Higgs songe à céder sur la «taxe carbone» en raison de la victoire libérale

Le premier ministre Blaine Higgs n’écarte pas la possibilité d’avoir à imposer sa propre taxe sur le carbone aux consommateurs néo-brunswickois à la lumière des élections fédérales afin de leur éviter d’avoir à payer la taxe imposée par Ottawa.

La majorité des électeurs néo-brunswickois ont voté lundi pour la taxe fédérale sur le carbone ou une version encore plus ambitieuse de celle-ci, a constaté M. Higgs.

Les appuis du Parti libéral, du Parti vert et du NPD, qui sont tous pour la tarification du carbone, ont atteint un total combiné de 64% au Nouveau-Brunswick contre 32,8% pour le Parti conservateur.

«Le message est clair. Les gens ont voté pour une taxe sur le carbone, même au Nouveau-Brunswick. Bien que nous ayons maintenant des représentants du côté conservateur qui se rendront à Ottawa, les libéraux et les verts ont reçu d’importants appuis», a-t-il déclaré, mardi.

Le premier ministre Higgs a répété qu’il était contre la taxe sur le carbone et qu’il attendait toujours de voir si son propre plan de réduction des émissions de gaz à effet de serre sera approuvé par Ottawa.

Si ce plan ne contient pas de taxe sur le carbone pour les consommateurs, Blaine Higgs n’a pas écarté la possibilité d’avoir à le modifier pour y inclure une taxe de ce genre si son plan est refusé par le gouvernement de Justin Trudeau, qui a été réélu lundi soir.

«Les gens ont voté pour ça alors il faudra trouver un moyen de s’arranger avec.»

À son avis, les électeurs qui ont voté pour un parti qui soutient la taxe sur le carbone n’étaient toutefois peut-être pas conscients de toutes les répercussions de leur décision.

«Je ne crois pas que les gens ont réalisé que c’est d’abord une taxe de 50$ la tonne, mais qu’ultimement ça sera 300$ la tonne. Au lieu d’être 0,12$ le litre au cours des trois prochaines années, ça ira un jour jusqu’à 0,80$ le litre», a prédit Blaine Higgs.

Ottawa impose déjà aux provinces qui ont refusé de tarifier leur émission de carbone une taxe qui doit atteindre l’équivalent de 50$ la tonne en 2022. L’équipe de Justin Trudeau ne s’est pas engagée à hausser la taxe après 2022.

Plusieurs provinces ont réussi à se soustraire à la taxe fédérale en adoptant leur propre mécanisme de tarification des émissions qui respectent les critères d’Ottawa.

Relations fédérales-provinciales

Blaine Higgs n’a jamais caché ses nombreux désaccords avec le premier ministre Justin Trudeau et son désir de le voir remplacé par le conservateur Andrew Scheer.

M. Higgs avait encore indiqué la semaine dernière ne pas être convaincu d’être capable de travailler avec M. Trudeau.

Le premier ministre a cependant changé de ton après les élections de lundi soir.

«Ce n’est pas le résultat que j’espérais, mais il y a de toute évidence beaucoup de problèmes graves qui touchent la province et je dois trouver le moyen de travailler avec le gouvernement fédéral et faire passer les gens du Nouveau-Brunswick en premier et c’est ce que je vais faire», a-t-il promis.

«Nous avons eu nos moments (de désaccord), mais je ne veux pas laisser nos différences de philosophies avoir des effets négatifs sur le Nouveau-Brunswick.»

Selon le politologue Roger Ouellette de l’Université de Moncton, M. Higgs n’a pas vraiment d’autre choix que de mettre de l’eau dans son vin.

«Il faut que Higgs apprenne à gouverner avec Trudeau. Il va devoir être pragmatique. Il faut travailler dans l’intérêt général et respecter le résultat de l’élection, même s’il y a des points de désaccord», avance M. Ouellette.

«Le Nouveau-Brunswick ne peut pas faire un pied de nez au fédéral, 40% des revenus de la province viennent de la péréquation et des paiements de transferts.»

Le chef du Parti libéral du Nouveau-Brunswick, Kevin Vickers, a lui aussi exhorté Blaine Higgs à s’entendre avec Ottawa.

«C’est vraiment important que M. Higgs fasse de son mieux pour travailler avec le gouvernement fédéral dans un esprit de collaboration», a-t-il dit.

«Selon ce que j’ai entendu sur la dernière rencontre (entre M. Trudeau et M. Higgs), ça n’a pas été quelque chose de vraiment bon pour le Nouveau-Brunswick.»