Le vote francophone a joué un rôle important au N.-B.

Un gouvernement minoritaire, des régions francophones acquises aux libéraux, une percée du Parti vert, et des déceptions pour le NPD, les résultats de l’élection fédérale au Nouveau-Brunswick rappellent certaines tendances observées quelques mois plus tôt.

Selon les résultats préliminaires fournis par les directeurs de scrutin, les libéraux ont récolté 37,6% des votes, alors que 32,8% des électeurs ont donné leurs voix à des candidats conservateurs.

Ces proportions se rapprochent grandement des scores obtenus par les deux partis lors des dernières élections provinciales. En 2018, 37,8% des électeurs avaient penché en faveur du parti de Brian Gallant tandis que celui de Blaine Higgs avait récolté 31,9% des votes.

La montée en puissance Parti vert, qui a fait élire trois députés provinciaux en 2018, se poursuit avec le sacre Jenica Atwin dans la circonscription de Fredericton. C’est la première fois qu’une élue verte représentera l’Atlantique à Ottawa.

L’effondrement du NPD dans la province se confirme cette fois encore. Le parti de Jagmeet Singh n’a pas réalisé mieux qu’une troisième place dans Acadie-Bathurst, où les néo-démocrates fondaient beaucoup d’espoir sur Daniel Thériault pour reprendre cette circonscription longtemps représentée par un poids lourd du parti, Yvon Godin.

Autre élément à relever, les Néo-Brunswickois se sont mobilisés davantage qu’ailleurs au pays. Le taux de participation atteint 71,7% dans la province, alors que seulement 65,95 % des électeurs canadiens inscrits se sont déplacés aux urnes.

Le politologue Roger Ouellette constate que les gains des conservateurs se concentrent dans le sud-ouest de la province alors que les libéraux l’ont emporté dans les trois circonscriptions à majorité acadienne (Madawaska-Restigouche, Acadie-Bathurst et Beauséjour) et dans deux circonscriptions qui comptent une grande proportion de francophones (Miramichi-Grand Lake et Moncton-Riverview-Dieppe).

«Miramichi-Grand Lake, Pat Finnigan a gagné grâce au vote francophone», estime l’universitaire.

«La fracture linguistique se répète. Si demain matin il y a avait une élection provinciale, je ne crois pas que les conservateurs feraient des miracles dans les circonscriptions francophones. Blaine Higgs doit prendre acte de tout ça. Il n’a pas réussi à renouer des ponts avec les francophones de la province.»

Selon Roger Ouellette, l’issue du scrutin, en particulier la victoire du libéral Wayne Long dans Saint-Jean-Rothesay, est un «échec» pour M. Higgs qui a fait ouvertement campagne en faveur du camp conservateur.

Des parallèles

L’ex premier-ministre Brian Gallant peut facilement se mettre dans les souliers de Justin Trudeau, lui qui a tenté de se maintenir à la tête d’un gouvernement minoritaire.

«Un gouvernement minoritaire peut être une chose très positive. Je sais que Justin Trudeau sera capable de travailler avec d’autres partis politiques», avance celui qui a quitté la vie politique, citant le NPD et le Parti vert.

«Il y a certainement des parallèles à soulever», ajoute Brian Gallant.

«Ce que les libéraux ont essayé de faire au Nouveau-Brunswick était similaire au projet de Justin Trudeau. Du côté conservateur, M. Higgs et M. Scheer partagent les mêmes valeurs et les mêmes priorités. On avait ici une bonne indication de comment les gens allaient réagir aux chefs nationaux.»

Quelle représentation à Ottawa?

Aux dernières élections en 2015, une vague rouge avait déferlé en Atlantique, engloutissant la totalité des 32 circonscriptions dans les quatre provinces. Désormais, le Nouveau-Brunswick sera représenté sur la colline parlementaire par les élus de trois partis différents.

«La dynamique va changer, assure Roger Ouellette. Les voix du Nouveau-Brunswick pourront mieux se faire entendre dans un gouvernement minoritaire. Il ne sera pas possible de concentrer le pouvoir dans le bureau du premier ministre et les députés d’arrière-ban auront plus de place.»

Réélue haut la main, la ministre de la Santé Ginette Petitpas-Taylor est en bonne voie de conserver sa place au sein du cabinet. Quel rôle sera amené à jouer Dominic LeBlanc? Tout dépendra de son état de santé, estime le politologue.