Livre vert: des inquiétudes chez les Conseils d’éducation

Les changements en éducation proposés par le ministre Dominic Cardy ne laissent personne indifférent, mais les conseils d’éducation de la province sont tout particulièrement perplexes.

Comme d’autres intervenants du domaine de l’éducation, les conseils d’éducation ont été surpris des recommandations faites par le ministre dans son livre vert publié au début du mois.

On y propose entre autres de regrouper les classes de la maternelle à la deuxième année et de repenser à la structure de la gouvernance du système d’éducation.

Comme document destiné à informer la prise de décisions, le livre vert ne contient pour l’instant rien d’assuré. Il en reste que pour certains, son contenu traduit les intentions du ministre.

Chez deux des trois Conseils d’éducation francophones de la province, une certaine inquiétude est palpable en vue du Sommet sur l’éducation prévu à Fredericton ce mercredi.

«Ce qu’on déplore, c’est qu’on aurait aimé que le ministre nous consulte un peu plus avant de lancer ses idées dans le livre vert. On ne sait pas ce qui va se passer, mais on dirait qu’il questionne les conseils d’éducation et les Comités parentaux d’appui à l’école (CPAÉ)», dit Paul Demers, président du Conseil d’éducation du District scolaire francophone sud.

Dans le document dont il est question, on propose d’éviter la «confusion» qui entoure les rôles des CED, des CPAÉ et du ministère en examinant leur mandat et leur structure. On y lit que cette restructuration serait menée «en s’assurant que chaque dollar dépensé en éducation est ciblé à l’endroit où cela compte».

Paul Demers souligne par contre qu’il n’y a pas que des inquiétudes: bon nombre des éléments du livre vert seraient bénéfiques selon lui, et certains d’entre eux sont déjà en voie de réalisation.

«Il y a des éléments positifs dans le livre vert, et il y a beaucoup de ces éléments qui sont déjà des initiatives dans le district, comme le plan de 10 ans en éducation et la préparation des jeunes au milieu du travail.»

Il estime que plusieurs changements bénéfiques ont été apportés dans les écoles au cours des dernières années et que le milieu de l’éducation n’est pas aussi immuable que l’on pourrait croire en lisant le livre vert.

«Dans les dernières années, il y a eu beaucoup d’initiatives des enseignants, appuyées par le district. Je suis certain que quelques écoles dépassent même les attentes du ministre.»

Quant à la fameuse élimination des niveaux scolaires selon l’âge des élèves, Paul Demers en appelle à la prudence.

«L’idée n’est peut-être pas mauvaise, mais il faut être prudents dans la façon dont le district va appliquer cela, et ça prend de la formation. De la formation, ça veut dire des sous. C’est quelque chose qui préoccupe beaucoup le Conseil.»

Ghislaine Foulem, présidente du CED du District scolaire francophone nord-est, explique que le Conseil ne peut pas se prononcer officiellement sur le livre vert puisqu’il n’a pas encore eu le temps de l’étudier et d’en discuter.

En attendant, elle se pose elle aussi des questions sur la remise en question des Conseils d’éducation et des comités parentaux.

«On veut aborder ces questions-là, parce qu’il y a des énoncés là-dedans qui, à prime abord, pourraient être envisagés, mais une autre réforme…? Repenser au fonctionnement de tout l’appareil, ça nous préoccupe, on se demande ce que ça veut dire.»

Au téléphone, elle explique que le ministère devra tenir compte des ressources disponibles en tentant d’améliorer le système, et que l’impact sur les élèves devrait être le point central de chaque réforme. Elle

estime aussi que ce nouveau départ du ministre Dominic Cardy surgit très peu de temps après le dépôt du rapport de la vérificatrice générale Kim MacPherson en janvier 2019.

Dans ce rapport, Mme MacPherson décrit un «manque de stabilité» dans le système éducatif de la province compte tenu des «changements fréquents» qui le perturbent.

«Il y a eu cinq différents plans d’éducation provinciaux en 15 ans», peut-on y lire.

Il y a cependant mention de ce rapport dans le livre vert, où l’on promet de changer le système en «minimisant les perturbations et en démontrant des avantages réels pour les élèves.»

Prêts, pas prêts, j’y vais

Les intervenants déplorent l’absence de consultations et le peu de temps accordé pour réviser le livre vert avant le Sommet sur l’éducation prévu à Fredericton ce mercredi.

Les Conseils d’éducation devront se lancer dans les discussions sans trop de détails sur les changements proposés.

«On trouve que le fait de devoir réagir le 16 octobre, c’est rapide. Il y a beaucoup d’éléments dans le livre vert», indique Paul Demers.

Il ne leur reste qu’à espérer que les consultations se poursuivront après le Sommet, histoire d’avoir leur mot à dire lorsqu’ils seront mieux informés, selon lui.

Ghislaine Foulem estime que la discussion pourra se poursuivre.

«On nous a laissé entendre que la consultation irait au-delà du sommet. Le Conseil devrait en discuter à la fin du mois, et on compte en discuter avec le ministre lors du forum sur l’éducation qui se tient deux fois par année.»

Francine Cyr, présidente du CED du District nord-ouest, n’a pas répondu à notre demande d’entrevue.