncton.

Aujourd’hui, le consulat dessert 900 Français inscrits sur les listes consulaires, mais le nombre de ressortissants présents dans les quatre provinces de l’Atlantique serait bien plus élevé. Il continue par exemple d’organiser les élections à Moncton et à Halifax, d’inviter des artistes français à l’occasion de festivals, de représenter le pays lors de diverses cérémonies ou de délivrer des bourses d’études à des Acadiens et Acadiennes souhaitant effectuer des études universitaires en France.

 

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