Parc éolien à Anse-Bleue: l’opposition s’organise

Le projet de parc éolien communautaire dans le DSL d’Anse-Bleue ne semble pas avoir le vent dans les voiles. Ou dans les pales.

Les résidents de la communauté et des municipalités environnantes sont invités à deux rencontres d’information, mercredi et jeudi, dès 19h, au centre des loisirs d’Anse-Bleue. On tentera de créer l’Association pour les énergies renouvelables responsables, en plus de lancer une pétition s’opposant au projet Chaleur Ventus, de la firme Naveco Power de Fredericton.

Cette initiative prévoit ériger cinq éoliennes dans le secteur ouest d’Anse-Bleue, en direction de Grande-Anse. Son coût est évalué à 30 millions $, dont un maximum de 20 millions $ sera fourni par la Ville de Bathurst, principal partenaire du parc qui produira l’équivalent des besoins de 9000 clients.

Comme Anse-Bleue est un DSL, le promoteur n’a pas eu besoin de permissions municipales et il a négocié directement avec les propriétaires des terres ciblées. Une dizaine d’entre eux aurait déjà signé un contrat de location avec cette entreprise.

L’organisateur de cette rencontre d’information, Patrick Thériault, précise que cette association a pour but «d’empêcher tout projet d’éoliennes à Anse-Bleue vue la nature intrusive des éoliennes et de ses nombreux méfaits sur les habitants des villages envahis par ces éoliennes».

Autre que la création de cette association, l’objectif de cette réunion est aussi de discuter et de communiquer les avantages et les inconvénients du projet d’éoliennes, assure-t-il.

«Pour nous, la communication est extrêmement importante pour que nos points de vue soient entendus avant de passer cette pétition. Nos décisions vont changer l’avenir d’Anse-Bleue de façon dramatique et cette réunion à but informatif est d’une grande importance», est-il convaincu.

Propriétaire d’une exploitation agricole dans le secteur où seront installées ces tours, M. Thériault s’est rendu à Bathurst, la semaine dernière, et a assisté à la rencontre d’information organisée par le promoteur.

«C’était une vraie blague. Naveco nous prend pour des cons. Cette compagnie est sournoise. Elle parle de cinq éoliennes, mais elle pourrait en construire 20. J’ai mentionné à leurs représentants qu’il y avait des bleuetières abandonnées à Anse-Bleue qui feraient très bien leur affaire et qui seraient éloignées des résidents. On m’a répondu que les éoliennes ne sont que des grosses marguerites qui tournent», fulmine l’organisateur de la rencontre.

Un projet à Pokeshaw et Black Rock

Le projet d’Anse-Bleue n’est pas le seul dans le dossier du développement éolien dans la Péninsule acadienne. Potentia Renewables, une entreprise de Toronto, prévoit un parc de 20 MW entre Pokeshaw et Black Rock, à l’ouest de Saint-Léolin.

On parle de cinq tours de 200 mètres qui alimenteront en énergie l’équivalent de 6000 résidences. Elles seront érigées sur des terrains situés à 2 km au sud-est de Pokeshaw et à 1,5 km au nord de Black Rock, deux DSL.

Le début de la construction est programmé pour juin 2020, avec la production des premiers watts en décembre, qui seront acheminés au réseau d’Énergie NB par une ligne de transmission non loin de la route 135. Jusqu’à 120 personnes seront appelées à travailler sur ce chantier.

Les communautés de Pokeshaw et de Black Rock sont partenaires, tout comme Community Wind Farms de la Nouvelle-Écosse.

Des voisins sur leurs gardes

Les villages de Grande-Anse et de Bertrand demeureront neutres dans le dossier du parc éolien d’Anse-Bleue, et ce, même si ces deux communautés verront quotidiennement ces grandes tours dans leur paysage. Cette position n’empêche toutefois pas les maires de se poser de nombreuses questions.

Gilles Thériault, maire de Grande-Anse, se dit favorable à l’énergie verte et renouvelable et au projet d’éoliennes, car «je préfère la silhouette d’une tour éolienne que celle d’une cheminée qui crache du CO2 dans l’atmosphère».

Malgré cela, il n’a pas été impressionné par les arguments de Naveco Power lors de la rencontre d’information présentée à Bathurst.

«J’ai rencontré beaucoup de personnes frustrées parce que cette réunion avait lieu à Bathurst, et non dans la communauté dans laquelle seront installées ces tours. Il y a quelque chose qui cloche. Il aurait été normal que ce soit fait à Anse-Bleue. Ce projet est en marche depuis 2017 et nous obtenons les informations au compte-gouttes. On sait aussi que le promoteur a négocié en secret pour les terrains. Il aurait fallu un dialogue élargi avec la communauté, une discussion honnête», a-t-il analysé.

M. Thériault aurait également apprécié que les communautés directement touchées par ce projet aient droit à des redevances financières.

«Je crois que c’est une mauvaise entente si nous ne recevons pas de redevances, mais je dis ça à titre personnel. Chose certaine, ce n’est rien pour motiver les gens à participer à ce projet. Après tout, ce sont nos communautés qui auront dans la face ces tours pendant 20 ou 30 ans», a-t-il imagé.

Maire de Bertrand, Yvon Godin abonde dans le même sens que son collègue. S’il se dit en accord avec l’énergie verte, il déplore que Naveco Power ne prévoie pas de retombées financières dans les communautés directement affectées.

«Ce n’est pas ça qui est en train de se faire, car les retombées iront à Bathurst. On parle d’une ligne de transmission qui passera par Bertrand. On ne sait même pas où! Nous n’avons même pas été consultés», lance celui qui promet d’avoir une bonne discussion avec les promoteurs.

Une décision d’affaires pour Bathurst

Pour la Ville de Bathurst, son entente de partenariat limité avec Naveco Power pour le projet de parc éolien à Anse-Bleue est une décision strictement d’affaires.

Le maire Paolo Fongemie soutient que sa municipalité obtiendra des redevances qui seront ensuite investies dans le mieux-être des citoyens dans les domaines de la santé, des arts et de la culture, de l’environnement, de l’éducation et du sport.

«On ne se fera pas des millions (de dollars)», assure-t-il.

À son avis, la Ville n’a pas le mandat de convaincre quiconque du bien-fondé de ce projet. La demande à la Commission des emprunts de capitaux pour les municipalités n’a pas encore été approuvée, précise-t-il. En tant que partenaire limité, Bathurst ne peut financer davantage que 51% de la facture, avec un maximum de 20 millions $.

«Nous n’avons pas à convaincre personne, ce n’est pas notre responsabilité. Si les gens ont des préoccupations, ils pourront les exprimer lors des prochaines audiences environnementales. Ils auront alors des réponses et cela permettra d’apaiser leurs inquiétudes. De toute manière, ce sera impossible de convaincre tout le monde», a noté M. Fongemie devant l’opposition qui prend forme.

Il ajoute que la communauté d’Anse-Bleue aura droit à des retombées directes et indirectes pendant la construction du parc et de sa gestion, qui offriront de l’emploi à des entrepreneurs locaux.

Le maire rappelle que ce projet fait partie du plan provincial de répondre à 40% de la demande en électricité avec de l’énergie renouvelable d’ici à 2020. La Première Nation de Pabineau, tout près de Bathurst, a d’ailleurs eu droit à une entente avec Énergie NB pour un parc dans le secteur de Richibucto (3,8 MW).

«Notre proposition a été retenue, le processus est enclenché et je ne suis pas du tout inquiet. On assiste au syndrome “oui à l’énergie renouvelable, mais pas dans notre cour”. La Péninsule acadienne est l’Arabie saoudite du vent. Si nous avions du vent de même qualité à Bathurst, nous aurions proposé ce parc chez nous. C’est dommage que nous observions davantage d’opposition pour un parc éolien que pour un pipeline», soutient le maire de Bathurst.