Le drapeau acadien n’a pas toujours été bien vu à Moncton

Moncton a pris bon nombre d’années avant d’adopter le drapeau acadien, que ce soit à l’hôtel de ville ou devant les institutions. L’historien Maurice Basque a présenté les aléas de la vie du symbole acadien, dont la présence au-dessus des bâtiments s’impose aujourd’hui fièrement.

Dans le cadre d’une conférence au Musée acadien de l’Université de Moncton mercredi midi, M. Basque a raconté l’histoire du tricolore étoilé.

La salle a accueilli une foule de gens attentive aux propos de l’historien.

Le drapeau acadien prend ses racines à Saint-Louis-de-Kent. Mgr Marcel-François Richard est l’instigateur du projet qui allait devenir le symbole d’une nation.

En 1883, l’abbé Richard (1847-1915) a demandé à Marie Babineau (1857-1948) de réaliser sa vision du drapeau acadien. Au XIVe siècle, un retour au culte de la Vierge Marie s’opérait. C’est dans cet esprit que Mme Babineau a conçu le tricolore français étoilé en 1884.

Il a été adopté lors de la deuxième Convention nationale acadienne en 1884, à Miscouche, à l’Île-du-Prince-Édouard.

Dans le sud-est du Nouveau-Brunswick, l’adoption du drapeau acadien a été épineuse.

Dans les années 1940, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) avait dans sa ligne de mire les résidents avec des drapeaux acadiens devant leur maison. Les forces policières exigeaient que le symbole soit retiré. Ils croyaient que c’était un drapeau étranger, celui des Français.

«Même si les Acadiens ont été des Alliés pendant la guerre, on était dans un Canada qui demeurait très britannique», lance-t-il.

Il a d’ailleurs fallu attendre longtemps avant que Moncton hisse le drapeau devant l’hôtel de ville.

«La Ville a refusé pendant des années, surtout à l’époque du maire Leonard Jones (de 1963 à 1974), d’avoir un symbole acadien, un drapeau qui flotte en permanence», continue-t-il.

Le drapeau est finalement installé devant l’hôtel de ville en 1999.

En revanche, avant de voir flotter le tricolore étoilé sur d’autres institutions, les Acadiens ont pris leur mal en patience.

«À Moncton, en raison de sa population majoritaire anglophone, la cohabitation n’était pas toujours facile.»

Un drapeau fort et en santé

L’époque où le drapeau acadien n’était pas accepté par la Ville est révolue. Aujourd’hui, le drapeau a une bonne présence à la municipalité ainsi que devant les institutions.

«Il y a beaucoup de commerces qui vont styliser l’étoile et vont décorer leur façade avec les couleurs acadiennes. Le bleu, blanc, rouge flotte devant beaucoup d’écoles acadiennes.»

Durant la période de questions suivant la conférence de Maurice Basque, une dame a soulevé la mise en marché exacerbée du drapeau dans les grandes surfaces.

Les couleurs de ces drapeaux commerciaux ne sont pas toujours les mêmes que celles sur le tricolore étoilé original.

Représenter les couleurs exactes d’un symbole national est très important, selon elle. Concernée, elle s’est demandé s’il ne fallait pas retourner aux sources.

M. Basque est d’avis que l’Acadie n’échappe pas au mode de commercialisation. Il cite l’exemple des baguettes aux couleurs de l’Acadie en vente à la section boulangerie du Sobeys.

«On est en Amérique du Nord, ça fait partie du jeu. Si on veut que la dimension acadienne soit connue, il faut aussi passer par là.»

La culture populaire s’est éprise du drapeau acadien. Il ne s’agit toutefois pas de quelque chose de négatif pour l’historien. Au contraire, le tricolore étoilé a évolué et il ne laisse personne indifférent aujourd’hui.

«La jeune génération s’en est emparée et en a fait différents symboles. Le 15 août, les jeunes portent du maquillage pour afficher leur fierté.»