Qu’est-ce que tu portais? Une expo choc brise les clichés sur les agressions sexuelles

La Table de concertation pour contrer la violence conjugale et familiale dans la Péninsule acadienne n’a pas l’habitude de faire dans la dentelle quand elle veut éveiller les consciences. Elle a choisi d’emprunter cette voie, avec un taux de succès toujours grandissant, depuis 28 ans. Samedi, elle frappera encore un grand coup. Coeurs sensibles avertis.

Les gens pourront voir l’exposition «Qu’est-ce que tu portais?», qui racontera l’histoire véridique de 14 personnes du Nouveau-Brunswick victimes d’un agresseur sexuel.

Dès 18h sur la scène de la nouvelle salle J.-Armand-Lavoie de Tracadie seront installées 14 mannequins avec, en guise d’habillement, ce que portaient les agressées. Et on verra qu’on est loin des tenues subjectives qui alimentent un mythe encore trop tenace.

Parmi elles, on y verra le pyjama qu’une fillette âgée de 8 ans avait sur le dos avant de subir les foudres de son agresseur…

À 19h, la comédienne et conférencière Ingrid Falaise viendra parler de son expérience. Une expérience qui a fourni la matière d’un livre frappant et d’une télésérie encore plus troublante.

C’est la première fois que cette exposition est diffusée dans un milieu francophone. Par la suite, la Table la fera circuler dans les quatre écoles polyvalentes de la Péninsule acadienne et à l’Université de Moncton, campus de Shippagan. On veut ainsi sensibiliser les jeunes au phénomène et inciter des victimes encore silencieuses à dénoncer.

«Ça va choquer, dans le sens que ça va porter à réfléchir. Ce sera peut-être le déclic pour dénoncer», estime Émilie Haché, coordonnatrice de la Table.

Ça fait plus d’une année que cette organisation voulait amener cet événement dans la région. Cela a pris beaucoup de coordination pour que ça arrive. Les mannequins portent des vêtements identiques à ceux des victimes.

«Ce sera touchant, poursuit la porte-parole. Nous aurons un avis à l’entrée pour avertir les visiteurs.»

Patrice Ferron, président de la Table, prétend que le port de tenues subjectives est souvent évoqué dans le cas d’agressions sexuelles. Il souhaite que cette activité change les mentalités, au même titre que les récents mouvements sociaux #metoo ou #moiaussi.

«On entend souvent cet argument que si ces femmes ont été agressées, c’est parce qu’elles portaient des vêtements légers qui avaient pour but d’attirer le regard des hommes. Il faut que ce type de commentaires cesse une fois pour toutes. Comme société, nous devons montrer du doigt l’agresseur au lieu de mettre des doutes dans la tête des gens en imputant la responsabilité aux victimes. C’est totalement inacceptable. C’est pourquoi nous voulons joindre le plus de gens possible afin de les sensibiliser à cette douloureuse réalité», a-t-il indiqué.

Selon M. Ferron, il n’est pas rare de remettre en question le comportement de la victime.

«Avait-elle bu? Avait-elle des comportements provocateurs? Portait-elle des vêtements aguichants? Nous devons mettre un terme à de telles insinuations et cette exposition peut nous aider à y arriver. Les agressions n’ont pas de liens directs avec le comportement ou les vêtements. C’est avant tout une question de contrôle et de pouvoir», explique-t-il.

Cette exposition est originaire des États-Unis et a été adaptée aux réalités locales. Au Nouveau-Brunswick, le Centre d’aide en cas d’agression sexuelle de Fredericton a sélectionné les histoires. n

Gracieuseté: What were you wearing?