Chapelle ardente pour les deux religieuses décédées accidentellement

Soeur Annette Haché et Soeur Gisèle Turgeon, décédées tragiquement dans un accident de la route près de Bathurst mercredi, auront droit à des adieux à la hauteur de leur immense contribution éducative et chrétienne dans la région de Shippagan-Lamèque.

Les préparatifs sont en cours à la paroisse Saint-Pierre. Il est déjà assuré que les deux disparues seront exposées en chapelle ardente, mercredi et jeudi, en l’église Notre-Dame-des-Flots, à Lamèque, jusqu’à leurs funérailles conjointes, jeudi à 15h.

Monseigneur Daniel Jodoin, évêque du Diocèse de Bathurst, présidera la cérémonie. Il sera accompagné sur l’autel de plus d’une dizaine de prêtres de la région.

Une exposition en chapelle ardente est peu commune. La dernière a été celle du jeune hockeyeur Luc Bourdon, mort accidentellement en 2008, au centre Rhéal-Cormier de Shippagan.

Sr Haché, âgée de 75 ans, et Sr Turgeon, âgée de 88 ans, ont perdu la vie lorsque le véhicule dans lequel elles prenaient place a été heurté de plein fouet pendant une manoeuvre de demi-tour par un camion-remorque sur la route 11, à proximité de Bathurst, vers 19h30 mercredi soir.

Une troisième personne est morte dans cette tragédie. Les funérailles de Régine Noël Beaudin, âgée de 64 ans et longtemps bénévole dans la paroisse, ont été célébrées lundi après-midi, à Lamèque.

Le groupe revenait d’une cérémonie en hommage aux missionnaires à Bathurst.

Deux autres personnes, Soeur Gabrielle Haché – la soeur de Sr Annette – et Soeur Lucie Paulin, ont été blessées dans cette collision. Elles ont reçu leur congé de l’Hôpital régional Chaleur de Bathurst, lundi.

Depuis l’annonce de cet accident, les témoignages affluent aux bureaux de la paroisse. Le lendemain de la tragédie, plusieurs centaines de personnes ont assisté à une cérémonie commémorative en l’église de Lamèque.

Jackie Plourde, assistante à la pastorale, est la principale organisatrice des obsèques. Elle doit notamment observer un certain protocole, compte tenu de l’engagement religieux des deux femmes.

«C’est incroyable, tous ces mots de réconfort. Ça vient de partout, pas seulement des îles. Dans les îles, on se soutient dans la peine. Même des compagnies nous appellent pour nous offrir gracieusement leur aide. On sent que beaucoup de monde est affecté par ce qui s’est passé», affirme-t-elle.

Les villes de Lamèque et de Shippagan ont placé les drapeaux devant leurs édifices municipaux en berne. Sr Haché est la soeur du maire de Lamèque, Jules Haché.

Témoignages

En 53 ans de vie religieuse, Sr Annette Haché a apporté une contribution remarquable au niveau de l’éducation musicale en piano et en chant. Elle a été professeure au conservatoire de musique de l’Acadie, d’où elle a contribué à la formation de chanteurs et de musiciens.

«Nous avons perdu une grande dame, pleure Caroline Guay, directrice générale de l’École de musique Jésus-Marie. Les mots sont insuffisants pour dire à quel point Sr Annette a marqué des générations d’élèves. Elle voyait le bon côté de toute personne qu’elle côtoyait. Elle ne laissait jamais tomber un élève en difficultés.»

Selon elle, cet exemple de dévouement devait parfois être remis à l’ordre afin qu’elle s’occupe un peu d’elle-même.

«Les autres passaient avant elle, se souvient Mme Guay. Ça venait probablement de sa grande sensibilité. Elle était très attentive aux gens autour et percevait bien leur fragilité ou leurs besoins. Elle avait beaucoup de finesse pour les autres: un bon mot dans une carte, un petit bouquet de fleurs sauvages, une collation… Elle a donné beaucoup à notre école de musique. Elle en a accueilli les premiers élèves, puis elle y est revenue récemment pour offrir du renfort.»

Sr Gisèle Turgeon, originaire du Québec, a donné 66 ans d’engagement religieux et a enseigné pendant plus de 35 ans dans la Péninsule acadienne, en plus d’oeuvrer dans l’enseignement du français aux missionnaires et aux prêtres. Elle se disait une fière Acadienne d’adoption.

Elle a enseigné à Shippagan pendant 23 ans, six ans à Sainte-Marie-Saint-Raphaël et cinq à Miscou. Elle n’hésitait pas à aller à l’université pour apprendre de nouvelles méthodes, a révélé Sr Véronique Lacroix.

«Sr Gisèle est une de ces pierres précieuses qui brille d’un éclat unique par sa personnalité discrète et attachante. Elle brillait par sa disponibilité à servir dans le secteur de l’éducation. Éducatrice exceptionnelle et recherchée, elle enseignait aux petits de première année avec doigté pour les apprivoiser d’abord et ensuite pour les ouvrir au savoir et à la vie sociale», a-t-elle indiqué.

La Congrégation des religieuses Jésus-Marie de la maison-mère située à Sillery, près de Québec, sera représentée par une dizaine de membres, cette semaine à Lamèque. Il y aura également une cérémonie commémorative en l’église Saint-Joseph-de-Lévis, le samedi 26 octobre, en matinée.

«C’est une grosse épreuve pour notre congrégation», a simplement commenté Sr Céline Marie Poulin, très émue par ces disparitions soudaines.

Fondée en 1818 à Lyon, en France, la Congrégation des religieuses Jésus-Marie est arrivée au Canada en 1855 et s’est implantée à Lamèque en 1918.