La seule clinique d’avortement privée du N.-B. annonce sa fermeture

Contrainte de mettre la clef sous la porte, la clinique Clinic 554 (anciennement connue sous le nom de clinique Morgentaler) de Fredericton appelle à l’aide le gouvernement provincial.

Les dirigeants de la clinique 554 accusent le gouvernement du Nouveau-Brunswick d’avoir précipité la décision de fermer la clinique en refusant d’assumer le coût des avortements qui y sont pratiqués.

Les femmes faisant appel à la clinique devaient payer la procédure de leur poche, entre 700$ et 850$, puisqu’elle n’est pas couverte par l’assurance-maladie.

Le directeur médical de la clinique, Dr. Adrian Eoin Edgar, a annoncé la mise en vente de l’établissement jeudi matin

«Le gouvernement agit ainsi, sachant qu’il n’est ni équitable ni financièrement viable de demander aux fournisseurs de soins de santé de travailler sans salaire, ni qu’il soit légal de forcer uniquement les patients qui ont un utérus à payer pour leurs soins de santé. Par conséquent, il est insoutenable sur le plan financier de garder nos portes ouvertes», déclare-t-il.

«Ce que cela signifie pour nos près de 3000 patients, c’est que dans les 90 jours suivant la vente de la clinique, notre équipe n’aura nulle part où fournir nos services.»

Le personnel de la Clinique 554 exige de rencontrer le gouvernement Higgs depuis le mois de février, mais ses demandes sont restées sans réponse.

L’Acadie Nouvelle a également contacté le ministère de la santé à de nombreuses reprises pour connaître la position du gouvernement provincial sur la question du financement de la clinique, sans jamais obtenir de retour.

«Notre communauté se bat avec le gouvernement du Nouveau-Brunswick depuis des décennies et, bien que notre défense soit partagée par les défenseurs des droits de la personne de tout le pays, notre message a été délibérément ignoré ici, chez nous. En refusant de financer les services d’avortement dans notre clinique, la province du Nouveau-Brunswick enfreint la Loi canadienne sur la santé», déplore Dr Edgar.

Il appelle le gouvernement Higgs à prendre des mesures avant le 22 octobre, reprochant à l’équipe au pouvoir de se satisfaire du «statu quo».

Seuls les deux hôpitaux de Moncton et celui de Bathurst pratiquent des avortements couverts par l’assurance-maladie. La clinique est la seule à pratique la procédure après 14 semaines de grossesse.

«Actuellement, le Nouveau-Brunswick paie pour que les patients aillent à Halifax ou à Montréal après 14 semaines de grossesse. La province pourrait économiser cet argent en remboursant les patients qui viennent à la Clinique 554», poursuit le directeur médical.

Contacté par l’Acadie Nouvelle, Bruce Macfarlane, porte-porte du ministère de la Santé, répond que la province n’a pas l’intention de financer les cliniques privées.

«La position du gouvernement du Nouveau-Brunswick sur l’avortement est identique à celle du gouvernement précédent. Les services d’avortement sont offerts dans les hôpitaux du Nouveau-Brunswick financés par l’État. Le ministère de la Santé, conformément à la Loi canadienne sur la santé, ne finance pas les services de soins de santé privés.

Plusieurs appels ignorés

En juillet, la ministre de la Santé Ginette Petitpas Taylor a signé une lettre adressée à ses homologues provinciaux demandant d’éliminer les obstacles à l’accès à l’avortement, se disant préoccupée par les politiques et les frais qui sont « en décalage » avec la Loi canadienne sur la santé.

Plus de 28 000 personnes ont également signé une pétition lancée début juillet appelant le gouvernement provincial à couvrir les frais des avortements pratiqués à la clinique de Fredericton.

Lors de la campagne électorale, la Société médicale du Nouveau-Brunswick avait elle aussi demandé aux candidats de s’engager à élargir le programme d’assurance-maladie pour y inclure les avortements en clinique.

Des réactions politiques contrastées

Le chef du Parti vert, David Coon, estime que cette situation «aurait pu être évitée».

«Les femmes de l’ouest et du sud de la province n’auront plus accès raisonnable aux services de santé reproductive», dénonce-t-il.

Le député de Fredericton-Sud estime que le réseau de santé Horizon devrait acheter la clinique «pour maintenir les services de santé essentiels aux femmes et aux personnes queer et trans de la région de Fredericton».

Jean-Claude D’Amours, porte-parole de l’opposition officielle en matière de la santé, invite quant à lui le réseau Horizon et le ministre de la Santé à «agir rapidement pour répondre à ces préoccupations.»

«Évidemment nous voulons que les femmes et la communauté LGBTQ aient accès aux importants services de santé à proximité. Nous ne pouvons pas non plus nous permettre de perdre un autre médecin», mentionne-t-il.

Le chef du NPD, Jagmeet Singh, a lui aussi réagi à la nouvelle, en pointant plutôt du doigt le gouvernement fédéral.

«Justin Trudeau milite pour le droit de choisir, mais son refus d’agir a en réalité réduit l’accès à l’avortement. Les néo-démocrates donneront la priorité à l’élargissement de l’accès aux services d’avortement afin que des établissements comme la Clinique 554 puissent continuer à servir leurs communautés. Nous appliquerons pleinement la Loi canadienne sur la santé et imposerons des conséquences réelles à tout gouvernement provincial qui crée des obstacles à l’accès à l’avortement.