Le Service de bienfaisance des religieuses de Campbellton change de mains

Le Service de bienfaisance de Campbellton n’est plus opéré par des religieuses. Fondée il y a plus de soixante ans par la congrégation des Filles Marie-de-l’Assomption, cette œuvre destinée à aider les gens dans le besoin a en effet été remise entre les mains de la communauté.

Le service est offert dans la maison du 32 rue Sister Greene depuis 1970.

C’est d’ailleurs Sœur Greene qui avait lancé quelques années plus tôt – en 1953 – cette œuvre de bienfaisance dans ce secteur alors passablement défavorisé de Campbellton.

«On appelait l’endroit le Petit Montréal. C’était terriblement pauvre à l’époque, probablement l’endroit le plus pauvre de la région, la vraie misère noire. Plusieurs maisons n’avaient même pas de plancher, c’était directement sur le sol en terre», relate Sœur Julie D’Amour des Filles Marie-de-l’Assomption.

À l’époque, cette situation avait vraiment frappé Sr Greene. À la vue de cette misère, elle s’était donnée comme mission d’aider ces gens. De là est venue l’idée de mettre sur pied un service de bienfaisance et d’établir une présence permanente dans ce secteur.

Aujourd’hui, le quartier a bien changé et n’a plus la réputation d’antan. Malgré cela, il abrite toujours le Service de bienfaisance. Trois après-midi par semaine, celui-ci ouvre ses portes afin de donner un peu de nourriture – des pâtes, de la sauce, de la viande – question de permettre aux gens dans le besoin de se nourrir, de souffler un peu.

Ceux-ci peuvent également mettre la main sur des vêtements. Ces dons proviennent du public et de commerces de la région. C’est comme ça depuis des années.

Mais depuis un mois, les choses ont changé. Ce service n’est plus dispensé par les religieuses, mais bien par une laïque, une première.

C’est Marine Dumais qui a été choisie pour continuer l’œuvre des religieuses. Celle-ci travaillait à la maison-mère de la congrégation lorsqu’on l’a approchée avec l’idée d’emménager dans la résidence de la rue Sister Greene.

«Pour moi, c’est comme un rêve qui se réalise. Un emploi comme ça qui me permet d’aider les personnes défavorisées, c’est exactement ce que je recherchais», raconte-t-elle.

Depuis un mois, c’est elle qui accueille les clients et qui prend le temps de jaser avec chacun d’eux. Elle peut à l’occasion compter sur son conjoint, qui plus est, un ancien résident du quartier qui comprend la mission des sœurs et l’importance du service.

Pourquoi avoir ainsi cédé la mission? Les membres de la congrégation se sont toujours fait un point d’honneur de maintenir ce service pour l’ensemble de la population des environs. Mais voilà, la relève n’est pas là et les religieuses qui restent ne rajeunissent pas. Ainsi, cela fait environ cinq ans qu’elles cherchent à passer le flambeau. La tâche n’a pas été facile.

«Ce n’est pas évident de laisser partir un tel service, mais nous devons penser à l’avenir. Nous avons deux grandes missions désormais dans notre congrégation. D’abord prendre soin de nos sœurs qui vieillissent, puis continuer à s’engager au niveau de notre communauté. Et cette œuvre-ci, on y tient particulièrement, car on sait à quel point elle est importante pour les utilisateurs. Qu’on le veuille ou non, il y aura toujours des gens dans le besoin. Le gouvernement fait son possible – le moins possible parfois malheureusement –, et ça prend des gens pour ramasser ce qui passe dans les mailles du filet», exprime Sr D’Amour.

Bien qu’en retrait, la congrégation surveille de près l’évolution du Service de bienfaisance. Toujours propriétaires des lieux, les religieuses n’hésitent pas à venir en donner un coup de main financier en cas de besoin.

«On va continuer d’appuyer ce service jusqu’à la fin, car on y croit. Et le fait que ça continue après nous, qu’il y a un avenir pour ce que nous avons bâti ici, c’est un cadeau tombé du ciel», soutient quant à elle Sr Jeannette LeClerc.