Perte d’huîtres dans la rivière Tracadie: la qualité de l’eau est en cause

Les pertes élevées d’huîtres encourues par les ostréiculteurs au cours des dernières années dans la baie de Tracadie inquiètent. Les scientifiques de Pêches et Océans Canada ont maintenant une meilleure idée de la cause.

L’Acadie Nouvelle en a parlé avec Thomas Guyondet, un chercheur scientifique et membre de l’équipe responsable d’évaluer les facteurs entraînant la mortalité des huîtres dans la baie de Tracadie.

Selon M. Guyondet, tout semble indiquer que les pertes sont causées par une dégradation à long terme de la qualité d’eau dans la baie de Tracadie au point où il y a un manque d’oxygène.

«On connaît le mécanisme qui semble être en jeu, soit l’eutrophisation. Ça veut dire qu’il y a une trop forte production dans l’eau, surtout d’algues. Lorsqu’elles commencent à se décomposer, elles absorbent l’oxygène.»

La recherche a été lancée en 2017 après que certains producteurs aient rapporté des pertes touchant jusqu’à 75% des huîtres élevées en suspension dans la partie nord de la baie en 2016.

Cet été, les treize ostréiculteurs de la baie de Tracadie ont sonné l’alarme après que certains aient perdu jusqu’à 80% de leur production. Plusieurs hypothèses ont été évoquées, mais les producteurs attendaient les résultats des analyses scientifiques avec impatience.

En Atlantique, l’eutrophisation est commune dans certaines régions, dont à l’Île-du-Prince-Édouard. Les scientifiques ont pu établir un lien entre la baisse de l’oxygène dans l’estuaire de certaines rivières et une présence élevée de nitrates dans l’eau, qui proviennent notamment de produits utilisés par les agriculteurs.

Dans la région de Tracadie, l’agriculture ne semble pas être la cause. Les scientifiques misent plutôt sur une mauvaise circulation d’eau entre le golfe du Saint-Laurent et la baie de Tracadie.

Des données récoltées en 2011 et en 2017 semblent démontrer que l’une des ouvertures dans la partie nord de la baie est en train de se remplir de sable. Cet ensablement ralentit les courants et la circulation de l’eau, ce qui favorise la croissance d’algues.

«Dans la baie de Tracadie, le phénomène semble être plus récent, même si ça aurait pu prendre quelques années à développer sans qu’on s’en rende compte. On suspecte que c’est le renouvellement de l’eau parce que jusqu’à présent, nous n’avons aucune piste qui nous indique que les apports en éléments nutritifs (les engrais) aient vraiment augmenté.»

La hausse de la température de l’eau pourrait aussi être en cause.

«Ça peut être lié dans le sens que plus l’eau est chaude, moins elle est capable de retenir l’oxygène, donc ça n’aide pas.»

Si les données semblent montrer le doigt à une cause spécifique, Thomas Guyondet n’est pas prêt à proposer une solution précise. Elle doit surtout provenir de la communauté et des élus locaux.

«Il va avoir une réunion prochainement avec la province, les aquaculteurs et j’imagine que la Municipalité régionale de Tracadie y sera aussi. Comment scientifiques, nous pouvons seulement présenter les résultats de nos études et apporter de l’information qui va alimenter les discussions.»