Centre-ville de Caraquet: un projet crée des remous

Le projet de réaffectation du terrain et du bâtiment de l’ancienne Coop de Caraquet dérange. Un promoteur privé veut continuer d’y établir un lieu d’entreposage de véhicules récréatifs. Des opposants craignent de perdre l’un des paysages naturels parmi les plus beaux de la municipalité en plein centre-ville.

L’homme d’affaires Gino LeBlanc et un partenaire se sont portés acquéreurs de l’endroit il y a quelques années. Ils veulent répondre à ce qu’ils qualifient de «forte demande» pour un lieu d’entreposage intérieur de véhicules divers, tels des automobiles, des motos, des roulottes, des bateaux de plaisance et des véhicules récréatifs.

Ils ont maintenant besoin d’un changement dans les règles de zonage de ce secteur afin de clarifier les clauses concernant l’entreposage intérieur et extérieur. Dans de telles circonstances, la loi municipale exige qu’une période soit accordée au public pour y indiquer leurs objections.

La Ville a reçu une lettre d’une citoyenne qui s’oppose au «libre entreposage» à cet endroit et qui prétend que l’entreprise de M. LeBlanc «tente par tous les moyens de couper la compétition». Bernard Thériault, ancien député-ministre et historien, est venu plaider la cause devant les élus pendant la réunion publique mensuelle de lundi soir.

À son avis, accorder un tel droit au promoteur est «préoccupant». S’il concède le droit au propriétaire du terrain de vouloir y développer une telle initiative, il estime en revanche que la Ville devra évaluer les impacts directs sur le patrimoine, l’urbanisme, la beauté naturelle en contrepartie du développement économique.

«Pour moi, ça pose un problème majeur, a-t-il affirmé devant le maire et les conseillers. C’est un projet en plein centre-ville et accorder un changement de zonage serait un billet ouvert pour faire ce qu’il veut. Accepter de voir un entrepôt pour ramasser des roulottes dans un des plus beaux sites de Caraquet n’est pas rendre service à la Ville.»

Le bâtiment de l’ancienne coopérative d’alimentation de Caraquet est vacant depuis le début des années 2010, lorsque l’entreprise a déménagé ses pénates dans l’ancien Sobey’s situé en face de l’hôpital. En 2015, le conseil d’administration a accepté la vente des lieux au coût de 150 000$, une aubaine si l’on considère que le prix de départ était de 1,15 million $.

Deux ans plus tard, Pierre Haché, un homme d’affaires impliqué dans l’immobilier de Lamèque, a été le seul à signifier son intérêt de mettre la main sur ce secteur. Il voulait y construire des blocs d’appartements avec vue sur la mer, mais il a dû renoncer à son idée en raison de méandres administratifs. Il avait alors décidé de raser l’ancienne Coop lorsque M. LeBlanc est arrivé dans le portrait.

«Je me suis dit que c’était terrible de démolir la Coop. J’y tenais. Je l’ai donc achetée et j’ai voulu le sauvegarder. Je ne veux pas d’un bâtiment abandonné en plein centre-ville. Il y en a assez comme ça; pas besoin d’un autre», a-t-il expliqué, tout en spécifiant qu’il est prêt à collaborer.

L’édifice, construit dans les années 1970, montre des signes d’usure évidents, selon M. LeBlanc. Sa détérioration est telle qu’il a récemment constaté des infiltrations d’eau et de la moisissure. En 2017, des vandales ont brisé l’intérieur et ont voulu y mettre le feu. Il a dû tout nettoyer afin d’assurer un lieu propre pour l’entreposage.

L’arrière donne une vue imprenable sur l’embouchure de la baie de Caraquet et de la pointe de Maisonnette.

Devant l’opposition de certaines personnes et les interrogations de quelques conseillers, le propriétaire s’est dit prêt à vendre ce terrain si la Ville veut en faire quelque chose.

«Je refuse 15 demandes par jour pour de l’entreposage», a-t-il affirmé.

Le conseiller Jean-Guy Blanchard est intervenu pour souligner qu’un tel projet pourrait «tuer le va-et-vient dans le centre-ville».

«Si nous disons oui à ce projet, devrons-nous dire oui à d’autres semblables? Disons qu’une surface dans un centre commercial se libère, devrons-nous répondre à une autre demande d’entreposage? Ouvre-t-on une cane de vers?»

Selon la modification de zonage demandée, M. LeBlanc pourrait faire ce qu’il veut des lieux, à l’exception d’un service alimentaire, a indiqué le maire Kevin Haché. Il assure que le conseil se penchera sur les doléances du propriétaire et sur le contenu des objections avant de prendre une décision.

«Ça cause un peu de division, a-t-il reconnu. Ça peut aller d’un bord comme de l’autre. Ce n’est pas une patate chaude au sein du conseil. Le terrain et le bâtiment appartiennent à un entrepreneur privé. Personne n’est venu nous voir pour nous proposer divers projets. Nous sommes ouverts aux suggestions, mais nous ne voulons pas non plus n’importe quoi à cet endroit. Ça doit s’agencer avec les règles et la décision doit venir du conseil.»

La suggestion de démolir l’édifice est écartée pour l’instant, en raison des coûts majeurs d’un tel exercice.

«C’est au propriétaire de prendre cette décision», a rappelé le maire.

Il y a quelques années, la destruction du bâtiment avait été envisagée par la direction de la Coopérative de Caraquet, qui aurait pu vendre le terrain (et son panorama). Des citoyens étaient alors montés aux barricades, arguant que l’édifice revêt un caractère patrimonial.