Le combat de Josée Querry contre le trouble de stress post-traumatique

Depuis sa tendre enfance, Josée Querry a toujours rêvé de faire partie des forces policières. Et ce rêve s’est matérialisé. Mais au beau milieu d’une brillante carrière au sein de la Gendarmerie Royale du Canada, le rêve a tourné au cauchemar.

Les derniers jours ont été passablement étourdissants pour l’ex-policière originaire de Saint-Quentin. C’est que celle-ci vient de publier son tout premier ouvrage, Flashbacks. Et son succès est pour le moins retentissant. Disponible depuis une semaine seulement, ce livre est déjà un best-seller. Écoulé à plus de 5500 exemplaires, il se retrouve aussi vite en réimpression.

Flashbacks, c’est d’abord l’histoire de Josée et de son combat contre le Trouble de stress post-traumatique sévère (TSPT), une maladie qui lui a coûté son emploi et qui est passée bien près de lui ravir la vie.

Au début de la quarantaine, en pleine ascension dans la hiérarchie de la GRC, son monde s’est écroulé alors que des images macabres provenant de son passé sur le terrain – des interventions avec violence, scènes de crimes, suicides, etc. – sont revenues hanter son quotidien.

«Je ne savais pas ce que c’était que le TSPT. Jamais on ne parlait de ça dans la GRC. Mais ça m’a frappé en plein visage», confie l’auteure.

Ces images sont issues de son séjour à Richibouctou, à l’époque où les tensions étaient intenses dans la Première Nation mi’kmaq d’Elsipogtog (Big Cove).

Elle se souvient qu’à sa toute première intervention, elle a pensé rendre son insigne.

«Je suis arrivée sur une scène où un homme avait été tiré dans la tête. Il baignait dans une marre de sang et il y avait une foule en délire à ses côtés. Cette scène m’a bouleversée. J’étais tellement stressée que j’en ai uriné dans mon uniforme. J’avais choisi d’aider les gens, mais à l’intérieur, je venais de réaliser à quel point j’avais une peur bleue de la mort», relate-t-elle.

Finalement, Josée n’a pas quitté la police ce jour-là, encouragée par les bons mots de son supérieur quant à la qualité de son intervention. Et des interventions bouleversantes, il y en aura plusieurs d’autres. Comme la fois où elle a failli être désarmée et étranglée par un prévenu ou les fois où elle a dû décrocher des personnes suicidées.

«J’ai pensé quitter à maintes reprises. Une journée je voulais partir, le lendemain je sauvais la vie de quelqu’un et je me sentais à ma place. Le surlendemain, je recevais une bouteille de bière sur la tête. Par la suite, j’aidais une femme à quitter un foyer de violence conjugale. J’étais constamment tiraillée par mon désir de partir et d’aider», souligne-t-elle.

Et puis un jour, elle a revêtu l’uniforme d’enquêtrice. Sur le moment, ce geste a enlevé une tonne de pression de sur ses épaules. Mais rapidement, cette pression a été remplacée par une autre.

L’envol et la chute

Après six années au Nouveau-Brunswick, Josée fut transférée au Québec. Arrivant avec beaucoup de compétences sur le terrain, on lui a confié de nombreuses enquêtes intéressantes. Elle fut nommée chef d’équipe puis promue caporale. Le tout à un très jeune âge.

«J’ai toujours pris non pas les bouchées doubles, mais les bouchées triples. J’ai eu deux enfants et ça ne m’a pas arrêté. Mon téléphone sonnait tout le temps, si bien que j’ai fini par tomber monoparentale. Mais la carrière, elle, continuait d’évoluer», raconte Josée.

Puis elle s’est retrouvée à Ottawa, sur l’escouade antiterroriste. Une promotion extraordinaire pour la Restigouchoise, mais qui venait aussi avec son lot de responsabilités.

«On m’a offert le poste de sergent et la possibilité de travailler sur un dossier international conjointement avec le FBI. J’avais sous ma responsabilité une cinquantaine de personnes. Je me pensais bien bonne, bien forte, une superwoman. Puis tout est parti en vrille», soupire l’auteure.

Le jour où tout a basculé, Josée était au travail. Elle est alors tombée sur des images très explicites de crimes.

«Ça faisait quelques mois que le travail me pesait sur les épaules, où je vomissais presque tous les soirs et où j’avais le visage engourdi. Cette journée précise, ces images ont été la goutte qui a fait déborder le vase. En revenant chez moi, je me suis mise à avoir des flashbacks. Je voyais du sang sur mes murs, des gens pendus dans mon sous-sol. Des scènes que j’avais vues au Nouveau-Brunswick», se remémore-t-elle.

Le verdict

Cet épisode l’a forcé au repos. Au départ, son médecin l’a diagnostiquée comme souffrant de dépression majeure, un verdict qui l’a anéantie.

Ayant peur de la réaction de ses supérieurs et de ses collègues, elle a pensé provoquer un accident pour s’infliger des blessures physiques.

«J’avais honte de souffrir d’une maladie. Je me souviens avoir foncé droit vers un mur en ciment avec ma voiture. Mais j’ai freiné tout juste avant, après avoir pensé à mes deux enfants et à ce qu’il arriverait si jamais je ratais mon coup», raconte-t-elle.

Finalement, ces quelques semaines de congés se sont traduites par quelques mois. Après plusieurs mois en arrêt-maladie, une rencontre avec son psychiatre lui a ouvert les yeux: elle ne pourrait plus jamais être une policière.

«Ça m’a démoli, car je suis une personne très exigeante. Je me voyais déjà à la tête de la GRC, à Ottawa. Et tout s’écroulait soudain sous mes pieds», indique-t-elle.

Honteuse de sa situation, elle s’est graduellement isolée du monde. Ce n’est qu’un peu plus tard que le véritable verdict est tombé, le TSPT.
«Au départ, je n’y croyais pas. Mais à force de me renseigner sur le sujet, j’ai bien compris que c’était exactement ce dont je souffrais. Ça m’a choquée, mais aussi soulagée parce qu’enfin on avait mis le doigt sur le véritable bobo», dit-elle.

En parler

Sur les conseils de son médecin, Josée s’est mise à la recherche d’une mission, d’un but dans la vie. Elle a choisi de continuer d’aider les autres, mais d’une manière différente, en parlant de sa situation.

En 2017, après sa retraite forcée de la GRC, elle a commencé un blogue dans lequel elle traite du TSPT (Histoire d’une fille et le TSPT). Elle a rapidement reçu en confidence plusieurs témoignages.

«Je souffrais beaucoup, j’avais besoin d’en parler. J’ai donc essayé de trouver des gens qui me ressemblaient, des porteurs d’uniformes (premiers répondants) qui vivaient la même situation. Mais je me suis rapidement rendu compte que le sujet rejoignait beaucoup plus de gens, des personnes ordinaires qui avaient aussi subi des traumatismes importants», explique-t-elle.

Son blogue compte désormais plus de 6000 adeptes. Elle a également commencé à donner des conférences sur le sujet. Et aujourd’hui, elle publie un premier ouvrage.

Selon Josée, ce qui fait la force de son livre c’est justement qu’il interpelle tout le monde. C’est qu’en plus de son histoire, elle raconte celles de dix autres personnes qui – comme elle – vivent avec le TSPT. Une infirmière, une enseignante, un camionneur…

«On axe tellement les TSPT sur les premiers répondants qu’on oublie que monsieur et madame Tout-le-Monde peuvent en être atteints. Ces personnes se retrouvent très isolées dans leurs souffrances», note l’auteure qui désire, rien de moins, démystifier cette maladie.

Josée vit aujourd’hui à Terrebonne, au Québec. À 46 ans, elle a repris le contrôle de sa vie. Elle l’avoue d’ailleurs, elle n’a jamais été aussi heureuse. À noter que le lancement officiel de son livre aura lieu ce samedi (à Terrebonne).

Au Nouveau-Brunswick
Pour ceux qui aimeraient entendre Josée Querry, elle sera de passage dans sa ville natale (Saint-Quentin), le 10 novembre, comme conférencière. La conférence est gratuite, mais les places sont limitées. Des dons seront aussi acceptés puis remis à l’organisme local Le Maillon (prévention du suicide).

Il s’agit pour l’instant de la seule conférence prévue dans la province.