Mort de Michel Vienneau: des policiers racontent leur version des faits

Les sergents George Richard et Denis Lajoie sont parmi les premiers à s’être pointés à la gare de Bathurst le 12 janvier 2015, après que les policiers Patrick Bulger et Mathieu Boudreau eurent fait feu en direction de Michel Vienneau, un homme d’affaires de Tracadie. Lundi, ils se sont présentés à la barre des témoins lors du quatrième jour de l’audience d’arbitrage de leurs confrères.

En 2015, M. Richard et M. Lajoie travaillaient au sein de l’Unité d’intervention intégrée du Nord-Est aux côtés des policiers Bulger et Boudreau.

M. Richard était dans son bureau, le 12 janvier, lorsque ses collègues ont pris la route afin d’enquêter sur des informations obtenue grâce au programme Échec au crime.

Selon ces informations anonymes, un chargement de drogues sous forme de pilules devait arriver de Montréal par train. Selon ce tuyau, Michel Vienneau et sa conjointe, Annick Basque, en était les propriétaires.

M. Richard précise que l’informateur indiquait également que le couple était en état d’ébriété. Il faut préciser que toutes ces allégations ont depuis été vérifiées et se sont avérées fausses.

M. Richard explique que le matin du drame, lui et son collègue Denis Lajoie ont suivi les constables Bulger et Boudreau pour se rendre à la gare de Bathurst.

Ils seraient cependant arrivés en retard puisque la voiture qu’ils ont utilisée a dû être pontée (boostée) à deux reprises.

Une fois sur les lieux, les officiers Richard et Lajoie se seraient garés à proximité, dans le stationnement de l’école anglophone Superior Middle School afin d’assurer la surveillance de la voiture suspecte.

Le train est arrivé à Bathurst vers 11h et, après avoir analysé la situation, M. Bulger aurait annoncé sur les ondes de la radio cryptée son intention d’intercepter M. Vienneau et sa conjointe.

C’est à ce moment que M. Richard et M. Lajoie sont intervenus en renfort.

À leur arrivée sur la scène, ils auraient aperçu une voiture blanche enlisée dans un banc de neige.

«Je ne savais pas ce qui se passait», a exprimé M. Richard.

Le sergent n’a pas entendu de coups de feu, mais en constatant le teint de M. Vienneau, il a vite compris que quelque chose n’allait pas.

Il aurait sorti la victime de sa voiture et demandé l’aide de M. Bulger, qui détient une formation avancée en traumatologie.

M. Richard témoigne avoir vu le côté gauche et la poitrine de M. Vienneau trempés de sang alors que sa conjointe, dans le siège passager, criait et hurlait en se débattant.

Elle aurait lancé aux policiers: «Qu’est-ce que vous avez fait à mon homme?»

M. Boudreau aurait informé le sergent Richard qu’il avait tiré sur l’homme de Tracadie.

«Il m’a dit l’avoir fait parce que M. Vienneau allait écraser son collègue avec sa voiture.»

TJ Burke, l’avocat de M. Boudreau, a suggéré que son client avait passé à l’acte pour protéger son collègue.

Selon lui, ce dernier aurait été en danger imminent.

Lors du contre-interrogatoire, Me Brian Monroe a présenté une courte vidéo montrant une tentative de réanimation.

À l’écran, on pouvait voir la victime, couchée sur le sol, entouré de plusieurs secouristes, dont une ambulancière qui effectue un massage cardiaque.

On repère aussi, à l’arrière-plan, la voiture de M. Vienneau, montée sur un banc de neige et les petites lumières rouges et bleues de la voiture de police banalisée.

Les images étaient trop douloureuses pour certains membres de la famille de M. Vienneau, qui ont quitté la salle.

Le témoignage de M. Richard a duré environ six heures.

Son collègue lui a succédé à la barre.

M. Lajoie a répété en partie la même histoire que son confrère. Il dit, lui aussi, qu’il était confus à son arrivée sur les lieux.

Il aurait vu M. Boudreau, arme à la main, se tenir à quelques pieds de la victime.

«La vitre arrière était fracassée», se souvient-il.

Me Burke lui a demandé où se trouvait M. Bulger à ce moment.

Il a répondu qu’il avait repéré le policier «assis» devant la voiture, mais qu’il ne pouvait pas savoir à ce moment s’il avait été frappé ou non.

M. Lajoie raconte qu’il a seulement pu reconstituer la scène lorsque M. Bulger lui a confié plus tard que M. Vienneau avait «été tiré».

M. Bulger lui aurait aussi dit qu’il venait de se faire «botter» par la voiture de la victime.

«Il n’arrêtait pas de boiter, en raison de la douleur», a témoigné le sergent Lajoie.

Le deuxième contre-interrogatoire de Me Monroe a conclu la quatrième journée d’arbitrage.

Mardi, dès 9h, les deux parties se rassembleront encore une fois à l’hôtel Best Western de Bathurst afin de déterminer si M. Bulger et M. Boudreau seront licenciés.

Les séances devaient se terminer vendredi, mais au rythme actuel, les discussions pourraient se poursuivent la semaine prochaine.