La Nuit des longs couteaux: «Un mythe», selon Michel Bastarache

L’ancien juge de la Cour suprême du Canada, Michel Bastarache, raconte les dessous de quelques-uns des grands événements de l’histoire canadienne dans son nouveau livre à paraître en décembre.

L’éminent juriste acadien a décidé d’écrire ses mémoires il y a quelques années à la demande de son entourage d’abord, puis de son éditeur.

L’ouvrage intitulé Ce que je voudrais dire à mes enfants prend la forme d’une lettre à sa fille et à son fils, Émilie et Jean-François, qui sont décédés d’une maladie incurable.

«Je me suis dit: “si mes enfants étaient en vie, qu’est-ce que je voudrais leur dire, qu’est-ce que je voudrais leur raconter de ce qui est arrivé”», confie Michel Bastarache en entrevue.

De son enfance à Moncton jusqu’à la plus haute cour du pays, Me Bastarache leur relate son parcours qui était loin d’être déterminé à l’avance.

«Tu n’as pas besoin dans la vie d’avoir un plan qui va te mener de la jeunesse jusqu’à la retraite. Il suffit de bien se former et d’être flexible et là les choses arrivent. Tu ne peux pas prévoir les offres qui vont être faites ou les possibilités qui vont se présenter.»

Durant sa longue carrière, Michel Bastarache sera notamment avocat, fonctionnaire, administrateur et professeur. Il luttera pour l’égalité des communautés francophone et anglophone, chez lui au Nouveau-Brunswick, mais également ailleurs au pays.

Son parcours professionnel a fait de lui un témoin privilégié de plusieurs événements importants dont il partage plusieurs détails dans son livre.

Me Bastarache revient notamment sur la fameuse Nuit des longs couteaux de 1981 lors de laquelle le premier ministre canadien Pierre Elliott Trudeau aurait fait accepter le rapatriement de la constitution à 9 des 10 premiers ministres provinciaux à l’insu de leur homologue québécois, René Lévesque.

«C’est un pur mythe. Ça n’a jamais existé. Je le sais parce que j’étais là quand tous ces événements sont arrivés. C’est moi qui a parlé aux délégués du Québec à ce moment-là pour les inviter à participer au débat», raconte celui qui était un conseiller du premier ministre néo-brunswickois Richard Hatfield à l’époque.

Michel Bastarache parle également dans son livre des coulisses de certaines des grandes décisions auxquelles il a participé à la Cour suprême.

«Je parle par exemple de la participation des juges aux discussions sur la cause de la souveraineté du Québec. Je peux dire qui sont les personnes qui ont le plus participé et quels étaient les enjeux.»

Me Bastarache aborde aussi son passage chez Assomption Vie et la façon dont le rôle de cette institution acadienne a changé par la suite à son avis.

«Je dis que je ne suis pas trop satisfait de ça», prévient-il.

Sur sa vie après la Cour suprême, Michel Bastarache se confie notamment sur la polémique entourant la Commission d’enquête sur le processus de nomination des juges du Québec qu’il a présidé.

Il parle aussi de son travail à titre de médiateur dans le processus de réconciliation et de compensation des victimes alléguées d’agressions sexuelles par d’anciens prêtres au Nouveau-Brunswick.

Ce que je voudrais dire à mes enfants est également signé par le journaliste Antoine Trépanier qui a assisté Me Bastarache à la recherche pour son livre. M. Trépanier s’est notamment  entretenu avec une soixantaine de personnes qui ont vécu ces événements avec Michel Bastarache.

Le livre de près de 350 pages paraîtra aux Presses de l’Université d’Ottawa le 4 décembre. Des lancements sont prévus à Ottawa et à Moncton, ainsi que dans l’Ouest canadien.