Élimination des niveaux scolaires: «C’est naturel», selon un expert

Abattre les murs des salles de classe, éliminer les niveaux scolaires de la maternelle à la 2e année et regrouper les étudiants en fonctions de leurs compétences? C’est une idée raisonnable, selon Mathieu Lang, professeur à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Moncton.

Dominic Cardy, ministre de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, a présenté son «livre vert» la semaine dernière à Fredericton.

Le document propose diverses idées pour remodeler le système scolaire néo-brunswickois. Entre autres, M. Cardy voudrait éliminer progressivement les niveaux scolaires pour les remplacer par des groupes d’âge mixte.

La nouvelle a fait des vagues à travers de la province. Pourtant, M. Lang n’est pas surpris du tout par cette proposition.

«Ce n’est pas ce qui m’a frappé le plus dans le livre vert, a-t-il confié. Sur le plan pédagogique, ce n’est pas très choquant.»

Le professeur note que le concept est même plutôt «naturel» pour les petits de 0 à 6-8 ans.

«Un enfant se développe avec l’aide de ses enseignants, mais aussi en jouant avec des enfants plus âgés que lui. C’est naturel, c’est comme cela que ça se fait dans nos communautés depuis des milliers d’années.»

Par contre, il indique que les choses pourraient s’avérer plus compliquées sur le plan affectif et social puisque les jeunes acquièrent une maturité émotionnelle à différentes étapes de leur vie.

«À un certain âge, les enfants sont plus irritables; ils peuvent pleurer plus facilement; ils ont besoin de faire la sieste…», a-t-il précisé à titre d’exemple.

Le diable est dans les détails

L’expression «le diable est dans les détails» revient souvent lorsqu’on discute du projet de M. Cardy avec divers intervenants.

M. Lang l’a aussi employé lors d’une entrevue téléphonique.

«Il reste à voir comment on va exécuter tout ça», a-t-il mentionné.

Le professeur voudrait savoir combien d’enseignants il y aura dans la salle de classe; ce qui arrivera dans le cas où un élève a déjà acquis toutes les compétences requises en 6e année; si les salles de classe seront physiquement adaptées aux changements; et quels formations et accompagnements seront offerts aux enseignants.

«Le changement en soi n’est pas une mauvaise chose, a-t-il ajouté. Mais comme avec n’importe quel changement majeur, il faut laisser le temps aux élèves et aux enseignants de s’adapter.»

Trop tôt?

M. Cardy voudrait instaurer le changement dans les écoles primaires qui se portent volontaires dès septembre 2020.

À savoir si cela est trop rapide, Mathieu Lang assure que non.

«Il y a déjà des enseignants qui veulent. Si l’on commence par ceux-là, il n’est pas trop tôt. »

Il y a déjà quelques écoles néo-brunswickoises qui ont adopté le concept, a-t-il également rappelé.

Par contre, pour ce qui est d’éliminer les niveaux de la 6e à la 12e année dans l’ensemble de la province d’ici 2024, M. Lang doute que ce soit réaliste.

Le régime pédagogique offert par matière rendrait le changement difficile, selon lui.

«Ça dépend tout de même des ressources que nous sommes prêts à allouer au projet.»