Les zones marines protégées soulèvent des inquiétudes

Le gouvernement ne consulte pas adéquatement les pêcheurs lors de la création de zones marines protégées, selon l’UPM.

Martin Mallet, directeur général de l’organisme, explique que cette tendance «inquiète beaucoup» l’UPM, et il espère que la donne changera après les élections.

«On a fait partie des discussions ici et là par rapport à la mise en place d’un réseau d’aires marines protégées. On a eu quelques discussions en 2017 et en 2018, mais je ne pourrais pas dire qu’il y a eu une inclusion des associations de pêcheurs dans tout le processus, c’est quelque chose qui manque.»

Il explique que jusqu’à maintenant, l’UPM a souvent été informée de la création de ces zones «sur le tas», sans consultation spécifique.

«Si on veut avoir un succès au niveau de ce dossier-là, il faut que les pêcheurs soient consultés dès la première étape, et ce n’est pas ça qui se passe actuellement.»

Le gouvernement fédéral s’était donné comme objectif de protéger 10% des eaux canadiennes à l’aide de ces zones d’ici 2020. Cet objectif est déjà atteint: actuellement, les 14 ZPM et autres zones protégées couvrent 13,81% des régions marines et côtières canadiennes, selon le ministère des Pêches et Océans.

«Il semble y avoir eu une hâte pour établir des aires marines protégées de 10% depuis l’arrivée au pouvoir de Justin Trudeau, et on s’inquiète beaucoup que le processus semble s’être accéléré, et les pêcheurs et les communautés côtières pourraient en subir le contrecoup», dit Martin Mallet.

Il estime que la promesse de Justin Trudeau d’étendre ces zones pour atteindre 25% des eaux canadiennes d’ici 2025 soulève d’autres inquiétudes pour l’avenir.

Les normes de l’Union internationale pour la conservation de la nature, un organisme dont le ministère des Pêches et Océans est membre, délimite les normes d’application de ces zones marines protégées.

Bien que ces normes n’aient pas force de loi, l’UICN préconise une consultation avec les parties affectées dès la première étape du processus.
Le directeur général de l’UPM estime aussi que les ZPM sont parfois établies sans besoin clair.

«Lors des dicussions avec le MPO, on était sous l’impression qu’on n’avait pas besoin des ZPM avec la manière dont on gère nos ressources marines avec le ministère, sauf exception pour des choses très spécifiques comme des régions marines uniques», affirme le DG.

Il estime que le Golfe du Saint-Laurent est déjà une zone de protection marine «en soi» à cause de la gestion prudente des ressources.

Des zones du Golfe avaient été sujettes à diverses interdictions au cours des dernières années à cause de la présence de baleines noires, sans toutefois exclure totalement la pêche.

Martin Mallet estime que la création de certaines ZPM revient à dupliquer ce qui existe déjà.

«C’est une grosse redondance», estime-t-il.

«Des consultations approfondies»

De son côté, le ministère affirme toujours que les pêcheurs sont suffisamment consultés.

«Le processus d’établissement et de désignation des aires marines protégées au Canada repose sur des informations scientifiques, sociales, culturelles et économiques fiables, ainsi que sur des consultations approfondies avec tous les partenaires et parties prenantes», peut-on lire dans une déclaration envoyée à l’Acadie Nouvelle.

La citoyenne Marilyn Clark croit elle aussi que les pêcheurs ne sont pas adéquatement consultés. Elle a lancé deux pétitions en ligne – en anglais et en français – pour demander au gouvernement de revoir sa marche à suivre.

Les pétitions ont recueilli un total d’environ 2000 signatures.

Originaire des Îles de la Madeleine, Marilyn Clark croit que les ZPM posent problème dans sa région puisqu’elles protègent certaines populations de phoques gris.

Ces phoques, dont la population est en croissance depuis 1960, posent problème pour la conservation de la morue et du hareng dans le Golfe. en 2017, le ministère estimait leur population à plus de 430 000 au Canada.

«Ces phoques se réunissent sur une île qui est actuellement protégée. C’est rendu qu’on commande notre morue de Terre-Neuve», dit-elle.

Marilyn Clark estime donc que certaines de ces zones échouent à leur objectif de protection des écosystèmes.

Martin Mallet partage quelques-unes de ces inquiétudes.

«Ce qu’on demande depuis plusieurs années au ministère, c’est de ramener une chasse dirigée du phoque pour arriver à un équilibre qui a été perdu au cours des décennies», affirme le directeur général de l’UPM.