De plus en plus de jeunes en détresse au Nouveau-Brunswick

Plus du tiers des Québécois âgés de 15 à 17 se trouveraient en «importante» détresse psychologique, selon une étude dévoilée par la Fondation Jeunes en Tête, jeudi matin. Faisons-nous face à la même réalité, ici, au Nouveau-Brunswick?

Selon un sondage de l’Observatoire Jeunes et Société de l’Institut national de la recherche scientifique, un adolescent sur deux aurait rapporté avoir éprouvé de la tristesse ou avoir été déprimé au cours du mois précédent au Québec.

Au Nouveau-Brunswick, une étude menée en 2015-2016 et publiée l’année dernière démontrait à peu près la même chose.

«Un tiers des jeunes Néo-Brunswickois ont déclaré des symptômes d’anxiété ou de dépression», avait dévoilé le Rapport sur l’état de l’enfance.

Ces statistiques reflètent la réalité quotidienne des professionnels de la région. La détresse psychologique des adolescents est une grave problématique, voire une «crise» , selon certains d’eux.

Valérie Foulem, travailleuse sociale chez Solutions Corps Esprits à Bathurst, intervient auprès des adolescents de 13 à 18 ans depuis environ cinq ans.

«C’est assez évident juste dans notre région qu’il y a un problème. Nous n’avons pas besoin de regarder bien loin», a-t-elle lancé.

Mme Foulem juge que le Nouveau-Brunswick vit la même réalité que celle du Québec.

«Par rapport à ce que je vois, j’entends et je remarque, il y a de plus en plus de jeunes en détresse.»

Elle estime que le phénomène est universel.

«Je crois que les jeunes sont beaucoup plus avertis et soucieux des choses qui se passent dans le monde», a-t-elle expliqué. «À l’école, ils ont beaucoup de pression, beaucoup de devoirs, et ils sont beaucoup plus anxieux.»

La travailleuse sociale souligne que l’adolescence est une période de croissance qui engendre généralement une foule d’incertitudes.

En plus d’apprivoiser leur nouvelle indépendance, les jeunes doivent entretenir de bonnes relations amicales et apprendre à naviguer «le monde» des réseaux sociaux, soulignait-elle.

Eve Arseneau, psychologue et copropriétaire du Centre Mieux-Etre à Bathurst, s’inquiète aussi pour l’état psychologique des adolescents.

«C’est triste à constater, mais la détresse chez les jeunes est beaucoup plus présente», a-t-elle indiqué.

Mme Arseneau travaille auprès des enfants et des adolescents dans la région Chaleur depuis environ 12 ans.

Depuis les dernières cinq à dix années, elle a remarqué une détérioration préoccupante.

«On voit que le niveau de stress augmente toujours», a-t-elle partagé.

À cause des réseaux sociaux et de la surconsommation d’écrans, la psychologue constate que les jeunes sont généralement plus fatigués, moins créatifs, récupèrent moins facilement et sont moins aptes à développer la capacité de résolution de problèmes.

«Les enfants commencent à utiliser la technologie très tôt. En effet, cette génération est la première à vraiment grandir là-dedans.»

Cela pourrait expliquer pourquoi cette problématique ne cesse de s’aggraver.

Mme Arseneau soulève également que selon une statistique provenant du rapport sur l’État de l’enfance, seulement 53% des jeunes Néo-Brunswickois reçoivent des services professionnels en santé mentale à l’intérieur d’un délai de 30 jours.

«Les ressources ne fournissent pas. Il y a un manque de psychologues un peu partout et les listes d’attente sont beaucoup trop longues.»

Ricky McIntyre, travailleur social dans la région de Saint-Jean, aide lui aussi plusieurs jeunes à la clinique privée où il travaille.

Ce qui lui saute aux yeux, depuis quelques années, c’est le niveau d’anxiété de ses clients. Il croit également que les réseaux sociaux jouent un rôle important dans cette pathologie.

«Ils sont tellement connectés qu’ils finissent par développer une peur de manquer quoi que ce soit. Ils se disent: “Si quelqu’un m’envoie un message et que je ne le vois pas, ça pourrait avoir de mauvaises répercussions”, donc ils dorment avec leur cellulaire et le regardent même pendant la nuit. »

M. McIntyre précise que cette dépendance peut se transformer en anxiété sociale.

«Les jeunes s’isolent. Ils veulent être seuls avec leurs écrans, car ils ne veulent absolument rien manquer. Ils ne veulent plus venir à l’école, parce que ça leur cause de l’anxiété d’être en public sans leurs écrans. »

Selon lui, le manque de ressources et les coûts élevés des traitements peuvent dissuader certains à consulter en privé, ce qui aggrave d’autant plus la situation

Une lueur d’espoir

Les intervenants avec qui L’Acadie Nouvelle s’est entretenue n’ont pas voulu aborder ce sujet difficile sans donner une lueur d’espoir.

Malgré les difficultés auxquelles font face les jeunes, ils viennent de plus en plus chercher de l’aide, selon Mme Arseneau et M. McIntyre.

«C’est moins tabou», ont-ils résumé chacun de leur côté.

Mme Foulem encourage tous ceux et celles qui sont en difficulté à tendre la main.

«On est là pour ça. Il y a aussi de très bonnes ressources comme la ligne d’écoute Jeunesse, J’écoute et Chimo.»

 

Jeunesse, J’écoute: 1-800-668-6868.

Chimo: 1-800-667-5005